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Dissidences Pyrénéennes.

Dissidences Pyrénéennes.

Infos,patrimoine, politique locale, environnement,

Publié le par puyvalador-rieutort
Publié dans : #Fables

Un très long retour...

Des dizaines d'années, peut être plus...des siècles ?

Lorsque la capsule se réactiva au fond de ce silo oublié, était ce accidentellement ou seulement parce que l'expérience allait enfin pouvoir commencer ?

Le référent Mû 1618, alias Eggill retrouvait petit à petit le fonctionnement de ses organes vitaux.

Son cœur reprenait le dessus des machines qui le maintenaient artificiellement en état de conservation. Les ramifications des sondes organiques étaient maintenant complètement dissoutes et il devait à présent faire cet effort immense de soulever sa cage thoracique pour respirer.

Lorsque l'air emplit ses poumons totalement, la douleur intense d'une brûlure lui enflamma ses sens en éveil. S'il avait pu, il aurait crié de toutes ses forces, mais la tubulure dans sa gorge l'en empêchait. Il arracha l'objet cartilagineux. Il crut un instant que ses viscères suivaient elles aussi et ce n'est qu'un faible gémissement qui franchit la porte de ses lèvres encore engluées de gel .

La pression interne de cet œuf artificiel retrouvait l'équilibre parfait avec le monde extérieur. Alors dans un silence profond, étrange, le couvercle se souleva. Un léger souffle suinta lorsque le joint principal se décolla. Les vérins peinèrent un peu, puis l'ouverture fut totale.

Le bain isotonique qui maintenait une apesanteur agréable s'était évacué par des orifices pourvus de valves. Il fallait à présent fournir l'énergie nécessaire au mouvement pour se dégager de cette coque de métal et de technologie.

Tournant la tête d'un coté puis de l'autre il ressentit quelques craquements au niveau de ses cervicales.

Alors, il ouvrit les yeux dans une faible luminosité entretenue par un système de diodes réparties sur toute la surface de la voûte du laboratoire.

Personne !

Personne et aucune idée précise de ce qu'il devait faire.

Il n'y avait absolument personne autour d'Eggill pour l’accueillir, personne pour le bilan physiologique. Personne si ce n'était un son métallique entonnant la procédure à suivre dans un décompte se répercutant autant dans la solitude du labo que dans la tête d'Eggill.

Apparemment, il était le seul à être réactivé Au fond de ce silo immense enfoui en secret sous quelques kilomètres de roches calcaires, tout avait été prévu pour que l'expérience de référence puisse démarrer indépendamment de ce qui aurait pu se produire dans le monde supérieur. Seul un ensemble de capteurs auto alimentés reliaient toute l'ingénierie de ce lointain sous sol en définissant si les conditions de viabilité externes et de temporalité réunies étaient favorables au début de l'expérience.

Petit à petit, les pensées émergeant d'un sommeil profond comme des bulles venaient crever la surface de cet épais liquide de la conscience endormie. Flottant durant ce qui lui semblait une éternité dans le sérum qui l'isolait de toute sensation de toucher, il tentait à présent de s'en extraire et de renouer le contact avec la réalité.

Quoique la machinerie de la capsule basculait de temps à autre en position verticale son occupant, la sensation de pesanteur à l'air libre était étrange. Ses repères étaient faussés. Son horizon interne se recalait petit à petit comme si les grains de sable de ses canaux semi médulaires se débloquaient un à un. Chaque geste coûtait. Un peu sonné, il enjamba le rebord de la capsule et tenta de se soulever. Un vertige l'entraînait dans une nausée obsessionnelle. Il se mit à vomir le contenu gélatineux de son estomac.

La soif se rappela à lui par son palais qui redécouvrait l'assèchement d'un air sec, le poussant à surmonter d'un ultime effort cette étrange douleur sourde, lente, mais désormais bien présente. Enfin, il arrivait à s'asseoir péniblement sur le rebord de la machine. Il tendit son pied droit vers la surface noire du sol vitrifié.

C'était chaud. Aussi loin que pouvait porter son regard embrumé, des alignements d'objets semblables à celui dont il émergeait.

Un ronronnement régulier de milliers d'appareillages ventilés avec ses cliquetis métalliques entretenait une ambiance soporifique. Toutes ces petites diodes multicolores qui coloraient les murs comme autant de petits yeux vicelards hypnotisaient le regard jusqu'à saturation. Au delà; tout semblait se répéter à l'infini.

