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Dissidences Pyrénéennes.

Dissidences Pyrénéennes.

Infos,patrimoine, politique locale, environnement,

Publié le par puyvalador-rieutort
Publié dans : #Fables
Jardinier des étoiles.

Le jardinier des étoiles.

Il est tant de choses que tu connais sans le savoir et qui sont enfouies dans la terre de ton jardin secret...

Derrière le muret de pierres sèches l'apparence paisible d'un petit jardin.

Bien alignées, les cultures du moment et ses arbres fruitiers entretenus et taillés.

Pourtant, là, contre la roche nue, un buisson échevelé de framboisiers et de l'autre côté, à l'ombre, un cassissier chargé de promesses.

Passent les hommes sur cette terre et voyagent leurs destinées, peu se soucient de ce petit jardin qui vaut bien plus qu'une piscine au cœur de l'été.

Cultiver sa nature et la faire évoluer, c'est le propre du jardinier. Qui sait si chacun ne le fait sans savoir ce qu'il fait véritablement ?

Plutôt que des clôtures bardées de barbelés, il y pousse des roses au parfum entêtant, aux épines mordantes et qui déchirent mains et cœurs de trop d'avidité.

La terre noire invite au voyage immobile. Point besoin de courir les forêts et les cimes. Tout est là pour le vivre...

Ce jardin si paisible au cœur de la tourmente nous emmène au delà de limites que se donnent les hommes.

A bien y regarder autant fermer les yeux sur les apparences et semer dans son âme les graines du bonheur.

Mais avant de rêver, voyons où se situe ce jardin, cet Eden ?

Matériellement, il s'étale au côté d'un chemin serpentant d'un village à un autre. En bas est un grand lac qui dessine un miroir. Au dessus, les vestiges d'un château qui fit autorité. En amont aussi s'alignent les maisons aux toits d'ardoise noire couverts de lichens rouille, aux vieilles cheminées enfumant le ciel d'hiver de nuages cendrés. Un village d’antan, lourd de ses habitudes, de ses chiens qui aboient au moindre changement. Un village qui chante par son coq du matin, fort de son impatience et ivre d'incertitude. Voisin perpétuel où s'abritent les hommes vivant leurs habitudes en un sombre destin. Ce petit jardin qui respire le ciel se nourrit de lumière et pousse ses senteurs au delà du mur de pierres. Il appelle en silence celui qui ne peut plus attendre de subir simplement la sentence et qui cultive l'espoir.

Un jardin comme une île en plein désert. Une oasis secrète dont l'eau miraculeuse produit de vraies merveilles pour les corps échauffés et les esprits rebelles.

Un jardin qui se travaille le jour et qui repose la nuit au dessus des tourments.

Puisant au soleil la force de demain et aux lunes l'éternité des cycles, il n'obéit seulement qu'aux forces invisibles et se rit gentiment de toutes nos résolutions aussi éphémères que la rosée du matin.

Il n'en fait qu'à sa tête en suivant l'astre éternel qui l'éclaire et donne le relief aux pousses de l'année. Sa force lui vient autant du terreau que du travail des mains. La sueur est son fardeau dont il puise son eau. Son ventre est notre cœur et c'est bien de son cœur que nous nous nourrissons.

Nous nous émerveillons sans cesse de découvrir ce que l'on ne peut voir et qui pousse en silence. Les saisons nous le disent par des mots de cerise et quand elles expriment leur jus, l'acidité se marie à la douceur de vivre.

Pénible est le labeur, atroce la gelée et pourtant une fleur, un chou ou bien quelque salade vient nous revigorer.

S'il est propre ce jardin que nous avons nettoyé, c'est bien parce qu’assidûment, chaque jour, nous y avons contribué presque inlassablement. Défricheurs impénitents d'éternité nous cultivons la patience sous le soleil de plomb et espérons la lune et sa tendre rosée.

Même le chardon et l'ortie sont un enseignement.

Les plaies et les brûlures s'oublient facilement lorsque l'enfant parait et que craque sous la dent le fruit de notre amour.

C'est un ravissement qui emprunte aux oiseaux le langage du monde. Le vent qui dissémine la graine emporte nos tourments vers d'autres territoires. S'il dessèche le cœur, il faudra l'irriguer par des soins vigilants et de nouvelles pluies, autant de celles des cieux que celles que nous irons puiser.

La bêche à la main et le cœur à l'ouvrage, notre esprit vagabonde en suivant le tracé de ces lignes profondes que nous avons ouvertes. Déposant nos espoirs et nos secrets dans cette terre noire, nous y confions l'énergie de notre volonté. Pourtant, humblement nous patienterons que la terre se soulève et que se révèle un matin la plante messagère de vie. Nous la connaissions avant qu'elle ne soit et aussi son destin que nous partagerons tous pour ce qu'elle nous nourrit. De la force qui en jaillit, elle en est éphémère et nos espoirs se brisent de trop la désirer lorsque d'un revers la gelée la saisit la ramenant en terre bien trop tôt et amère.

Chaque fois que le temps nous impose sa loi, il nous révèle le sens de son éternité dans le moment présent que nous faisons durer. Plus que le souvenir léger il demeure une pierre plantée contre le vent qui marque le passage et préserve la terre de nos pas malhabiles. Alignées sur le mur ou confortant nos allées, elles sont un repère à mieux y regarder.

En dedans comme au dehors il en est qui nous montrent le ciel et ses saisons.

Pointant les étoiles, le chemin s'y dessine ainsi que nos travaux.

La roue tourne sans cesse autant de la brouette que celle qui nous meut et nous fait avancer.

Le cycle est dans les cieux autant que le semoir distribuant les graines au semblant hasard de la vie. Sa régularité dépend de la main qui le guide. Acteurs et dépendants, nos espoirs s'y confient attendant le secret de la nuit pour que germent les semis en de belles lignées.

L'ultime sacrifice veut qu'en retournant la terre nous y soyons déjà espérant la lumière qui guidera nos pas. Y donner sa personne l'enrichit autant que tout ce qu'elle nous donne.

Sous le linceul de l'hiver, il attend la lumière.

Si ce jardin semble unique, j'en connais de plus beaux. Mais chacun le conduit le vit, s'en nourrit et partage aussi ses fruits. Différents et semblables, ils sont à notre image, celle de notre cœur plus que celle de la raison.

C'est dans le silence qu'ils s'embellissent et s'offrant au soleil, forment comme une ronde où poussent les merveilles.

Jardiniers de la terre, semez des étoiles dans vos cœurs, écoutez les briller.

Chaque heure qui s'efface sera bonne de l'amour qui grandit et s'ouvre en belle fleur pour un cœur qui mûrit.

Qu'elle soit en pensée ou en rose brillante de perles de rosée son parfum est unique et n'en devient plus riche alors qu'il se marie à ceux qui en complices partagent notre vie.

Vous le voyez grandir au fond de votre allée et dans un dernier souffle, vous le survolerez...

Jardinez, jardinez, jardinez !

Gilles.

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