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Dissidences Pyrénéennes.

Dissidences Pyrénéennes.

Infos,patrimoine, politique locale, environnement,

Publié le par puyvalador-rieutort
Publié dans : #Fables

Terre promise ?

-"Cousin, depuis que tu as forgé cette charrue, tu te crois tout permis. Pendant que je conduisais les troupeaux, tu bâtissais ta maison et lorsque je suis revenu, je n'ai trouvé que hauts murs crénelés et portes fermées".

-"Cousin, alors que tu occupais les meilleurs pâturages, ma famille crevait de faim dans un désert de pierres. Nous nous sommes adaptés et avec ces pierres nous avons bâti des murs pour garder la fraîcheur et l'eau. Nous avons creusé la terre pour voir où elle allait et nous l'avons fait remonter pour irriguer le sol.

Alors, nous aussi nous nous sommes protégés derrière les murs et nous avions de l'eau pour boire et des récoltes à engranger. Tout cela pendant que tu te moquais de nous, travaillant la terre et peinant sous le soleil"...

-"Cousin, tu m'empêches de passer là où nos troupeaux paissaient et s'abreuvaient et tu ne veux pas que je profites moi aussi de ce que nous donne la nature".

-"Cousin, si ton troupeau traverse mes cultures, il va détruire le fruit de mon travail et ma famille ne pourra plus survivre".

-"Cousin, cette terre n'est pas à toi, elle est aussi à moi et tu dois me laisser en profiter".

-"Cousin, cette terre n'est pas à toi et tu dois me respecter ainsi que mon travail".

Palabres de l'un, palabres de l'autre...

Passant avec sa caravane, un ancien voyageur surprit les deux parents en pleine discussion. Alors que le ton montait sous un soleil de plomb et qu'ils allaient en venir aux mains, il s'interposa.

-"Ô, parents, que tant de vos mots troublent la voix de la nature. La Dame se repose et vous la dérangez. Quel est donc ce tumulte qui fait frémir la terre au point qu’alentours l'on entende que vous ?"

Aussitôt, les deux cousins de se plaindre longuement l'un de l'autre et l'autre de l'un...

Les ayant entendus ensemble et tour à tour, le voyageur se penche et colle son oreille contre une roche noire reposant à même le sol.

Les deux cousins lui demandent s'il n'est pas fou et que veut dire sa posture.

L'homme les prie de se taire en leur disant que maintenant c'est à la Dame d'exprimer sa pensée.

Au bout d'un certain temps, l'homme se relève et s'explique ainsi.

-"Ô, parents infidèles et sans mémoire, la Dame dit que vous êtes ses sujets et de plus affiliés l'un à l'autre. En conséquence vous vous devez assistance et respect.

La Dame dit que l'un donnera de l'eau à l'autre et qu'en retours l'autre veillera à ce que les cultures ne soient pas dévastées. Vous vous échangerez ce que vous produirez tout en respectant celle qui vous porte et vous nourrit."

Quelques temps s'écoulèrent et survint un manque d'eau.

De nouveau, voici que le ton monte...

-"Cousin, je ne peux plus vivre avec mon troupeau, car la terre ne donne plus assez d'herbe pour le nourrir. L'eau que tu enlèves au sol est en moins dans le ciel et elle ne tombe plus sur les anciens parcours."

-"Cousin, ton troupeau est si grand qu'il boit plus qu'il ne l'avait jamais fait et cette eau ne peut remonter."

La dispute reprenait sous un arbre encore vert et sous le vent aride les palabres furent portées au loin.

Le voyageur qui traversait l'étendue échauffée en fut alerté et aussitôt le voici qui arrive.

-"Ô, parents bornés que sont donc ces affreux oiseaux dans un ciel que les nuages ont fuit force de vous entendre ?"

Les deux cousins, s'expliquent fiévreusement que l'eau ne vient plus assez et que le ciel en est avare. Le voyageur leur tourne le dos et semble s'adresser à un rapace qui plane au dessus de leurs têtes.

Puis il se retourne et dit :

-"Voilà ce que dit notre Père le ciel. Il dit que vous êtes stupides car il ne pleut pas moins que ce qu'il a déjà plu et que ce qu'il pleuvra. L'eau que vous utilisez n'en est fautive en rien et n'est ce pas vous autres qui en usez plus que vous ne l'aviez fait ?"

Se regardant l'un l'autre, les cousins demandent alors à l'homme ce qu'ils devraient faire si étant trop nombreux et aux troupeaux avides ils voulaient survivre en préservant leurs richesses et leurs familles.

-"A chacun son chemin et si l'un bâtit en d'autres lieux et que l'autre fonde de nouveaux troupeaux, la terre et le ciel n'y suffisant plus, ils se videront à jamais de tout espoir de vie.

S'il est une mesure, elle vous appartient d'en trouver les limites avant qu'il ne soit trop tard et que ni l'un ni l'autre vous ne puissiez plus survivre."

Chaque chose a un sens qu'il est bon de connaître et mieux que de le savoir il faut anticiper sur le moindre et non pas sur le plus abondant".

Malheureusement, les cousins sont têtus et quelques siècles plus tard ils n'en sont que toujours plus à ne vivre que de moins.

Aprés la guerre de l'eau vint aussi celle du feu qui dure d'autant plus que ni les uns, ni les autres ne se souviennent plus des paroles du vent ni de celles d'un rocher sur lequel elles furent gravées...

Au lieu d'une pluie bienfaitrice sur une terre peu peuplée, ce sont averses mécaniques brûlant ici et là l'herbe et l'espoir de cultiver la Paix.

L'homme voyageur est retourné dans le désert, s'éloignant de ces lieux où la terre et le ciel contemplent le désastre d'un peuple déchiré.

Plus aucun cousin ne se tourne vers eux en croyant, imbéciles, que ce qu'ils ont créé vaut plus que ce qui les a engendré.

Utilisant de fausses vérités ils en sont encore à s’entre tuer...

Pour combien de temps encore ?

Peut être jusqu'au dernier...

Alors, ce jour là, la mère et le père referont en silence une autre génération différente de ceux là qui au nom de ce qu'ils croient ont perdu la raison.

G.

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