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Dissidences Pyrénéennes.

Dissidences Pyrénéennes.

Infos,patrimoine, politique locale, environnement,

Publié le par puyvalador-rieutort
Publié dans : #Fables

Bonne soupe !

Avis aux amateurs aux papilles éclairées !

Une bonne soupe, ce n'est pas qu'un seul goût qui surclasse tous les autres, c'est un mariage réussi dans lequel la fine gueule peut y retrouver chacun des ingrédients, rendant inimitable ce que l'on en ressent et qui est formidable de connaitre bien plus que de savoir. Il en est si peu de ceux là qui font la différence essentielle de tant de choses banales que l'on nous met en tas, voulant nous faire croire que l'uniforme nous va comme aux moines et aux soldats...

Il est cependant, cette petite chose en plus qui fait divinité et qui par un savoir faire supplante tous les autres, ce tour de patte secret qui donne de l'amour un aperçu discret.

Car, quelle que soit la recette, la soupe n'est jamais la même et si fidèle qu'elle soit nous non plus quand même.

Chaque chose évolue et vouloir le contraire ne nuit en soi qu'à ce fil transparent qui est la tradition.

Or, donc, un soir de grand froid, assis prés du chaudron quatre diables vêtus de peaux de bêtes lorgnaient composition qu'affinait une dame savante qu'on disait fin cordon. Enviant le fumet et la couleur de ce ragoût divin, l'un et l'autre de se vanter que de pouvoir en faire autant et sinon mieux.

Les prenant au fait de tous ces beaux parlers la dame se retourne et les met au défi.

Aussitôt dit qu'ils empoignent chaudrons et boutent feu dessous.

Chacun d'y aller de savante recette tentant d'imiter l'originalité de la dame patronnesse.

Tout semblait bien y être et remuants la louche, les chaudrons commençaient de fumer. Tant et si bien qu'au bout de cette nuit nos quatre diables en eurent crampes aux bras de cette agitation sensée d'un tour de main annoncer un paradis.

Mais, si les fumets montèrent, point aucun ne valait celui de la cuisinière.

Les quatre avaient le même goût que rien ne différenciait mais qui étaient bien plats à côté de cette cathédrale envahissant l'espace et qui surclassait leur infâme potée.

Alors, n'y tenant plus ils supplièrent à genoux pour connaitre ce qu'ils ne savaient. Nous avons bien vu, écouté, senti et goûté, même la consistance ne nous a pas trahis, mais il est cependant un mystère qui fait la différence et qui nous laisse amers et rances. La dame qui sourit dit qu'il s'agit d'un charme que nul diable ne peut en aucune manière arriver d'imiter. Il s'agit de nature et la vôtre est contraire à ce qu'il vous faudrait pour pouvoir y arriver.

Tout d'abord, dit elle, sachez que vos sens vous ont trompé et que vos intentions n'étaient que par trop égoïstes. Lorsque je cuisine, ce n'est jamais pour moi et c'est bien en cela qu'est toute différence.

Votre brouet uniforme qui veut en imposer ne vaut pet de lapin.

Non en ce que vous mettez mais en ce qui n'y est pas. Car il manque un sel qui ne vient de la terre mais d'une autre mer aux vagues généreuses.

L'amour voyez vous n'est pas chose d'esprit et de le raisonner enfuit son intention qui se donne plus que ne se prend.

Écarquillant les yeux, les quatre diables se fendirent en jurant bien qu'ils trouveraient moyen de parvenir au summum incertain. Depuis, ils hantent les fourneaux et pillent alentours les livres de cuisine pour comprendre à coup sur ce que la dame fait de si étrange et qu'ils ne peuvent réussir.

En terre, feu ou eau, le vent emporte le délicieux fumet que la dame élabore aussi inimitable que sont les vérités premières, celles qui viennent du cœur et non d'un athanor construit par la pensée qui se veut unitaire.

Chaque élément y vient séparément et lorsque elle les assemble, ce n'est pas d'un seul coup mais bien l'un après l'autre.

Ainsi le chou donne son goût autant que la carotte. La pomme de terre est là sans se défaire et qui pourtant fond bien dans le palais dés qu'elle en franchit le pas.

Bonne mesure de sel n'empêche le piquant de l'épice. Ainsi tout se marie en apportant sa touche. Lorsque l'un après l'autre se dégustent les apôtres de cette comédie, il vient un doux tableau changeant qui exprime la vie dans ses ressentiments.

Merveille des merveilles qui plus qu'on imagine est une féerie dansante qui enchante l'âme autant que le palais.

Les diables sont maris et jaloux de surcroît, en remuant la queue ils en font grand sabbat, mais ne peuvent connaître ce qu'ils n'ont jamais eu, qui ne se conçoit pas en gestes inutiles, ni en paroles vaines.

Ainsi, fuyant la dame de séant, ils firent politique de manants nivelant par le bas ce qu'il est de meilleur. Pour autant que l'on sache, ces bonnes intentions sont peuplées de malheurs lorsqu'ils nous font goûter leur amère cuisine.

Car nous le savons bien, c'est affaire de cœur qu'ignore la raison de ces gens de pouvoir. Au point me diriez vous que d'ici bas ils ne savent que ce qu'ils croient réel dans ce qu'ils imaginent...

Tout en cela n'est qu'affaire de cuisine à qui sait distinguer chaque chose pour mieux l'incorporer, respectant ce qu'elle est et qu'elle nous apporte.

Les diables sont légions et rares les cuisiniers, d'autant plus que personne plus ne les écoute et dévore les plats sans saveur que nous servent tristement les pages des journaux et celles des radios...

Mondialisation disent les badauds qui ne comprennent rien à cette farce dont ils sont les dindons. Bouillie informe et sans goût qu'ils voudraient après d'autres nous rendre fous en nous faisant penser que tout est de même goût.

Fi donc les diables et cette politique agitant leurs pantins autour d'un chaudron vide !

Cuisinons de tous cœurs, sans arithmétique, ni même mots savants, sinon en quoi point de saveur que celle unique qui nous écœure tant de son manque de sel autant que de l'épice qui donne la chaleur et éloigne le vice.

Bon appétit à ceux dont la dame convie aux doux festins qui font de l'homme sain le héros manifeste et cependant si humble qu'en dégustant ce plat il incline la tête.

G.

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