Tout autour, les mêmes couloirs, dont il semblait occuper le centre du point de jonction.

Reprenant petit à petit conscience, Eggill entreprit de faire son premier pas. L'équilibre était précaire et il dut s'appuyer sur le rebord gluant de sa capsule pour enchaîner le second, puis un difficile troisième et tenter enfin d'en faire le tour. Le temps reprenait ses marques relatives à l'effort et l'espace semblait se réduire d'autant que les facultés augmentaient.

Réapprendre ce qu'autrefois devait lui sembler naturel, c'était se réinventer jusques dans le moindre de ses gestes, la moindre de ses pensées, dans ce souffle qui n'arrivait pas à retrouver ses automatismes. Tout était sujet à concentration dans un effort toujours intense.

Petit à petit la pensée semblait renoncer, sursaturée de conscience, pour finalement ré-ouvrir dans le silence la porte du non penser, celle des réflexes, "automatismes personnels" si performants...

Décidément, le corps possédait sa propre intelligence supérieure en bien des points à celle de l'effort volontairement conscient !

Avec la dynamique de l'équilibre en mouvement les gestes se firent de plus en plus précis. Comme dans une évolution lointaine, en redressant la tête, le corps entier suivit cet allant et en découvrant son reflet sur la surface glacée d'un mur d'onyx noir, il se rappela ce plaisir simplement lié à cette identité rassurante par la quelle il se reconnaissait enfin.

Alors, quelque chose se mit à fonctionner dans son oreille gauche. Un sifflement aigu, lancinant qui se délayait en nuances plus graves jusqu'à ce que des mots surgissent épars puis s'assemblant en idées, en images.

Un programme lui dictait à présent les démarches à réaliser. Il se dirigea vers un alignement de cabines étanches et pénétra dans l'une d'elles. Soudain une pluie fine et chaude envahit l'espace réduit et il redécouvrit un peu surpris le plaisir des sensations que toute sa peau lui procurait. Une douche heureuse le débarrassait des reliquats gluants de son séjour amnésique. Il ne pu s'empêcher de boire longuement cette eau, jusqu'à saturation. Elle coulait en lui comme un torrent sauvage qui en bondissant éveille la vie au passage de son flot indomptable. Il redécouvrait sa tuyauterie interne, heureuse elle aussi de se purger des reliquats qui l'emplissaient depuis trop longtemps.

La voix lui rappela les gestes et il finit sa toilette éveillé, prêt aux étapes suivantes.

Dans un coffre gravé à son matricule et à son nom, des vêtements et des rations alimentaires scellées dont l'étiquetage indiquait l'usage et le contenu par le simple contact avec la peau.

Une fois habillé d'une combinaison légère mais résistante qui prenait automatiquement la forme de son corps sans le gêner dans le moindre de ses mouvements, il saisit une ration et s'obligea à redécouvrir le rituel d'un repas. Au fur et à mesure, les goûts appelaient des images floues, des mots, des instants embrumés de nourritures autrefois appréciées.

Était ce réel ou simplement ce que lui disait la voix au creux de son oreille, mais chaque bouchée, chaque mastication ouvraient la porte de sa conscience vers un film qu'il revoyait maintenant avec ce doute étrange d'un vécu qui ne lui aurait pas appartenu.

Dans son crane tout se ré associait. Aux images et aux goûts se mêlait à présent un parfum ou plutôt un ensemble d'arômes révélant la complexité d'aliments eux mêmes révélateurs de choses enfouies quelque part dans les recoins de sa conscience, peut être même plus profondément encore...

La soif le reprit et il ouvrit un sachet aluminé contenant un étrange liquide.

Certainement une de ces boissons isotoniques et vitaminées si fréquemment utilisées à l'époque, que beaucoup en avaient oublié le goût simple de l'eau...

Il y avait aussi dans le kit un récipient particulier qui captait l'humidité de l'air et s'auto remplissait d'eau. Là aussi, un simple contact et chaque objet disait tout de sa nature et de son usage.

