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Dissidences Pyrénéennes.

Dissidences Pyrénéennes.

Infos,patrimoine, politique locale, environnement,

Publié le par G.
Publié dans : #nature

Au delà des apparences...

Il y a quelques années dans les "Alts Pallars", avec mon ami Jean Nouvel  , au cours d'une randonnée laborieuse, notre tente fut déchiquetée par la grêle. 20 cm d'épaisseur sur un sol détrempé, au retour voiture cabossée, mais objectif atteint ! 

Nous avions réussi notre ascension du plus haut sommet de Catalogne, "La Piqua d'Estats" !

Si pour certains l'aventure se résumerait au chiffre de 3143 mètres d'altitude, La Pica, c'est toujours plus ! 

Au delà de l'apparence normalisée, chiffrée, c'est le monde infini de la réalité qui se mérite et vous récompense à la hauteur de votre investissement réel. 

C'est un pèlerinage pratiqué chaque année par un nombre important de Catalans férus de Montagne et qui découvrent au delà du sommet une autre vision sur le monde et sur eux mêmes...

Le site est aussi magnifique que difficile en raison de variations météorologiques surprenantes. 

Si la progression est plus intéressante coté Catalan, il faut tout de même franchir la frontière au col de Sotllo, gravir le Montcalm, pour arriver enfin au sommet. Déjà l'itinéraire est empli de symboles dynamisés par l'universalité du rituel qu'il constitue naturellement.

Si ce qui se fait dans un sens se défait dans l'autre, le retour vers le campement ne laisse pas de marbre, surtout si l'orage menace !

Une année, avec Martine Vilana,  nous avions du renoncer à la conquête à cause d'une tempête de grêle, de pluie et de neige, en plein été ! 

Gravir ces sommets à plus de 3.000 mètres d'altitude passe par la vallée mais aussi par des valeurs humaines à découvrir et à vivre sincèrement.

Si le paysage varie tout au long du voyage, intérieurement l'évolution se révèle autant par l'émerveillement que par l'effort. La patience, l'ouverture sur ce qui nous entoure et l'attention portée aux compagnons vont de pair avec un certain renoncement à l'égoïsme. Il faut savoir mourir à soi même pour naître à la réalité. Le danger est bien réel tout autant que cette nature sauvage est préservée, contrairement à la nôtre !

Une rencontre multiple avec l'univers, autant extérieur qu'intérieur !  

Au pied du versant Sud de la "Pica", la cuvette de l'étang du "Sotllo" avec son verrou glaciaire et ses hardes d'isards, lieu classique d'un camp de base pour gravir les sommets de bonne heure. Mais, cirque infernal aussi, où tournent pendant des heures les orages et les tempêtes comme dans le tambour d'une machine à laver...

La haute barrière Pyrénéenne retient les nuées féroces et le tonnerre se répercute d'échos en échos dans la féerie monstrueuse d'éclairs impressionnants. L'on en arriverait à prendre la nuit pour le jour !

L'humilité n'est pas un vain mot sous le feu tournant et roulant d'un ciel retenu en otage et qui se défoule en orages interminables !

Pendant ces longues heures aux secondes qui s'éternisent, soit la pensée vous paralyse d'une peur maladive, soit advienne que pourra et l'instinct vous sauvera !

Il faut savoir se taire pour mieux s'écouter.

Tout est là, autant dans la furie naturelle, qu'au plus profond de chacun. La randonnée intérieure ne se matérialise qu'à chaque pas que nous faisons. Point de guide sinon celui qui avance en vous !

Vous dire que le sommet n'est qu'une étape par la quelle l'on s'élève et l'on vit la réalité dans tous ses états, c'est aussi vous inviter au voyage vers un point de vue qui embrasse une bonne partie de la chaîne des Pyrénées puisque l'on aperçoit du massif de Madres jusqu'à Pique Longue dans toute sa majesté naturelle !

Pour autant, ce sommet est aussi la croisée des chemins entre La Catalogne, l'Andorre, le Béarn, l'Ariège. Tout autour de vous le théâtre vivant qui vit Gaston Phoebus, Pierre II d'Aragon, les bons hommes, et tous ces peuples unis dans ce qui sépare le monde politique ou religieux.

L'esprit de Pyrene chante dans la montagne et le cœur y répond d'un écho émerveillé et enthousiaste.

Si ce périple initiatique appartient à ceux qui se lèvent tôt, le retour est souvent humble vers le monde d'en bas. Nous avions du nous replier après six heures de tourmente abrités sous nos matelas, boucliers éphémères contre de gros glaçons !

Arrivés de nuit au premier village, l’accueil traditionnel de l'auberge faisait merveille !

Le lendemain il nous contait ses aventures dans une Europe en guerre et ce qu'il déplorait d'un monde gaspillant là où les anciens savaient retenir les vraies valeurs.

"Le Catalan retient l'argent", mais aussi sa parole car sa richesse se forge dans un silence rythmé par son travail.

Le réalisme Catalan ne se perd pas dans l'illusion des apparences. C'est sans doute pour cela que nul esprit jacobin centralisateur ne peut comprendre sa démarche. Là où le Parisien ou le Madrilène raisonne en verticalité égoïste, le Pyrénéen cultive sa vie par la transversalité !

Au bout de la randonnée, rien ne se termine car chaque nouveau pas continue d'inventer l'avenir. Juste, peut être, ce qui le limite est déjà présent, autant que ce qui le motive...

Mais, ceci n'appartient en propre qu'à chacun et la chose ne peut se transmettre...

La "Pica d'Estats" est cette auberge où l'on ne trouve que ce que l'on emmène !

Ceux qui seront déçus sont souvent décevants...

Alors, si la peur ne vous étreint, découvrez votre instinct et comme disait Jean Loup, réveillez le Sauvage !

Je ne vous dit pas tout, il y a tant d'autres choses encore...

Pour ma part, seul le sentiment d'avoir existé au sommet et toute l'humilité dans la descente, autant vers la vallée qu'au fond de moi, me permettent encore de courir les crêtes des Pyrénées. Le voyage est éternel et encore il m'apprend et me fait vivre tant qu'il me suspend au dessus des apparences !  

G. 

 

 

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