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Dissidences Pyrénéennes.

Dissidences Pyrénéennes.

Infos,patrimoine, politique locale, environnement,

Publié le par puyvalador-rieutort
Publié dans : #Guilhem...

Les ombres noires.

 

 

Depuis quelques temps, Guilhem avait ce doute pernicieux de ce petit quelque chose qui ne se passait pas aussi normalement que d'habitude. Quelque chose d'indéfinissable un peu comme l'impression d'être épié, suivi...

Bien sur, les voyages des 77 se poursuivaient en toute discrétion et les réunions étaient bien tenues en toute sécurité. Mais, il y avait ce mais qui commençait à devenir de plus en plus flagrant.

Au détours d'un regard, il avait été surpris sans vraiment voir ce dont il s'agissait. Des formes noires, telles des ombres plus épaisses semblaient émaner d'une ancienne maison et se déplacer au sol de façon erratique. Vers où pouvaient elles aller et qu'étaient elles vraiment ?

Trop occupé par les affaires des hommes, Guilhem ne s'en inquiéta sans plus. Il ne continuait ses déplacements habituels qu'avec une vigilance à peine plus vive que de coutume.

Cependant, elles devenaient de plus en plus envahissantes et il s'était promis d'en savoir un peu plus sur ces ombres furtives.

Il questionna longuement l'ancien. Bien que versé dans les connaissances antiques il ne pouvait que supposer le pire.

Soit ces âmes égarées cherchaient une issue à leur condition, soit elles étaient mues par le recours de quelque mauvaise magie.

Ne sachant pas vraiment les risques encourus par les siens, Guilhem en avisa le conseil des 77. Joan évidemment était volontaire pour une enquête plus poussée, ce qui n'était pas pour enchanter son père qui recommandait la plus grande discrétion et la prudence extrême. Mais, la finesse de vue de Joan était sans doute un atout majeur dans la recherche de l'imperceptible.

Il lui fut associé dans cette démarche deux autres investigateurs. L'un était ni plus ni moins qu'un moine du monastère voisin qui avait prêté serment de fidélité à la cause commune. Le frère Eric était un costaud. Physiquement, sa robe de bure dissimulait mal une musculature développée par une vie de labeurs champêtres. Ce qui ne l'avait aucunement empêché d'être un érudit hors pair. Il maîtrisait 9 langues, leurs écrits et les formes de pensées s'y rattachant. L'autre, Paulus, était un charbonnier issu de cette ancienne confrérie sylvestre. Il semblait transparent tant il était empreint de tout ce qui l'entourait. Il savait se fondre tant au coeur de la forêt, qu'au milieu de la foule en passant totalement inaperçu.

Paulus était du genre léger, son pas marquait à peine le sol et cependant une vivacité hors du commun surprenait qui que ce fut d'importun. A plusieurs reprises ce fut lui qui, assigné à la sécurité des réunions, avait désobligé des curieux trop entreprenants.

La frousse qu'ils avaient eu par la surprise les tenaient encore en respect des lieux sacrés. Une dextérité exceptionnelle en avait fait un expert dans ce qui relevait de la précision. Avec Joan, ils avaient conçu des mécanismes si fins que seul son talent avait permis l'assemblage méticuleux.

Un plan de surveillance fut mis en place aux alentours de cette maison suspecte. De jour comme de nuit ils déployèrent des trésors d'ingéniosité pour voir, écouter, sans être surpris.

Un jeu de miroirs discrets permettait du même point d'observer le périmètre entier de la bâtisse. A partir d'une étable voisine, un réseau de galeries serpentait sous le village et par de petits orifices, l'écoute des lieux devenait un jeu d'enfants.

Pendant quelques semaines, rien !

Presque découragés ils étaient sur le point de renoncer quand le frère Éric surprit une conversation dans une langue peu commune.

Le dialogue se tenait entre une femme et certainement un homme plus agé. Les paroles semblaient tournoyer dans une petite salle de la cave. Le plus surprenant était que nul n'avait aperçu l'entrée de ce visiteur.

Cependant, le moine s'étonnait aussi des mots qui en empruntaient à au moins trois langues connues de lui et les intonations poussaient par moments jusqu'au délire pour ne pas dire à la possession.

Il écrivit ses notes sur un morceau de parchemin et se dit que quelques recherches dans la grande bibliothèque de l'évêché ne seraient pas inutiles.

Paulus qui venait pour prendre le relais parut presque réjoui de ces nouvelles surprenantes. L'ombre se nourrit de la lumière qui filtre du haut des arbres. Forcément, celles qui se déplaçaient de cette maison ne trouvaient plus leur pitance et se dirigeaient vers d'autres sources. A moins que...