Le repas terminé, il nettoya les restes et les enferma dans le sachet prévu à cet effet pour un recyclage immédiat. Il lui semblait que tout ce qu'il faisait, il l'avait toujours su et chaque chose reprenait doucement sa place. Il saisit un imposant container à bretelles, si léger pourtant. Il boucla une ceinture compartimentée et se chaussa de bottillons tige haute à semelle crantée. Aucun laçage, ceux ci s'ajustaient automatiquement à la forme de chaque pied en maintenant la juste pression nécessaire à un maintien confortable ou plus rigoureux selon l'usage. Le tissu intelligent et étanche à ce qui venait de l'extérieur respirait en maintenant un taux d'humidité constant. Il pouvait se durcir tout comme se détendre.

L'ensemble de ses habits pouvait diffuser au travers de sa peau tout traitement médical en cas de contamination.

La voix lui commandait à présent de se diriger vers une porte métallique qui s'ouvrit lorsqu'il fut devant elle. Derrière, une cabine aux murs vitrifiés s'illumina d'images d'un monde qu'il semblait découvrir pour la première fois. D'immenses immeubles bondissaient jusqu'aux nuages avec à leurs pieds un éternel brouillard saturé d'acides que seul un vent violent venait parfois chasser. Un fouillis d'activités humaines semblait animer cette cité et des véhicules en tout genre grouillaient autant dans les airs qu'au sol. Avec une profondeur si réelle, chaque chose semblait envahir l'espace. Tout à coup, Eggill senti son corps s'alourdir.

La cabine s’élevait en prenant de plus en plus une allure folle. Puis, elle ralenti et la porte s'ouvrit sur un couloir immense au bout du quel brillait une étrange lumière.

Petit à petit l'intensité diminua et c'est ainsi que son regard pu scruter un paysage qui lui semblait familier quoique totalement inconnu. Devant lui s'étalait une grande vallée verdoyante peuplée d'une faune impressionnante. Tant d'animaux y paissaient en toute quiétude, pas un seul être humain en vue... L'impression d'avoir à traverser un parc animalier aussi imposant le mit un peu en émoi. La voix lui dit que les prédateurs préfèrent la nuit pour attaquer leurs proies. Peu rassuré cependant, il entreprit la descente. Les reliefs qui bordaient la sente terreuse évoquaient les ruines d'anciennes demeures enfouies sous une épaisse végétation.

Il traversa une harde de biches importante sans que l'une d'entre elles ne s'inquiéta de sa présence. Elles se comportaient comme si elles n'avaient rien à craindre de lui.

Lorsque le soir le surprit au pied des collines, il venait de déboucher sur une voie encore plus large. Elle était double, mais seuls quelques sillons étroits dénonçaient le passage important d'animaux en compagnie.

Alors, Eggill entreprit d'établir son bivouac. Sous une structure moussue, un rideau de lierre dissimulait une zone d'ombre plus marquée.

La voix lui rappelait que dans sa ceinture il trouverait un système d'éclairage et que le container renfermait tout le nécessaire pour son campement.

La frontale diffusait une lumière rouge, douceâtre, mais assez intense pour révéler le moindre relief.

Au lieu d'une petite salle sous la roche, c'était une galerie dont les parois couvertes de concrétions s'enfonçaient dans le néant jusqu'à ne plus en distinguer les contours.

Au sommet d'un cône d'effondrement, il aménagea une petite terrasse et installa ce qui devait lui servir de couche pour la nuit. La voix lui conseillait de ne progresser qu'en plein jour et de garder un champ visuel assez grand pour éviter quelque mauvaise rencontre...

Il entama sa deuxième ration et aprés ce repas léger mais hautement nutritif, il fit l'inventaire du container et de tout ce qui se trouvait dans les poches de sa ceinture.

L'obscurité finissait d'envahir l'extérieur de la galerie. Cette noirceur épaisse rampait au sol et s'insinuait derrière chaque anfractuosité pour s'unir avec celle de la galerie. Bientôt plus aucune forme ne se distinguait, la nuit avait tout englouti.

Il implanta dans le sol une sonde sensée le prévenir en cas d'une visite inattendue et qui devrait selon la voix le protéger. Puis, il s'enfonça dans son couchage reposant sur une épaisse litière de mousse desséchée. Le sommeil l'envahit et il sombra dans un étrange rêve.

Il revoyait une grande cité pavillonnaire dont les rues en pente menaient vers l'autoroute du midi. Sur la droite s'ouvrait un tunnel qui traversait une colline urbanisée à outrance.

