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Dissidences Pyrénéennes.

Dissidences Pyrénéennes.

Infos,patrimoine, politique locale, environnement,

Publié le par puyvalador-rieutort
Publié dans : #Fables

Raclures, est ce bien là le mot que l'on obtient, grattant au fond d'un tiroir vide de bon sens et d'amour ?

Cet "élégant tiroir", fut il d'un meuble ancien comptoir, que cette poussière lancinante refait toujours à l'identique ce qui reste en surface.

Seulement quelques traces dans cette poussière d'ennui...

Sans compter celle qui s'incruste sous les ongles vernis et qui finit toujours par ensevelir cet organe oublié au fond de sa cage dorée...

Les vieillards incapables d'aimer continuent d'assassiner la jeunesse qu'il n'ont jamais été. Distribuant les jouets inutiles forçant la cupidité comme modèle qui empêche de vivre, de rêver. Penser les pansements de fièvres naturelles, en pharmaciens amateurs de part leurs tisanes et leurs liqueurs, ils préparent patiemment les nouveaux charniers, solutions sans cesse recommencées !

Leurs réponses n'en ont jamais été et toujours recommencée, l'histoire les conduit tout aussi surement vers la même destinée, celle dont ils se refusent seulement la pensée.

Au nom de la sagesse couvée comme un œuf de pierre sur les bancs de tristes assemblées, ils ont usé le sens d'un mal toujours occulté.

Nul d'entre eux, même s'octroyant l'intention mensongère, n'aurait jamais voulu sincèrement que pleinement fut inscrit sur le fronton en pierre du pouvoir absolu le mot Démocratie !

Le pouvoir les gangrène tout aussi surement que le mal qui les fait et dont ils usent patiemment pour défaire la vie, pour la détricoter. Ce mal, avidité, est plus profond que leurs chausses de laine. Ces ogres avides, en se disant hommes dont ils n'en ont que le nom, cultivent le ridicule et font de la médiocrité l'excellence du siècle !

Ce jour là, sous un ciel moutonneux, lourd de menaces, JBS préparait son déménagement. Était ce réellement une fuite ou un retour vers des origines oubliées ?

Abandonnant une histoire, un Pays, une maison, retourner en Espagne tenait un peu des deux, à la fois d'une fuite vers hier pour mieux se retrouver et de la promesse de meilleurs lendemains, juste pour oublier...

Ou, alors... Était ce l'abominable qui au fil des siècles avait jeté sur les routes autant de "marranos" que de pauvres exilés qui n'avaient pas compris assez tôt que le mot de liberté se meurt toujours tout au bout du fusil...

Mais qui sait véritablement le sens de cette histoire mille fois réécrite et sans cesse oubliée et qui revient pourtant juste pour nous importuner... Poussière de vie sur une vie de poussière, balayée d'un coté comme de l'autre de ce monde magique qui dresse sa muraille au nom de Pyrénées.

La vieille demeure familiale regorgeait autant de poussières que de vieux bouquins débordant les bibliothèques, en vagues effondrées sur le carrelage et en piles appuyées aux murs lambrissés. De la cave au grenier tant de livres révélant leurs secrets entre chaque ligne plus qu'au bout d'un point à demi effacé.

L'important était dans le chemin plus que dans la destinée !

Il revint à la mémoire comme une ancienne litanie, cette chanson défraîchie :

L'important, c'est pas le voyage.
L'important, c'est pas le paysage.
L'important, c'est d'avoir envie !
L'important, c'est pas le voyage.
L'important, c'est pas le paysage.
L'important, c'est d'avoir compris !
L'important, ......... pas le voyage.
L'important, ........pas le paysage.
L'important, c'est d'avoir senti
Tout au fond des tripes ce qui vit ici !
L'important, ............. le voyage.
L'important, ............ le paysage.
L'important c'est d'avoir choisi !

...

Ici nulle moisissure, chacun avait conservé son parfum, sa texture, son histoire, son sens et son essence...

Mais que faire de ces navires en attente d'un port, d'un cœur ou simplement de quelque curieux en mal de devenir ?

Peut on réellement choisir ce que la vie nous réserve et quel sort que l'on ne peut choisir ?

Ces livres méritaient de trouver d'autres mains, d'autres yeux, d'autres cœurs, d'autres jambes...

Jean avait couru si vite que ses études ne l'avaient jamais rattrapé.

Beaucoup voyagé, travaillé certes, mais surtout embrassé autant de vies que de compagnes...

Des livres, il en avait vécu bien plus encore que tous ceux contenus dans les cages de verre des maisons bourgeoises. La sagesse imbécile, il l'avait fuie comme l'on court pour laisser un fantôme.