A moins qu'elles ne soient utilisées par quelque supercherie pour nuire alentours.

En ce cas, la fraternité des 77 pouvait être mise en danger et il fallait trouver une parade rapide à ce péril.

Qui pouvait bien être ce personnage puissant qui se dissimulait derrière ces murs ?

Il fallait qu'il en ait le coeur net.

Guilhem rentrait juste d'un voyage par delà les mers et ramenait, chose curieuse, des lentilles de verre polies, qui assemblées, permettaient de voir de près ce qui semblait lointain. Le soir même, les quatre complices se réunirent dans la grande salle souterraine. Tous les évènements furent consciencieusement analysés. Grâce à un cylindre souple, muni de l'optique appropriée, ils pourraient observer ce qu'il se passait dans cette petite pièce. Il suffisait qu'il soit assez fin pour le faire glisser par un petit orifice qui communiquait entre la galerie et la cave. Paulus s'enquit de trouver les matériaux adéquats et d'étudier le procédé qui rendrait utilisable cette lunette improvisée. Le frère Éric devait descendre dés le lendemain pour escorter le commandeur du monastère auprès de l'évêque. Il en profiterait pour compulser quelques documents de la grande bibliothèque. Il ne devrait pas être de retour avant une bonne semaine.

Joan resterait aux aguets autant qu'il serait nécessaire et se relaierait avec son père pour assurer la continuité de la surveillance. Il aiderait aussi Paulus pour la conception de leur secrète invention.

Force d'essais furent indispensables pour la réalisation. Il fallut combiner les lentilles et un jeu de miroirs pour contourner les obstacles éventuels. Un ensemble de fils dont la tension était commandée, pourraient faire manoeuvrer le tube en de savantes contorsions. Par Contre il fallait que la galerie demeure dans l'obscurité la plus grande pour ne pas faire filtrer la moindre lumière révélatrice dans le dispositif.

La semaine entière se déroula en expériences diverses et fort instructives. Dans la cave, rien ne s'était produit depuis...

L'ancien qui revenait des champs fut frappé de quintes de toux de plus en plus fortes. La fièvre le faisait délirer. Malgré une petite accalmie pendant laquelle il semblait aller vers la guérison, subitement comme un chêne s'effondre il rendit l'âme.

Guilhem profondément attristé porta l'ancien vers sa dernière demeure. Il savait qu'il le retrouverait bien assez tôt. Puis ce fut le tour du maître de forge. Le colosse rouquin perdit l'appétit, ses dents se déchaussèrent, sa vue baissa d'un coup et rien n'y fit. Il s'allongea pour ne plus jamais se relever. L'étau semblait se resserrer autour de Guilhem.

Alors que tout allait au plus mal et que toute chose entreprise semblait vouée à l'échec, le frère Éric entra dans la pièce où Joan et Paulus venaient une fois de plus de démonter et de remonter le fameux dispositif.

Pas la peine, dit il en surprenant du coup le petit groupe à nouveau au complet.

Vous ne verrez rien.

Qu'entends tu par là Éric ?

Je vous fais le pari qu'il n'y a qu'une seule personne au lieu des deux que l'on pense.

N'importe quoi avait lancé Joan.

Ils ajustèrent cette sorte de lunette variable par l'orifice de la galerie qui communiquait avec cette petite pièce de la cave.

Après quelques réglages minutieux, Paulus annonça que la pièce était dans l'obscurité et qu'il était difficile pour l'heure de percevoir quoi que ce soit.

L'attente fut longue dans le silence opaque de cette galerie. Tout juste si une goutte d'eau venant éclater au sol de temps à autre venait distraire les veilleurs.

Soudain, l'oeilleton s'illumina, projetant un rayon de lumière verte dans l'épaisseur de la nuit. Joan colla toute son attention sur l'image nette qui se dessinait sur le mur.

Il distinguait nombre d'objets étranges dont il n'aurait jamais soupçonné la présence dans cette demeure.

Effectivement la femme était seule. Alors qu'elle semblait d'une douceur soignée, tout à coup son regard se fit plus lourd, ses traits se contractèrent et de sa bouche tordue, les paroles d'un homme vinrent se déverser en un torrent d'abominations.

Frère Éric se signa par trois fois tant le flot devenait nauséabond et presque palpable.

Une dizaine d'ombre noires s'échappèrent par la porte du réduit.

Puis, le dialogue commença entre la femme et cette chose qu'elle renfermait.

A chaque fois, un groupe d'ombres surgissaient du néant pour franchir le seuil de la cave. La femme citait les noms des gens du village et lorsque la voix rauque reprenait, les formes semblaient obéir et partaient vers l'extérieur.

