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Dissidences Pyrénéennes.

Dissidences Pyrénéennes.

Infos,patrimoine, politique locale, environnement,

Publié le par puyvalador-rieutort
Publié dans : #Fables

Cherche Midi.

 

 

Cherches, cherches midi à ta porte et tu entendras le soleil te parler d'autres temps qui n'en finissent jamais. Fermes les yeux et laisses la lumière t'éclairer. Puis fais un pas à l'ombre et ensuite reviens. Entre la fraîcheur et la fournaise, n'y a t' il pas un peu de place sur le pas de ta porte, pour que la raison de vivre l'emporte sur l'absurdité du néant ?

Là, sur le rebord du monde, deux créatures se tenaient en grande conversation. L'un, aigri par les âges et les hommes, versait ses paroles amères sur une mer tarie, asséchée. L'autre patiemment l'écoutait en portant tout son esprit sur la ligne des collines absorbées par le mirage du désert.

-" Sonnent, sonnent les heures. Passe, passent inexorablement, ce que je ne retiens pas. La vie glisse ses pas vers une issue dont la porte est un traquenard.

Entre illusion et réalité, ce que tu sens comme une vérité, n'est qu'une supercherie !

Car, personne ne sait et tous supputent les bribes répétées dans toutes les bouches édentées de tous les peuples du Monde.

Sourires ou grimaces, cris et pleurs, fausses joies et délires morbides se mêlent en une sarabande interminable de pourquoi ? Sans véritables réponses que ce que l'on imagine comme nous tenant lieu d'espoir. Nous avançons en somnambules sur le fil de nos illusoires certitudes.

Accrochés au moindre signe, à l'infime symbole qui nous révélera exclusivement, égoïstement à nous seuls, ce que les autres depuis toujours n'ont pu dévoiler.

Complexés d'une suprématie de vieux singes tordus, nous répétons les gestes fous de ces primates insignifiants. Plus bêtes que les bêtes, plus perfides que la perfidie, nous, ceux qui se croient humains...

Dressés sur nos ergots, se déchirant les flancs de cette imbécile fierté qui fait nôtre apanage, comme le coq, nous ne chantons que sur un tas de fumier qui est nôtre terreau. Vains, vils, peureux, tremblants et cependant résolus à ne rien laisser échapper de la moindre miette qui doit nous revenir. Nous les égoïstes, les nombrilistes parasites d'un monde qui n'a aucunement besoin de nous. Nous transformons à ce qui serait nôtre image ce qui est l'essence invisible et créatrice.

Force de recentrer sur nos nombrils putrides la volonté de maîtriser tout ce qui ne nous appartient pas et que nous volons sans la moindre gène.

Comprendre pour mieux dominer, nous les insignifiantes créatures parasites d'un univers infini et inaccessible à la dimension dans laquelle nous voulons tout réduire, tout détruire...

Évolution n'est pas ce qu'elle est, c'est encore un blasphème créé de toutes pièces sur des accumulations excentriques de nos esprits malades. Quant à l'illusoire immortalité qui nous toise de son inaccessibilité, elle n'est pas dans nôtre nature, heureusement !

Ce qui commence finit et ce qui finit se transforme autrement que dans le sens imbécile et stupide que ce que nous voudrions en faire de continuité à nos états artificiels.

Écorcheurs de planètes, briseurs de galaxies, trous noirs avides, nous ne sommes que ces déchets d'un tas de fumier qui se croient indispensables et dont la venue irréversible est forcément définitive. Illusoires, illusionnés, absurdes jusques dans la logique simple, où il faut encore que nous compliquions vicieusement les moindres maillons de l'existence. Manipulateurs de mémoires et de gènes, triturateurs de la nature essentielle des choses, nous ne sommes que des miasmes mal venus sur un jardin naturel qui serait plus sain sans nôtre indispensable présence.