Plus même qu'un livre qu'il aurait pu écrire, il se voyait comme une bibliothèque de papillons, aux ailes mouvantes dont chaque page attendait encore un nouveau chapitre. Pour lui le temps ne s'était pas arrêté et l'espace demeurait ouvert. Il était aussi cet éternel rescapé avec son âme d'enfant, la seule chose en lui encore intacte malgré tant de balafres et si peu de blessures...

Reliures de cuir et simples brochures étalées au sol en paquets anonymes, ficelées, étiquetées, soigneusement emballées, qu'un rayon de soleil timide et respectueux aurait tenté d'en effeuiller quelques heures en l'absence des hommes...

Un livre, du moins ce qu'il inspire vit aussi par lui même...

Même délaissé, ses mots sont des ondes mouvantes dans les esprits, dans les âmes vivantes et jusques aux tréfonds des corps abandonnés.

Chaque pile devenait un îlot avec tant de barques accostées. Ici la mer est belle et ailleurs déchaînée. Là, il fait soleil et juste à coté la nuit épaisse étend sa couverture trouée.

Non pas qu'il ait vécu ce qu'il avait lu, mais il n'aurait pu écrire toute l'essence de ce qu'il avait traversé parce que là bas, dans la réalité, les mots sont vite dépassés. Ils prennent d'autres sens, même lorsqu'ils ne sont pas encore nés, ni même prononcés. Parce que là bas il n'y a pas toujours la conscience pour accompagner les actes. Les intentions ne sont pas des idées, seulement parfois des réflexes aussitôt oubliés. Pour d'autres, avec un peu de malchance, il y avait une caisse ou un trou vite rebouché. Ceux qui s'en étaient sortis erraient parfois encore au bord de la fosse qu'ils n'avaient pas pu quitter.

Que de caisses de bois blanc en fragiles radeaux faudrait il pour sauver du naufrage ce que tant de regards avaient voyagé, demeurant enlacés à une histoire morte ou seulement au parfum de pages jaunies à force d'êtres lues. Que de doigts avides avaient laissé le suint au rebord d'un rêve qui n'était pas le sien ?

Que de portes franchies par les fantômes d’antan, que d'îles retrouvées et de héros déchus au pied d'une quelconque muraille. Fusillés inutiles pour un futur amer réfutant toute haine et cultivant en secret les miasmes d'une mort érigée, en une tout aussi inutile revanche.

Plus que des mots alignés, ces vies qui s'étalent au delà des sens sur les bords de chemins creux, autant de cadavres que d'espoirs martyrisés. Encres passées bues autant par des yeux assoiffés que d'âmes affamées trouvant le papier défraîchi. Lectures dévorées par d'innocentes bouches aux dents acérées...

Tant et tant d'aventures qui se noyaient dans la mer immense d'une conscience secrète dont les rêves ramènent quelques bribes lues ou seulement vécues par d'autres dont nous sommes parfois quelques secondes en conscience, partie, partisan, frère ou ennemi intime...

Réalité fugace qui nous renvoie l'évidence que nous refusons par avance de n'être qu'une infime particule d'énergie noyée dans un ciel immense. Une particule qui n'est plus elle même, mais seulement ce rien d'un tout.

Cette sensation d'extrême renoncement, de l'inutile qui donne le véritable sens à la vie et qui la change à jamais, Jean l'avait trop de fois vécue et tous ces bouquins, n'avaient été qu'un début, une incitation à un voyage amer d'où l'on revient de tout. Un de ces fracas qui perturbe même le passé au point que plus rien n'a jamais été comme avant.

Des souvenirs que l'on raconterait comme une histoire étrangère, une vision effacée par un brouillard douteux qui lasse d'amertume et cette peur si intense qu'elle gomme le silence.

Une peur annihilante de tout et surtout d'elle même au point de n'être plus ni soi, ni un autre. Ce monstre qui avale la vie en faisant des héros et des lâches sans que l'un ou l'autre ait la prétention, ni la conscience de se qualifier d'une quelconque manière.

A quoi bon ces bouquins, les laisser ? Quelque chose d'absent le lui interdisait.

Profitant d'un rayon qui s'attardait en travers du salon, Jean tenta une pause dans ce fauteuil ancien recouvert d'un drap de coton grossier. En même temps qu'il s'abandonnait lui revint un doute, quelque chose ou quelqu'un qui devrait être à sa place...