Cela dura de longues heures. Lorsqu'elle revint à une forme d'innocence, son front ruisselait de sueurs. Elle se leva, éteint les flambeaux et sortit à son tour.

Frère Éric était livide. Il entraîna ses amis à l'autre bout de la galerie et ils retrouvèrent la pleine lumière de la grande salle souterraine. Il faut murer cet accès immédiatement. C'est pire que ce que j'ai pu découvrir à la grande bibliothèque de l'évêché !

Alors ? demanda Joan encore sous le coup de la stupeur.

Alors ! Répondit Éric. Cette femme souffre d'un mal qu'il faut fuir sans tarder. Érudite sans doute, experte en rhétorique, elle prend soin de ses apparences et se nourrit du malheur d'autrui. Plus elle fait souffrir les autres, plus elle resplendit de cette forme de bonheur proche du vampirisme.

Comment peut on se défendre, nous ne pouvons tout de même pas la tuer ?

Non, car son sang nous tacherait à jamais.

Nous devons en appeler à la sagesse des 77.

Dans le mois qui suivit, les personnes dont les noms avaient été évoqués tombèrent malades, dépérirent et rien n'y fit jusqu'à leur ultime souffle.

Elle semblait frapper selon une logique implacable tous ceux qui exhalaient un temps soit peu le sourire ou cet halos de bonheur propre aux satisfaits de leur oeuvre.

Par précaution, Guilhem et les siens n'affichaient plus qu'une mine sévère qui la réjouissait encore plus que la douceur du miel le plus frais.

La galerie était obstruée par un mur de pierres blanches et malgré cette précaution, la réunion se fit dans une grotte lointaine du village.

Comment lutter contre cette perverse imbue de sa personne ?

Aux dires des plus expérimentés, la chose s'avérait quasiment impossible. Seul un grand choc affectif aurait pu lui rendre une conduite plus humaine. Sans attache que les gens qu'elle brisait rien ne semblait pouvoir l'atteindre.

Frère Éric exposa longuement tout ce dont il avait pu recueillir comme enseignements transcrits dans les livres qu'il avait parcourus. Tous décidèrent de changer de nom et d'établir de nouveaux mots de passe. La clandestinité devenait encore plus nécessaire que jamais.

Quant aux ombres il fallait dépêcher un groupe vers le Nord. Une pierre tombée du ciel avait été découverte il y a fort longtemps et elle avait cette particularité d'émaner une lumière captivante qui attirait puis absorbait toutes les ombres.

Elle se nourrissait de ces formes épaisses qui se fondaient définitivement en elle.

Guilhem partit sur le champ secondé par ses trois autres compagnons.

Quelques jours plus tard, ils arrivaient devant une grotte immense aux murs décorés de signes anciens dont quelques figures géométriques pentagonales.

Guilhem s'approcha de la paroi et la frappa nettement avec un galet rond qui se trouvait là, certainement pas par hasard. La réponse ne tarda pas...

Un des 77 était là qui attendait leur venue. Ils se connaissaient et se reconnaissaient.

La prudence, renforcée par de nouvelles précautions, ils présentèrent leurs méreaux et les confièrent au gardien des lieux. Puis, ils furent conduits au plus profond de la grotte. Une salle brillait de tant d'éclats de couleurs bleutées qu'elle paraissait couverte de soyeuses tentures plissées et rayonnantes.

Malgré la luminosité des lieux, le guide alluma les torches. Aussitôt l'aspect des lieux changea du tout au tout. Les flammes imposaient à présent la danse de l'orangé sur les draperies diaphanes. L'ocre de la terre reprenait le dessus.

Ils se trouvaient à présent au coeur de la salle immense. Au centre, une roche étincelait par son énergie propre, dans un halo azuré. Alors, sortis de nulle part douze anciens vêtus de blanc formèrent un cercle autour de l'autel qui supportait la roche magique. Formant une chaîne, Guilhem et les siens furent intégrés entre chacun. La table sembla se renforcer d'éclats bleutés et toute la fatigue du voyage se dissipa d'un seul coup.

Le plus âgé de tous prit la parole.

Frères de lumière, à l'heure des ténèbres, une partie de nous doit aller éclairer le monde. Unissons nos pensées pour accompagner ceux qui en ont besoin. Après un silence éclairé, les mains se délièrent. L'ancien s'approcha du rocher et saisit une arrête qui se détacha sans efforts.

La pierre vous accompagnera sur le sentier de la vérité. Notre frère le plus vif se joindra à vous pour vous soutenir.

C'est donc à cinq qu'il feraient le retour vers les hautes terres.

Ce gardien quoique agé, paraissait afficher une éternelle félicité et son visage ouvert apparaissait sans ride et toujours souriant.

