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Dissidences Pyrénéennes.

Dissidences Pyrénéennes.

Infos,patrimoine, politique locale, environnement,

Publié le par puyvalador-rieutort
Publié dans : #Fables

La tentation du crane.

Une tête de mort et un crane terni discutaient, lorsque, par le plus dur des destins, survint le bourreau et sa suite.

Menant une victime expier ses excès, la sombre farandole s'approchait du gibet.

Une grande fourche était prête pour accueillir le cou et les humeurs du nouveau compagnon.

Aussitôt ils l'empoignent et sans laisser le temps ni forme de discours, le suspendent. Puis, comme lassés de la basse besogne, les voilà qui s'éloignent négligeant le maraud gesticulant sur sa fourche.

La fin est une issue de se laisser aller, autant que de ce souffle auquel tant de souffrance est pourtant rattachée. Plus il s'agite et plus rapide, bien qu'amère, est la fin.

Soudain, se croyant définitivement perdu, voilà que sous ses pieds quelque chose s'est glissé. Alors revient cet espoir imbécile de survivre.

Le voyant immobile le bourreau et sa suite reprennent le chemin du château en laissant sans regard la victime aux corbeaux.

Sitôt qu'ils s'éloignent, il surgit une voix puis une autre qui parlent une langue aussi étrange qu'inconnue. Le maraud s'y dérange, mais assagi par le souffle qui circule à nouveau, tente par le silence de dénouer les mots d'un dialogue insensé.

Le crane d'interroger la tête du pourquoi et comment tous deux ici bas sont sous les pieds d'un sot qui retrouve son air. La tête ayant encore un œil oublié des oiseaux, ne voit plus qu'un seul côté des choses. Ce qu'on lui dit de faire, elle le fit si bien que toute autre raison ne serait qu'illusion. Oubliant le pardon et servile plus que serviable, elle s'étonna donc que ses maîtres retournèrent vers elle le tain d'un miroir dont elle abusait trop. Partielle dans son discours elle semble moins éclairée que le crane dont les vents portent les couleurs du monde, les faisant tournoyer dans ses orbites évidées.

Le crane résonne et vibre à chaque chose. Vide en dedans, toute la place y est pour ne pas se limiter à d'uniques pensées.

Autrefois boitillant hésitant, souvent les deux pieds dans le même sabot si bien qu'à l'entendre on eut dit qu'il fut bot. Force d'avoir raison il finit d'avoir tort et cette déraison lui valut le cachot.

Le maraud s'impatiente et entre deux souffles rauques laisse glisser quelques mots autant parfois qu'un pied.

L'oreille de la tête fait mine de comprendre ce qui l'a conduit à la fourche du destin.

Regrettant le silence, le pendu tire sa langue violacée qui l'a si bien trahi pour le conduire ici. A trop répéter la même chose on finirait par y croire !

Hélas de berceur en berné il n'est souvent qu'un pas se balançant sous la fourche et que parfois une tête et un crâne soutiennent quelque peu en dessous du gibet.

La vérité, compagne ingrate de celui qui y croit, mène ensemble la victime et son bourreau.

Il est un temps de le dire et celui de se taire qui font qu'en se mêlant, la dame nous surprend et montre son visage à celui qui croyait et la voit maintenant.

Une rafale de vent soulève crûment le voile du destin. Chacun rassemblé ici bas entre la tête, le crane et le pendu, un courant se fait qui transforme l'espace en temps et le temps en espace.

Qui sait vraiment de l'un qui est l'autre et qui de l'autre en est l'un ?

Quelques temps plus tard, une nouvelle tête de mort roula au sol pour entamer une gigue de mots avec ses deux compagnes.

Trois maintenant dansent élégamment sous l'ombre d'une fourche.

Aussi étrange que ce fut, c'est pourtant en silence qu'elles parlent de fleurs et plus que d'une mandragore il advint qu'en retrouvant le sens, il naquit une rose de fort belle couleur.

La tentation du crâne est si grande que voulant tout savoir on confonde ses idées et celles qui gouvernent le monde. Si le crâne parait vide il raisonne pourtant mieux qu'une tête qui tinte faiblement de se croire bien pleine.

Sachons parfois nous taire à ce que disent les hommes et écouter le vent étonnant venu d'un cœur profond.

Que de trop bien en faire parfois mieux vaut s'en abstenir et laisser au gibet ceux qui l'ont mérité.

Y

Gilles.

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