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Dissidences Pyrénéennes.

Dissidences Pyrénéennes.

Infos,patrimoine, politique locale, environnement,

Publié le par puyvalador-rieutort
Publié dans : #Fables

Granges brulées

 

 

 

Où est donc le ciment ?

Il manque une truelle !

Comment faire sans liant ?

S'écriait vainement le maître du chantier.

Et le charpentier de surenchérir :

Les poutres sont pas droites, la volige est vrillée !

L'architecte exultait :

Elle sera biscornue, rien n'est respecté.

 

Quel est donc ce vacarne, qui brouille mes pensées ?

J'étais assis dans l'herbe et me voilà réveillé.

Un drôle de lutin se voyait énervé.

Que font donc tous ces gens sur cet espace fermé ?

 

Ils crient à tue tête et rien ne peut avancer.

Espiègle, le rouquin s'en va se déguiser.

Sur son dos, il se pare d'une bure usagée.

A ses pieds des sabots, sur sa tête un béret.

 

Holà, braves gens, que nous vaut ce chantier ?

Cherches tu de l'ouvrage, drôle d'ouvrier ?

Sous sa barbe rougeâtre le lutin ulcéré.

Je voudrais, bien savoir, ce qu'il y a à gagner.

 

Pour sur, de la sueur et quelques repas pour la journée.

Ce que nous faisons est tout de gratuité.

Le travail ne me fait pas peur, mais que nous doit cet honneur ?

Je vois bien des tranchées et des restes de bois brûlé.

 

Nous tentons de rebâtir ce que le feu a emporté.

Pour qui donc en cela vous dépensez ?

C'est une longue histoire.

Il te faut nous aider si tu veux l'entendre au lieu de déranger.

 

Le lutin est curieux bien plus que laborieux.

Tiré par son défaut, il ne peut résister.

Si vous me racontez, en une heure de temps j'en aurais terminé.

Serais tu prétentieux que d'un temps aussi court tu puisse l'achever ?

Non, non dites moi et vous verrez. Car j'ai bien ce talent que d'autres ont oublié.

 

Lascif devant tant de peine et de contrariétés, un vieux paysan se propose d'exposer.

Il y avait dans le temps, ici même, un grenier.

Une maison de bois et un chaume bien fait.

Les gens qui tenaient là étaient bien décidés.

Leur labeur était franc et leurs faces hâlées.

 

Ils tenaient une ferme et aussi un moulin.

Quiconque venait là y trouvait bons voisins.

Les années passent hélas et le temps est mal fait.

Alors qu'ils étaient vieux ils m'ont adopté.

 

Chaque jour en sa grâce ils devaient travailler.

Je me suis fait ma place et je les ai aidés.

Au fond du vallon un village est dressé.

En cette époque là une grande famine et des loups à rôder.

Chacun gardait ses pas et ses moindres effets.

 

Mais ceux qui vivaient là n'avaient pas de regrets.

Pour chaque mendiant une livre de pain et un lit toujours prêt.

Dieu vint à passer par là pour faire charité.

Hélas partout en bas elle fut refusée.

Vivant dans la misère ils auraient tout donné.

Mais leurs poches étaient pleines et leurs portes fermées.

 

Arrivant en ces lieux il pu se raviser.

Il restait quelques gens de bonne pensée.

Une soupe bien chaude, un abri si douillet.

Se faisant dans la nuit il se mit à penser.

Si je broie les marauds qui ne m'ont pas reçu, restera t' il leçon à ceux qui ont survécu ?

 

Au petit matin une étrange lueur, une grande clameur.

Les enfants partis aux champs et les vieux à l'église, les rues semblaient désertes, nulle âme ne trainait. C'est alors que d'un seul coup tout à basculé.

Débordant de toutes parts les eaux ont submergé.

Emportées les richesses et leurs tristes geôliers.

Seuls restés aux champs les enfants désolés.

Et c'est bien en pleurant qu'il montèrent chercher ce qui, ici bas était refusé.

 

Les anciens se trainant, par l'église sauvés, d'un coup se rappelèrent qu'ils étaient oubliés.

Devant tout ce ravage, ils se sont mis à prier.

Au bout de quelques jours la lumière revint sur les âmes ridées.

Un ange se tenait là, qui leur souriait.

Allez donc dans les bois, retournez au passé.

Ce qu'il reste de force, il vous faut l'employer.

 

 

Alors n'y tenant plus : qu'avons nous donc fait ?

Pour mériter cela, par le monde défait.

Que nous reste t' il pour demain espérer ?

L'ange qui se penche écrit sur une pierre.

La lueur du monde pour tous disparaît, lorsque l'un tombe et que personne ne nait pour le relever.

Sachez bien en cela que demain ne pourra oublier la seule charité que vous avez refusée.

Votre cœur si amer vous devez regarder.

Ceux qui ont survécu en pourront témoigner.

Si par quelque malheur le voisin doit tomber, sachez tendre la main sans jamais renoncer.

Peu importent les jours, les nuits et la suée. En ce lieu ici bas, il vous faut vous aider.

Bien du temps a passé. Les enfants ont grandi et les vieux trépassés.

Que ce soit ici ou là bas, on ne peut oublier.

La sentence de l'ange et ce que dieu a défait.

 

Depuis ce temps là, les hommes ont dans le cœur cette grande volonté. Sur la terre en ce monde, ils se sont associés.

Parfois la terre gronde pour le leur rappeler.

Voilà cher lutin, car nous t'avons deviné.

Si tu veux à présent bien venir nous aider.

Surpris et tout penaud, il se mit à œuvrer.

 

Lorsque tout fut fini et que la joie immense vint les récompenser, les ouvriers virent ce qu'il leur avait laissé.

Sur la pierre d'entrée, une équerre bien droite et d'un métal doré. Une truelle ouverte et un compas plié.

Il est bien en cela, lorsqu'il nous faut œuvrer que les outils soient francs et désintéressés.

Le lutin ici bas, ne peut l'oublier.

Si son esprit est espiègle, son geste demeure sur.

Parce qu'au fond de lui, son cœur reste pur.

 

Si cette histoire vous a plu, vous m'en voyez ravi.

Cependant en secret je ne vous l'ai pas dite.

Car c'est au fond de vous que je l'ai écrite.

Bien sur, rien n'est parfait.

Mais plus que vérité, vous saurez certainement, en tout bien, l'appliquer.

 

Cric crac, lou cónto es accabat !

 

Gilles.

 

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