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Dissidences Pyrénéennes.

Dissidences Pyrénéennes.

Infos,patrimoine, politique locale, environnement,

Publié le par puyvalador-rieutort
Publié dans : #réflexion

Ce texte m'a été transmis par un ami et vu son intérêt, je n'ai pu résister.

Qu’est-ce qu’un cercle ?

C’est une courbe plane fermée délimitant un espace ainsi parfaitement déterminé ; cet espace est le plus vaste possible pouvant être inclus dans un périmètre donné. Cet espace ne saurait exister sans la circonférence qui le délimite et en quelque sorte le caractérise en lui donnant consistance.

Dans l’iconographie médiévale (voir la reproduction en fin de texte), illustrant les plus anciens commentaires de la Genèse, Dieu Créateur trace une circonférence (par ex. : Job 26,10 : “Il a tracé un cercle à la surface des eaux comme limite entre la lumière et les ténèbres” ou encore Prov. 8,27) et chacun de nous connaît les multiples significations pouvant être dévolues aux termes “lumière” et “ténèbres”. Selon la théorie du tsimtsoum d’Abraham Aboulafia (1240 – 1291 ?), la création se maintient parce qu’elle se trouve dans l’espace vide, dans le cercle tracé par la contraction de Dieu – son retrait –, dans l’espace ainsi laissé libre.

Cet espace fonde notre liberté, il est celui dans lequel se meut notre liberté. Cette liberté est ainsi, en quelque sorte, non pas restreinte mais plutôt non extensible de façon indéterminée. Nous y jouissons du “mouvement” mais de par l’existence de la circonférence délimitant cet espace nous sommes soumis à la “limitation”.

Le Divin en l’homme, plus exactement l’aspiration de l’homme à la présence du Divin en lui, est à la fois ce mouvement et cette limitation. Le mouvement est corrélatif de la notion de désir prise dans son sens étymologique ancien issu de desiderium : retrouver quelque chose que l’on a connu et perdu. S’il n’y a pas de désir, il ne peut y avoir de mouvement. Ce mouvement nous incite à sortir de nous-mêmes qui sommes un point dans cet espace qui nous est tout à la fois intérieur et extérieur, il est une sorte de force, une tension, qui nous pousse à aller vers ..., et la prise de conscience de ce “aller vers...” est une injonction à nous dépasser. Mais en acceptant et tentant la réalisation de ce “aller vers” nous nous heurtons à la limite de la circonférence qui marque tout à la fois notre finitude et les limitations imposée par l’Ecriture.

Qu’est-ce que cette limite ? C’est celle de ce qu’il est donné à l’homme de connaître (Siracide 3,21 “Ne cherche pas ce qui est trop difficile pour toi, ne scrute pas ce qui est trop fort pour toi.” Mais sans oublier que “Le commencement de tout bien est la connaissance qui fonde l’action et l’action qui fonde la connaissance. C’est pourquoi nulle action n’est bonne sans la connaissance, et nulle connaissance ne progresse sans l’action.” – Elie d’Edictas, XI° siècle, Constantinople) Cette limite est aussi la notion que tout n’est pas permis, que tout n’est pas égal. Mais au plan de la vie, c’est également la limite de notre espace qui signifie que nous devons laisser à l’autre son propre espace. Et laisser à l’autre son espace nous renvoie au Commandement “Aime ton prochain” donné en Matt. 19,19 en reprise de Lévitique 19,18, verset que Rashi commente en disant que “C’est le plus important de la Thora”. Injonction qui, dans cette lecture particulière, se trouve être en rapport direct avec le 8me Commandement du Décalogue (Ex. 20,13) : “Tu ne voleras pas”, c’est-à-dire ici : “Tu ne voleras pas l’espace de liberté de ton prochain.”

La conjonction de l’espace libre du cercle et de la circonférence, qui ne peuvent exister l’un sans l’autre, indique à l’homme qu’il doit demeurer dans ses limites, et ces limites sont triples : ses limites propres, les limite des autres et celles du monde créé. C’est peut-être en partie pour cela que Bernard de Clairvaux écrivait : “Quelle que soit l’étendue de ton savoir, il te manquerait toujours, pour atteindre à la plénitude de la sagesse, de te connaître toi-même. (…) Il ne mérite pas le nom de savant, celui qui ne l’est pas de soi.” (De la Considération II, 6)

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