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Dissidences Pyrénéennes.

Dissidences Pyrénéennes.

Infos,patrimoine, politique locale, environnement,

Publié le par puyvalador-rieutort
Publié dans : #Fables

Le voyageur...

Moi, dont les racines cherchent en plongeant au plus profond abîme de nos sources secrètes, me voici étranger parmi les étrangers. Pourtant, tout est désert, pas une âme qui rôde. Je me sens d'autant plus étranger qu'il n'y a personne pour me renvoyer ne serait ce une petite différence me rappelant qui et ce que je suis.

Mon regard usé se pose sur une fontaine tarie.

Voilà déjà longtemps que je voyage en ce monde et je ne sais presque rien ni de ses limites, ni de sa nature véritable. Pourtant je sais le moindre de nos replis et aucune grotte ne m'a jamais trahi.

Comme d'autres enfants, j'ai eu une famille, une école et ce que je croyais des amis.

Mais, il y eut ce voyage insensé qui ne mène nulle part, cet espèce de labyrinthe qui nous rapproche en nous éloignant et qui nous éloigne en nous rapprochant.

Là sous le soleil ravageur de méninges, les yeux enfiévrés autant de désespoir que de révolte, je vois sans même regarder le fond de ce bassin asséché ainsi que cette place offerte à la chaleur et au vent.

Mes larmes auraient pu autrefois le remplir, mais l'amertume est bien lasse, autant que mon cœur s'est creusé, insondable de souffrances.

Habité de ténèbres et de monstres mornés, il est comme un bateau fantôme échoué sur le sable.

J'ai laissé derrière moi un pays de neige sale et de vent inquisiteur. Un passé de froidures, de déceptions en cascades figées et de faux espoirs aussi brumeux que nos forêts envahies de loups et de corbeaux toujours en chasse, insatiables quoique repus de charognes mensongères.

Là, juste derrière moi, ça sent encore la terre noire et la résine de sapin autant que la fétide torpeur issue de nos malheurs.

J'entends encore un rire ne laissant que l'écho lui répondre en ricochets fuyants la surface moirée d'un lac.

C'était l'été et nos jambes couvertes d'égratignures parlaient des balles de foin, de la poussière et de la sueur.

Dans l'obscurité des granges où s'entassaient méthodiquement le moindre ballot, il reste la brûlure des ficelles entaillant les doigts et puis cette poussière qui fait cracher aussi noir que du charbon...Un rire de dérision à la douleur, à l'absurdité, mais un rire profond qui parle de choses simples comme cette amitié qui se donne sans espoir de retour.

Sous mes pieds plombés, un sol encore brûlant et la paresse de faire encore un autre pas, alors que tant et tant m'ont conduit jusqu'ici...

Soudain, le vent tourne et presque glacé, me transperce. Alors, je ne sais si j'avance mais il me le semble pourtant.

Presque rien n'a changé sinon un sentiment étrange d'être sous une autre lumière, un autre ciel. Je lève les yeux et, là haut, de longs nuages blancs se mêlent à un bleu palissant. De l'autre côté de la place, je devine à présent une ruelle paisible et ombragée.

De pétillants bouquets de fleurs aux teintes de sang éclaboussent les murs de leurs senteurs enivrantes. Tout m'y attire sans savoir pourquoi.

Me voici caressant le pavé, discret dans ma démarche qui se glisse vers l'ombre bienfaitrice.

De part et d'autre, des portes ouvragées me parlent d' illustres familles, d'affaires au bout du monde et sous la patine cirée, les cœurs noueux semblent murmurer leurs secrets inaudibles.

La septième porte entrouverte semble m'inviter.

Je la pousse.

Devant moi un jardin enserre un puits carré aux antiques ferrures.

Trois montants en volutes viennent se réunir en un anneau enserrant une poulie de laquelle pend une longue corde de chanvre.

Je me penche et devine l'ombre d'entailles suggestives plongeant régulièrement vers le fond inondé. Rien ne semble bouger, ni même la surface aussi lisse qu'un miroir d'obsidienne.

Soudain, surgit de nulle part, un lézard gris remonte en saccades ordonnées et s'arrête sur la margelle. Il me regarde et aussitôt redescend le long du conduit éclairé par un soleil de midi.

Tout à coup, le lézard disparaît.

J'ai beau me pencher, je ne vois pas où cet animal étrange a bien pu glisser.

Il me vient une drôle d'idée.

Et, si j'allais voir par moi même ?

Toujours personne alentours...

Cette corde épaisse qui disparaît vers le fond, je ne sais si je peux réellement m'y confier. Je m'y attache pourtant, sait on jamais !

Plutôt que de glisser en la suivant, me voici à dés escalader en poussant la pointe de mes pieds dans le creux de ces petites marches. Plus je descend, plus elles deviennent confortables et rassurantes. Comme dans un escalier, se révèle une spirale qui aussitôt s'efface au dessus de moi.

La roche claire du parement illumine l'espace en conduisant la lumière jusqu'au fond.

Alors que je regarde un ciel à l'envers, Un trait plus sombre s'épaissit soudain entre deux lignes de pierres.

Plus je m'approche et plus l'ouverture d'une galerie perpendiculaire se dessine.

Saisissant la corde à deux mains, je teste sa résistance et par un pendule, j'arrive à me rétablir sur le bord inférieur de cette voie inattendue.

Le plafond de briques semble s'élargir en arrondi.

En face de moi, l'épaisseur mouvante de l'obscurité.

A demi accroupi, je tâtonne et je m’aperçois que plus j'avance, plus la voûte s'élève et plus la ténèbre semble s'estomper.

Une luminosité verte émane des murs de pierres lisses.

C'est à présent confortablement redressé que je gravis une faible pente régulière.