D'un seul coup il sursauta à cette pensée et écarquilla ses yeux alors que la sonde émettait une lumière vive et que l'étrange rayon venait de frapper avec précision une masse noire au pied du cône où se trouvait son campement. Un cri aigu transperça le silence.

Puis, l'obscurité reprit l'espace en l'avalant dans une inquiétude qui le conduisit jusqu'aux premières lueurs de l'aube. Nouvel inventaire et rangement, puis il descendit de son promontoire pour regagner l'ouverture de cette étrange galerie.

Un soleil rougeoyant déversait ses rayons sur une terre végétalisée en révélant chaque brin d'herbe, chaque plante dans un air si pur qu'il avait l'impression d'être dans les alpages de son enfance.

Il ne trouva aucune trace de cette masse mystérieuse de la nuit passée. Seulement une petite flaque de sang. L'herbe foulée par une multitude de traces laissait penser à une curée silencieuse...

Il devait demeurer sur ses gardes.

S'enfonçant vers la vallée, il finit par rejoindre les rives d'un fleuve aux eaux cristallines. D'énormes brochets naviguaient en groupe compact non loin des berges, prospectant à la recherche de quelques bancs de menu fretin. C'était étrange, comme s'ils évitaient le milieu de cette eau, plus obscure, plus profonde.

Le souvenir de pêches décevantes, de longues attentes infructueuses, le hantait par cette lassitude d'où l'on revient de tout avec ce goût amer de la fatale et inévitable bredouille.

Aussi loin qu'il cherchait dans ses souvenirs, rien de semblable à ces berges paisiblement ombragées sous d'immenses saules pleureurs qui se bousculaient les uns les autres en marquant la limite des eaux et d'une forêt jeune mais incroyablement dense. Il lui semblait que de son enfance ne remontait qu'un paysage urbanisé, aux rives enfouies sous l'asphalte et le béton.

La voix lui rappelait la consigne sécuritaire. Il fallait qu'il soit particulièrement vigilant et devait quitter le plus tôt possible cette zone sauvage. Le danger pouvait survenir à tout instant de n'importe quel buisson, ou d'une zone d'ombre aquatique au contour mal défini.

Il hésita, mais tout bien considéré, il remonta vers le soleil et du escalader un éboulis de gravas recouverts de mousses et d'une toison épaisse d'agrostis pour retrouver la grande voie double.

En suivant les consignes de la voix, il se déplaça vers d'étranges falaises couvertes de végétation. Puis, pénétrant un labyrinthe aux contours effondrés il arriva au cœur d'une zone au sol parfaitement plat et dont par endroit émergeaient de larges plaques sombres. Bien que la voix ne fit aucun commentaire, quelque chose en lui l'incitait à ne pas s'en approcher.

Depuis le début de son voyage, il avait scruté maintes fois ce ciel si bleu, vide, que ni un hélicoptère ni le moindre oiseau ou encore le plus petit insecte ne venait perturber.

Une paix si parfaite qu'elle devenait gênante. Certes, les animaux qu'il croisait étaient tous des herbivores, surtout des biches, mais l'absence d'humains, ni d'aucune de leurs traces, commençait à l'inquiéter sérieusement.

Au bout de cette longue place, une colline colonisée d'un amas impressionnant de lianes semblait s'agiter à son approche.

Bien que la voix l'incitait à s'engouffrer sous ce monticule foisonnant, il se demandait s'il pouvait lui faire autant confiance que ce qu'il avait fait jusqu'alors...

Tout à coup le sol s'ouvrit assez largement, le silence jaillit et plus rien ne bougea, comme si l'air venait de se vitrifier...

Un large escalier intensément éclairé venait de surgir du néant. Il attendit, écouta en essayant de capter la moindre vibration, mais rien, aucun bruit. Il se décida alors de l'emprunter.

Au quinzième niveau, un long couloir métallique. Au bout, comme un cul de sac, un mur de verre opaque. Quelque chose grésilla et le mur se mit à onduler. Puis, il disparut totalement pour laisser une ouverture vers une salle immense.

Un hémicycle se dessinait en rangées des fauteuils rouges, certainement confortables, mais incroyablement équipés d'électronique en tout genre.

Arrivé par le couloir central, alors qu'il se rapprochait de la tribune de marbre qui lui faisait front, un fauteuil se mit à pivoter vers lui comme pour l'appeler à s'asseoir.