Alors, quand prendrons nous enfin conscience de cet état de fait et que nôtre discrétion puisse ramener une douceur naturelle aux couleurs que nous avons salies.

Quand ?

Si nôtre nature n'est en rien modifiable, alors, le gouffre que nous creusons n'aura pas de fond que celui de nôtre tombeau.

Sur le tas de fumier, s'il en reste un, peut être un jour surgira t' il un autre oiseau que ce phénix malade qui fit perdre le monde.

Déshumaniser l'inhumain de ses oripeaux de velours, de tous les miasmes infamants qui ravagent inexorablement la seule beauté par son unique présence. Changer, oui, mais changer vite. Il est déjà, peut être, trop tard !"

Bizarrement, le soleil semblait figé au zénith. Alors, l'autre créature, avec une infinie douceur se leva et plongea son regard au fond de l'océan d'amertume de son compagnon. Une étincelle de diamant perlait sur sa joue.

Il se leva et se mit à parler :

-"La mer s'en va et sans cesse revient. Les hommes ne sont que peu de choses, si certains le savent, beaucoup feignent l'ignorer. Cependant, peu importe celui qui passe et l'ombre qui s'efface sous ses pieds. Seul compte le chemin insignifiant dans le sable qui s'envole. Imperceptible au commun, il demeure comme un rayon éternel dans le coeur de l'espace infini.

Dans le chaos perpétuel du souffle qui donne et qui reprend, il est aussi ce temps de répit, celui de l'innocence du monde dans le quel chacun peut se retrouver.

Que sont les éternuements sanglants des hommes dans la matrice infusante de la vie ?

Leurs soubresauts ne peuvent rivaliser en rien d'importance face aux jeux des enfants sautant à pieds joints dans les flaques de la cour de récréation.

Ce qui se fait, se défait inlassablement, éternellement, mais l'espace d'un soupir, l'indicible présence saisit le sourire aux lèvres d'une mère. Loin du rictus de la hyène le hoquet du nourrisson fait sursauter la taupe au fond de sa galerie.

Car tout est tendu de fils si fins mais si solides qu'ils nous relient du plus petit élément à l'ensemble des galaxies de tous les univers.

Partout est ici et nulle part, ailleurs et si près à la fois qu'il n'est pas désuet de penser que ni le temps, ni l'espace puissent être la seule dimension de ce qui nous échappe.

Quand à ce que nous sommes, étions ou serons, ça n'a pas d'importance. Ni demain ni jamais, rien ne peut être aussi essentiel que ces petits bonheurs fugaces comme des étoiles filantes dans un ciel d'été.

Là, même si tout s'interrompait soudainement, ils demeureraient au delà de la glace figeant du grand froid sidéral.

Il ne sera jamais tard ou tôt, mais seulement décalé dans la perception que chacun cultive en ignorant le jardin de son voisin.

L'homme finira par respecter la taupe et celle ci pourra voir la lumière de façon différente".

Pensant tant l'un à ce qu'avait dit l'autre, les deux êtres étaient en suspend sur le rebord du monde. Alors vint une silhouette discrète mais dont la présence les saisit tous deux jusqu'au fond de leurs pensées.

Elle ne disait rien, seulement, elle respirait d'un souffle léger dont la musique discrète emplit tout l'espace. Tout sembla se figer en dehors d'elle, au point que sans elle tout ne fut que superflu. Sans elle plus rien n'avait de sens, ni la raison, ni même l'absurdité de la plus sourde des créatures. Dans le silence, elle est la parole. Dans le désert, elle est l'éternelle plénitude.

Pourtant au milieu de la foule la plus dense, il faut toute l'assiduité et la vigilance pour qu'elle se révèle dans le regard de chacun.

Soudain le soleil reprit sa course sur les têtes des cherches Midi. Alors, une volée de moineaux l'imita en allant se déverser dans les rues et les allées des jardins du Monde.

 

Gilles.

 

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