Les yeux dans le vague, suivant une volute de poussière s'étirant en méandres de diamant, il lui sembla ce rien, cette ombre demeurée accrochée trop longtemps au recoin de la pièce. Trop longtemps pour en avoir imprégné les murs et le parquet !

Une ombre dont il ne resterait que ce regard perçant et cette sensation de froid lorsqu'elle vous traverse.

Surgie du néant des vies brisées, elle se matérialisait autour de ces yeux décidément trop bleus pour se fondre dans un ciel d'automne.

Du fond de son être, quelque chose montait comme un cri étouffé depuis trop longtemps.

Sourd, aveugle, sans voix, la douleur est sa mère, la violence son principe !

Sans mémoire vécue, que reste t'il aux hommes sinon cette salutaire vertu, faculté suprême de sans cesse oublier ?

Peut être seulement, ce fantôme, cette chose enfouie et qui donne à tout un sens, cet amour que rien ne peut engloutir sinon la violence des hommes et qui remonte à la surface comme une bulle d'air vicié, juste après le naufrage.

Saurait on aimer dieu et la vie sous quelconque menace ?

Comment accepter la sentence de pitié qui vous tranche la gorge ou vous laisse sur un talus, une balle dans la tête ?

Fous d'une haine dont ils ont fait leur idole, ces soldats imbéciles crachent leur mépris à la face d'un dieu qui n'a jamais été de leur coté. D'autre part, ceux également fous qui utilisent son nom et font de même à la pitié, bafouant le sacrifié qui leur tend l'autre joue.

Partout, seule, cette fragile liberté, terreau de la vie qui élève le sentiment véritable, le cultive en l'éclairant sans cesse de rayons bienveillants.

Partout, les fous ligaturent la liberté, l'étouffent et par là même tentent de détruire le propre de la vie, cet amour enseveli au fond d'une fosse sous des tonnes d'imbéciles paroles, de préjugés gratuits, de sornettes à la gomme, d'obus toujours menaçant d'une explosion retardée...

Les charniers du monde appellent sans cesse à d'autres charniers sinon à cet homme "médiocre" illusoire réalité d'une volonté cynique élaborée par de "paisibles bourgeois".

Fourvoyés à l'extrême sont tous ceux de l'intention qui va plonger ses mains dans le bourbier des figures sans visage et des amours sans nom, cloués ensemble à cette page comme le furent jadis certains sur le portail de la honte. Fous de cette légitimité par laquelle ils se croient investis au point de condamner par avance ceux dont le seul tort n'est que de respirer le même air et par là même de le polluer !

Il est peu de distance et sinon le même signal qui d'un seul coup, d'un seul, dit qu'il faut en finir, ici, une "bonne" fois pour toutes !

A tous ces fous d'un "dieu artificiel", du quel peu savent seulement quelques mots, Jean aurait pu écrire ce message inutile, qu'ils ne liront jamais :

Vous, enfants stériles d'un amour avorté, orphelins de nature étrangers de la paternité qui vous a engendré.

Vous dont chaque femme est une veuve permanente en puissance, une esclave soumise à la violence et dont nombres d'entre elles, complices d'aberration, ne sauront jamais rien de la féminité, ni moins encore de ce que représente aux vivants le mot humanité.

Vous qui prônez la luxure obéissante à une quelconque idée, mais dont le sang bout d'autant que la peur vous tenaille.

Vous dont la chasteté ne doit le seul mérite qu'à une originelle castration de toute liberté, sinon qu'à votre état sénile de vieux trop avancés.

Vous êtes les meurtriers à coup sur, prétextant le bon droit contre toute innocence.

Lâches, vous êtes les salops au cœur dur, car de cet organe vous ignorez l'existence !

Molle est votre tripe et bien fla ce qui vous sert d’appât.

Inconséquents guerriers de l'inutile, vous sacrifiez la jeunesse et l'espoir à de mornes illusions que vous inspirent vos fallacieux frissons.

Séniles vieillards, impuissants asexués qui prêchez l'inutile remord de ce que vous ne pouvez.

Votre patrie est ce mille feuilles argenté qui vous sert de gosier.

Vos esprits malsains s'habillent d’oripeaux et votre original n'a vraiment rien de nouveau !

Vieilles chiennes en chaleurs, vous tortillez vos fesses en indélicates rondeurs masquant sous un sourire moqueur le fusil mitrailleur.

Pourceaux vautrés dans la légalité dont chaque meurtre est ainsi justifié, vous voudriez que la fange soit le lot de chacun et que sublimés au dessus d'eux vous soyez adulés pour ce monde "meilleur" !

Vous qui criez à l'outrage si quelconque employé venait à se gausser d'un salaire meilleur.