Le tunnel oblique sur ma droite et s'élargit soudain sur une pièce éclairée par des puits de lumière. De grands rayons traversent l'espace et viennent au sol se réfracter sur un système de prismes. Ils se divisent en traits de couleurs diverses qui se rejoignant par un nouveau jeu de cristaux redonnent une lumière crue.

Cette salle rectangulaire est surplombée d'une grande voûte au centre de la quelle une énorme pierre proéminente tient lieu de clef.

Les dimensions semblent bien proportionnées, mais la luminosité ambiante ne permet pas d'en jauger réellement la profondeur.

Je ferme les yeux quelques instants pour essayer de retrouver un peu de calme.

Ce que j'ai vu est il bien réel ?

Lorsque je me suis bien imprégné du silence profond du lieu, je tente d'y voir plus clair. Au lieu de m'éblouir à ce jeu de lumières, je me mets à chercher quelques zones d'ombre. Petit à petit se dessinent alors deux rangées de bancs enchâssés de part et d'autre de l'axe central.

Au milieu, une fosse longue s'ouvre entre les colonnes de lumière.

Tout au fond, je n'arrive toujours pas à distinguer ce qui se cache derrière le rideau multicolore.

J'entreprends de me déplacer par la gauche, mais cette démarche n'évolue pas assez pour me donner la moindre perspective. Je décide alors de changer de coté. Là, bien que se dessine au fond une esquisse de relief, je ne peux encore en saisir la totalité.

Je me trouve maintenant devant ce voile lumineux qui ne laisse filtrer qu'apparences diffuses.

Derrière moi, de la fosse semble monter des paroles que ne peuvent saisir mes oreilles mais qui résonnent en écho d'une histoire ancienne.

Une paix inexplicable m'envahit et je me renverse en arrière sans pourtant toucher le sol. Tout semble flotter à présent et comme dans un navire bercé par l'onde, me voici en train de voyager immobile vers une autre façon de percevoir le monde.

Tout est calme. Le temps n'a plus de prise et l'espace s'est estompé au point que plus rien n'a d'apparence.

Alors, dans une demi conscience, flottant entre deux dimensions, ce sol qui se dérobe devient un miroir du ciel.

Je suis là et nulle part, ainsi que partout.

Plus rien n'a d'importance et mon esprit endormi s'est détaché des fausses réalités.

Toute sensation de froid a maintenant disparue. C'est un peu comme si plus rien ne pouvait m'atteindre.

Alors, le rideau de lumière se dissipe et le fond de la salle disparaît.

Une nuit bleutée vient d'envahir chaque chose.

Je perçois les nébuleuses lueurs de constellations lointaines.

Tout l'univers se met en place dans un mouvement imperceptible qui m'emporte.

Nulle part, nulle limite !

Dans ce vide total, la plénitude domine tout sentiment de tolérance.

Je ne suis rien et je me sens dilué au point d'être, sans être vraiment.

Le calme absolu laisse la place à quelque chose d'indéfinissable comme un ressac lent et inexorable.

De la grève vers l'écume et de l'écume vers le large la vie reprend ses couleurs et soudain j'entends les voix des hommes. Sans savoir pourquoi, je comprends mieux ce qu'ils disent et leurs gestes me deviennent familiers.

Je ne suis plus vraiment un étranger...

Mes yeux s'ouvrent à présent sur un monde différent qui bien que coutumier se révèle éclairé autant des rires d'enfants que des grimaces des hommes.

Il demeure en moi ce doute de ce qui est réel et de ce que je n'ai pu qu'entrevoir derrière le voile multicolore.

Ai je rêvé ?

Je suis assis sur un banc vert, la place déserte est devenue un parc aux arbres immenses sous les quels les passants flânent en se racontant les histoires embellies de leur cheminement.

Les sentiments qui autrefois m'envahissaient s'envolent comme ces moineaux effarouchés par un ballon rouge que poursuit un bambin.

Étaient ils bien réels seulement ?

J'en viens à me surprendre de ne plus croire en rien de ce que les apparences véhiculent en mensonges complices.

Tous ces sentiments qui nous relient par d'étranges conventions ne sont peut être que mirages qui nous égarent en nous confortant un peu plus chaque jour dans ce quotidien illusoire.

Pourtant, l'enfant rit et le pigeon vole...

Plus loin un vieillard somnole alors que passe devant lui un landau sombre suivi d'une veuve détachée de toute inquiétude.

Je replie mon journal et en m'essuyant le front perlé de sueur, je me dirige vers une ruelle inondée de ce soleil vertical qui efface mon ombre.

A la septième porte, je traverse le patio au milieu du quel trône le vestige d'un ancien puits carré, aujourd'hui condamné.

Appuyé sur la rampe de fer ouvragé, je monte péniblement l'escalier aux marches de granit polies par tant d'amis et de visiteurs.

Soudain, je me retourne avec ce sentiment de déjà vu et en regardant la margelle du puits, je surprends un drôle de lézard qui cligne des yeux.

Un rideau de lierre glisse le long du mur défraîchi par les ans.

Alors que le lézard s'entête, soudain tout vacille et me voici revenu dans un pays de neige aux senteurs de résine et de tourbe mêlées.

Un ciel blanc avale ce monde de mosaïques éphémères.

Alors, je me rappelle.

Malgré tout ce qui m'entoure et me tourmente, je suis dans un mouvement qui me dépasse en me laissant croire que je suis immobile ici et là bas.

Encore deux pas, puis un autre, ensuite, glissant entre les arbres j'en reviens à mon chemin qui s'efface pour enjamber cet autre moi même qui gît à mes pieds. Je lui tourne le dos et je sais que demain, je partirais pour cet étrange voyage, peut être aussi vain que l'Est, ce vent du Nord qui bientôt cessera...

G.

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