Il hésita, mais la voix se fit impérative et donc, il obéit.

A peine installé, toute une panoplie de câbles et d'engins électroniques le couvrit entièrement. Impossible de s'échapper !

Une série interminable de tests, d'examens, de mesures, rien ne lui fut épargné. Puis, au travers d'un écran plaqué sur ses yeux, l'image d'un personnage âgé vint occuper toute son attention.

-"MÛ 1618, tonnait il, vous avez été réactivé en conformité avec la procédure, expérience 50, suite au programme 21".

"Désolé, mais si vous êtes ici maintenant, c'est parce que plus aucun humain n'est fonctionnel".

"Il vous appartient de vérifier l’exactitude de l'ensemble des relevés et de procéder à la réactivation d'une tranche d'individus proportionnelle aux besoins en cours".

Puis, un programme informatique défila devant les yeux angoissés d'Eggill.

Toute l'histoire de l'humanité se matérialisait en colonnes, en diagrammes et là, il comprit ce qui venait de mettre un sursis majeur à l'espèce humaine.

2016, une chute de neige étrange sur l'état de Géorgie. Une neige qui ne fondait pas sous la flamme d'un chalumeau...

Le programme 21 s'était activé seul et cette neige de nanoparticules touchait l'ensemble des habitants du continent américain. De par le monde des phénomènes similaires furent enregistrés. Les flocons répandirent une nuée de nano robots qui se mirent immédiatement en quête de tout être humain. Curieusement, après contamination chaque personne semblait se régénérer en permanence.

Du fait que la population ne pouvait plus vieillir, dans l'illusion d'une éternelle jeunesse, plus aucun enfant ne naquit. Le monde encore plus égoïste devenait triste et les suicides commencèrent...

En 50 ans, plus aucun humain ne survivait et la nature regagna tout l'espace conquis jadis par les hommes. Une série de secousses sismiques et d'éruptions ravagèrent tout ce qui fut bâti. Les centrales électro nucléaires furent entièrement détruites et libérèrent leurs émanations radioactives.

Les nano robots s'attaquèrent à tout ce qui volait, rampait ou simplement vivait. Par contre chaque contamination fut fatale.

Alors, une fois l'ensemble de la vie animale réduite à néant, la terre réagit en attirant ces diaboliques machines vers un gouffre profond. Lorsque la dernière y pénétra, le magma anéantit jusqu'à la moindre particule des engins.

Les capteurs n'enregistrant plus aucun signe animal de vie, le programme 50 réalisa la libération des espèces conservées dans les silos sous marins, fluviaux et terrestres.

Aucun des silos contenant des oiseaux et êtres volants n'étant fonctionnels, plus aucun d'eux, ni insecte ni être rampant ne vit plus aujourd'hui.

La végétation entretenue par un climat enfin s'étant auto régulé devint envahissante des derniers vestiges. Les lianes recouvrant en grande partie les sondes automatiques, les données actuelles ne sont plus aussi fiables que ce qu'exige le programme.

-"Vous devez intervenir pour rétablir le fonctionnement opérationnel de l'expérience !".

Les données finissaient de défiler pendant que les larmes coulaient sur les joues enflammées d'Eggill.

Il venait de comprendre qu'il n'était pas aussi humain qu'il le croyait. Il n'était qu'un cyborg, voilà où menait la folie technologique qui l'avait implanté de disques durs annexes et de tant d'autres gadgets. Même sa conscience profonde n'était le résultat que de transplantations de données pillées sur d'authentiques humains aujourd'hui disparus.

Lorsque le fauteuil le libéra enfin, il regagna l'air libre de la grande esplanade. Les sondes agitaient encore les lianes et après un ultime regard, il regagna les hauteurs de la mégalopole ensevelie sous un tapis silencieux de végétation.

Arrivé au cœur du silo, il prit les relevés de tous les dispositifs similaires et commença leur destruction systématique...

Au bout de quelques années, il ne restait plus aucune chance de revoir cette espèce prédatrice ayant bâti sa conception de la vie sur le pouvoir centralisé.

Eggill regarda une dernière fois le soleil disparaître à l'horizon et avec lui sombra dans les eaux profondes d'un fleuve revenu à l'état sauvage.

L'évolution était à nouveau à l'œuvre, enfin libérée de l'espèce despote.

G.

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