Vous qui refusez à la moitié du monde seulement d'être aussi égale en droit que vous mêmes !

Si vous n'existiez pas, nul effort ne vaudrait pour qu'en un soir d'ivresse l'idée de vous créer ne puisse jamais germer d'entre aucune fesse !

Vous, les épiciers de l'acier qui scandez vos versets comme crachent les canons, les missiles et l'attirail qui fait de chaque morsure la richesse des uns et les souffrances des autres...

Si le ridicule tuait aussi surement que votre bêtise, le monde sourirait à nouveau d'un air enfin renouvelé !

Mais hélas, même la fange ne voudrait pas de vous et chaque fois que l'un s'effondre aussitôt un autre débile est là pour perpétuer le carnage d'un dieu qui ignore l'amour.

Des décombres fumantes, c'est encore l'un d'entre vous qui émergera demain pour nous mettre à genoux !

Borgnes qui ne voyez que d'un œil la saleté dont vous souffrez et qui n'est avant tout que la votre que vous avez si savamment déversé.

Autant épiciers que voyous vous êtes l'absurde et les fous d'une logique de mort qui ne dit pas son nom, préférant la tracer lâchement en lettres de sagesse sur le mur des cités !

Vous êtes la honte de l'humanité.

Hélas, lettres mortes, gratuites, sans espoir de retour de ces portes closes, de maisons vides de bon sens... Pour JBS, même l'inutilité de cette intention dérangeante était un voyage qu'il avait déjà vécu cent fois.

Il est bien vain que de s'adresser à ces sourds persuadés d'avoir raison et qui ne sont que des morts, fous en devenir. Partir, une fois encore, peut être le dernier départ sans possible retour.

Là, s'il laissait quelque livre, à quoi servirait il sinon par un autodafé à incendier le plancher !

A force de désespoir, le monde allait une fois encore s'embraser.

A force d'être déçus des uns comme des autres, les pauvres fous étaient murs pour accepter n'importe quoi, n'importe qui, pourvu que l'on s'en sorte !

Mais, ce qui les attendait leur aurait glacé l'échine s'ils avaient encore en mémoire les fossés jonchés de charognes, les ruines encore fumantes et cette expression de vieillesse prématurée sur des visages creux d'enfants abandonnés.

L'ombre aux yeux si bleus le suivait à présent d'une pièce à l'autre. Il mémorisait chaque meuble dans le volume qu'il pouvait occuper. Pourtant à chaque évaluation s'imposait aussi une histoire. Ici était une lampe abat jour à trois pieds d’albâtre. Là encore l'ombre s'attardait, un livre ouvert sur les genoux, absorbée dans la stabilité d'un monde confortable, bien à l'abri des réalités blessantes, des fous qui n'attendaient qu'un signe pour sauter à la gorge du premier venu, du dernier désigné...

Le regard bleu s'éternisait sur quelque phrase relue maintes fois comme pour trouver un écho bien vivant au fond d'une cathédrale déserte.

Les "vieux" aller entraîner de nouvelles cohortes juvéniles vers l'enfer de leurs imbécile lâcheté.

Ils sont les ennemis de ce qu'ils ont oublié d'être. Tout ce qui abrutit les jeunes est bon à creuser d'avance. Après, il n'y aura ni assez de temps, ni assez de place et il faudra empiler et y mettre le feu.

Pelle mêle, ils se retrouveront tous dans la noirceur puante, dans ces tas aux formes torturées par les flammes d'une prudence qui fit du verbe avoir la fin du verbe être !

Un gros camion était accosté au perron et déjà, l'on commençait à charger les caisses numérotées selon l'ordre établi et le volume restant.

Un va et vient avec ces mots d'efforts et ses gouttes de sueur allant se planter dans les lames grinçantes du parquet. Les meubles à sauver, des livres, des histoires à emporter vers un autre pays dont là bas bien peu de gens sauraient en profiter.

Des hommes d'ici ?

Nulle déception, seulement l'habitude...

Laisser un peu de poussière et rien d'autre que des murs solides au milieu d'un bois qui finirait en fumée ou peut être reprendrait tout, jusqu'à la moindre pierre...

La seule chose qui s'attardait encore c'était cette ombre au regard si bleu qu'un ciel d'automne n'aurait su l'engloutir.

JBS se retourna vers elle et avec ce soupir las de toutes les renonciations, il fit un dernier geste saluant la fin d'une histoire et cette peau ancienne laissée comme une mue.

Derrière les Pyrénées, tout recommencerait ?

Il ne le souhaitait pas, c'est là bas que tout se finirait...

G.

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