Ils cheminèrent ensemble et leur gaieté allégeait continuellement leurs efforts. Aucune côte se semblait assez raide pour leur couper le souffle. C'est le travail de la pierre riait l'ancien. Avec elle aucune ombre ne peut nous atteindre. Ils arrivèrent dans la soirée aux portes du village. Joan et Paulus entrèrent discrètement tandis que les autres poursuivaient le voyage vers la salle souterraine. Les rues étaient désertes et froides. Un silence de mort régnait sur le village. Une brume épaisse, différente de celle de la forêt, envahissait les moindres recoins de senteurs fétides. Nulle âme ne semblait survivre derrière les murs couverts d'humidité.

L'obscurité semblait avoir englouti toute forme de vie.

Seule la maison de la femme étrange était éclairée de lueurs vertes.

Joan et Paulus firent un grand détour pour arriver à l'ancienne chaumine de Guilhem.

La mère était là sur le perron et guettait leur venue. Aprés les retrouvailles chargées d'émotions, elle leur servit une soupe de choux au lard et leur expliqua la situation.

Une épidémie sans précédent avait décimé la population et les survivants avaient déserté les lieux pour aller chercher refuge à l'ancienne commanderie templière occupée par les moines.

Comment en si peu de temps ces malheurs avaient pu tout emporter aussi vite ?

La magie de cette diablesse avait du encore se renforcer de toutes ces souffrances au point qu'elle avait pratiquement détruit tous ceux qui la nourrissaient.

Si elle ne voulait pas faiblir, il lui faudrait chercher d'autres victimes.

Joan et Paulus, chargés de victuailles repartirent aussi discrètement que possible.

La salle des 77 rayonnait à présent d'une lumière bleutée. L'ancien avait aménagé un autel et le fragment illuminait tout l'espace.

Ils formèrent le cercle et joignirent leurs mains. L'ancien prit la parole et invoquant la lumière, les encouragea à résister au delà de la souffrance à ce qu'ils allaient endurer.

Les liens se renforcèrent. Tout à coup, les ombres noires, surgies d'on ne sait où commencèrent d'affluer dans la salle.

Elles traversaient le cercle, glaçant jusqu'aux os les maillons humains qui le composaient. Des heures durant, Guilhem et les siens furent stoïques dans cette épreuve difficile. Petit à petit les ombres noires furent toutes absorbées par la pierre dont l'éclat augmentait sans cesse. Alors que l'aube pointait son premier rayon, une lumière bleutée envahit le plateau. Lorsque que le jour se fit, les forces se combinèrent en un arc immense, inondant toute chose. Alors la brume immonde se dissipât et un nuage blanc vint purifier des miasmes morbides les rues, les puits et les maisons. Tout à coup un coq se mit à chanter comme pour annoncer le retour de la vie et des activités humaines.

Au jour resplendissant s'ajouta soudain le cri d'un enfant qui vient au monde. Le pont de lumière changea de teinte et prit toutes les couleurs de l'univers.

Au bout du village, une maison s'affaissa et l'étrange femme, sortit dans la rue éblouissante de soleil. D'un seul coup, devant la joie et les rires qui fusaient à nouveau, elle s'effondra. Toute la beauté innocente qui la tenait en vie sembla s'évaporer. C'est une vieille ridée, au regard livide et au dos courbé qui s'enfuit péniblement vers le Nord.

Alors les rues s'animèrent à nouveau comme au lendemain d'un hiver de glace.

Les habitants revenaient. Les moines les conduisaient en une procession joyeuse de retrouver un espace libéré de la tristesse.

Là bas, dans la salle des 77, les cinq venaient de sortir du cercle. Joan fut médusé en voyant ses amis dont la chevelure affichait les reflets argentés propres à la pierre magique. Le bleu et le blanc s'y mêlaient désormais en de subtiles déclinaisons.

Se découvrant à nouveau dans ce caractère familier et fraternel, leur rire emplit l'espace et résonna au dehors en une cascade joyeuse.

Depuis ce jour, une fête de joie fut donnée au village pour célébrer l'évènement.

Seule la comédie joyeuse y fut donnée pour éloigner la tristesse. L'humour s'y cultiva au quotidien en de plaisantes finesses.

Le langage en subit la marque docile et jusques dans l'accent la chaleur inonda les mots d'une musique riante.

Le Midi résonnait au plein soleil de la richesse d'esprit. Elle éloignait désormais les fâcheux contretemps et vampires de tout poils.

 

Je laisse là Guilhem et les siens profiter de la liesse !

Mais, qui sait si demain...

Un prochain épisode ?

 

Gilles.

 

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