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Dissidences Pyrénéennes.

Dissidences Pyrénéennes.

Infos,patrimoine, politique locale, environnement,

Publié le par puyvalador-rieutort
Publié dans : #Fables

Ano, sage et mailles magiques.

Là, sur les rives du Galbe, fumée acre de forges glissait en de longs dragons de soie. Les berges gelées s'assombrissaient à leur passage, l'argent du givre ternissait.

En s'approchant des antres poussiéreuses, le chant de la rivière s'estompait en laissant l'espace libre au soufflet puissant de la forge et aux martèlements rythmés sur les enclumes.

De jour comme de nuit l'activité se poursuivait.

D' étincelantes projections emplissaient de magie la fonte et le travail des métaux.

Le chuintement de la trempe prenait des airs de volcans soufflants et criants la vérité qui prenait vie.

Pendant que l'un activait le feu, un autre surveillait le creuset de métal incandescent.

Là, un filet jaune orangé coulait vers un moule de terre. Ici un groupe martelant rytmait de ses tintements la musique de la petite industrie.

La sueur ruisselait sur les fronts et les muscles tendus activaient des maillets de fer avec la précision et la force de l'expérience.

Rien ne gênait le travail de l'autre. Il semblait que tout fut de concert comme si un seul homme travaillait à la fois en tout lieu de la forge, partout à sa tache autant en un point que dans ses déplacements.

Étrange harmonie d'un dragon de feu, de sueur, de souffle et d'efforts...

Pourtant à l'angle de la forge, Ano le sage œuvrait de patience. Chaque geste tenait du différent et de la conciliation par ce qu'il tissait une cote d'anneaux aux mailles si fines, faites de métaux divers.

Chacun était lié aux autres dans une trame double laissant apparaître un plat qui miroitait de couleurs chatoyantes.

Telle une robe de truite, pointée de rouge et de noir, elle brillait d'argent. La longue cote de maille prenait forme aux justes proportions de celui à qui elle était destinée.

La magie tenait autant dans sa souplesse que dans la solidité de l'ensemble.

Nul acier ne saurait la mordre, nulle flèche la percer.

Là où un maillon paraissait faible, le dessous en révélait le renfort. Bien que multicolore, aucun défaut dans l'assemblage de ce minutieux travail de diplomatie.

En fait chaque anneau scellait une union entre les principes et chaque homme de chaque tribu. Toutes ensembles, différentes et pourtant unies dans une même trame d'alliances.

De l'union des uns tenait la solidité des autres, autant en tous qu'en chacun.

Si le héros portait la vêture magique, c'est toute l'âme cosmique des peuples qui lui donnait la souplesse autant que sa force dans la démarche.

Tant que tiendraient les mailles des hommes, celles du métal seraient fortes et il serait invincible !

Ano cependant travaillait autant en dedans qu'au dehors.

Non pas que ses doigts experts ne se fatiguaient de l'ouvrage, mais que la réussite tenait aussi de son art que dans l'origine de sa réalité.

Le sage tissait des liens familiers par ses voyages entre les villages et les cités.

C'est là qu'était la magie entre les hommes, dans la forge d'une destinée qu'ils partageaient volontairement...

Sous cette cote étrangement légère à celui qui en épousait profondément la forme et le sens, une chemise matelassée faite de lin, de soies et d'autres fibres obtenues secrètement.

Elle amortirait les coups tout en laissant respirer le corps d'un guerrier représentant un ensemble de peuples unifiés par la magie d'un sage.

Ni trop chaude, ni trop légère, elle se fondait avec la cote de maille en un seul vêtement sans aucune entrave aux gestes.

Plus en amont, de l'autre coté de la rivière l'atelier des dames tisserandes venait de terminer cet ouvrage d'un cycle complet.

Chaque plante fut préparée en son heure après avoir été récoltée sur les terres les plus profitables.

Lorsque le tout fut assemblé, Ano forgea une bague dans les métaux précieux qui composaient l'ensemble de son ouvrage.

Une fois trempé et poli cet anneau aux reflets d'or rouge fut gravé de runes anciennes scellant la force dans la sagesse du cercle précieux.

Sans lui la cote ne saurait protéger et servir son homme d'action.

Souplesse, ténacité et résistance ne servaient guerre sans fidélité, sagesse et clairvoyance.

Ainsi Ano put en ce printemps joyeux de primevères de narcisses et de lys blancs, remettre l'ouvrage à celui que tous espéraient pour les représenter.

Nul ne se rappelle son nom et bien que disparue dans les méandres du Galbe, sa cote complète pourrait encore aller à celui qui se ferait à son essence.

Ce, bien sur, si l'anneau retrouvé allait à son doigt...

Qui sait si en vous promenant le long des berges et cherchant quelque truite, la magie ne vous prenait, faisant de vous ce preux chevalier.

Alors, tisserand et forgeron, un anneau au doigt, vous vous retrouveriez paré de la scintillante cote enchantée.

Voila, ce conte est achevé...

G.

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