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Dissidences Pyrénéennes.

Dissidences Pyrénéennes.

Infos,patrimoine, politique locale, environnement,

Publié le par puyvalador-rieutort
Publié dans : #Fables

Ker Ramat.

 

 

 

Il était une fois, il était un peuple, il était une lumière...

Le rocher sacré dessinait sa silhouette massive sous la lune nouvelle. Encore un petit effort et le petit groupe qui cheminait depuis le village de Cazalets arriverait sur l'aire aménagée.

Un grand cercle était déjà formé par les autres habitants des clans voisins. Au milieu, un bûcher se dressait, n'attendant plus que la flamme libératrice pour donner une nouvelle lumière au pays.

Toutes les familles étaient représentées depuis les contrées amies les plus éloignées jusqu'aux druides de la montagne sacrée. La puissance de toutes les tribus allait sans cesse en augmentant. Non seulement les solides guerriers étaient experts dans le maniement de la lance et de la hache, mais leur connaissance du terrain et celle de techniques de boiseries en faisaient une armée cohérente et efficace. Si la défense du terrain était leur stratégie principale, le mouvement tournant en attaques divergentes les caractérisait.

Pourtant, les intentions étaient pacifiques et leurs activités découlaient de la complémentarité visant à l'exploitation des richesses naturelles pour le plus grand bien de la communauté. Pas de propriété individuelle, sinon celle de sa liberté propre. Des règles pour tous reconnues et appliquées de concert pour la défense et la préservation de la chose commune. Des chefs, des druides, mais choisis par l'ensemble des tribus.

Cette nuit était celle du renouveau. Le froid mordait les visages impassibles de ces durs montagnards. La ténèbre la plus longue du cycle allait basculer vers le passé.

Un druide s'avança vers la pyramide de bois sec. Invoquant la puissance créatrice de l'univers, il invita l'ensemble des hommes à se donner la main.

Le cercle aussitôt se referma par une chaîne continue.

Une main levée vers le ciel et l'autre tournée vers la terre, le sage en tenue blanche, fit un mouvement de bascule. Tandis que ses bras s'inversaient et que ses mains se tournaient, une petite flamme fut servie au coeur de l'édifice par un archer. La flèche monta dans le ciel avant de s'abattre avec précision. Alors, le feu grandit et la lumière se répandit sur les visages peints de tous les hommes assemblés.

Le chef de clan le plus âgé entama le chant guerrier qui fut aussitôt repris par toutes les gorges viriles. Plus les flammes montaient, plus le rythme devenait trépident.

Arrivées au sommet, un grand silence se fit sur les prairies alentours. Les femmes prirent leur place autour des hommes. Voulant profiter de la chaleur dégagée, les jeunes s'approchèrent à leur tour du cercle sacré. Ils ne pouvaient encore y prendre place, mais leurs yeux brillaient de cette envie d'être reconnus au rang des adultes. Le druide se tourna vers eux. Il les invita à s'avancer un peu plus. Puis, il prit un brandon incandescent. Alors que le tison perdait son éclat et que la rougeur semblait se dissoudre dans la nuit, il s'approcha du plus âgé des enfants.

Frottant ses mains sur le charbon, il enduit le visage de l'adolescent. Les autres druides en firent de même. -"Aujourd'hui dans l'obscurité, demain dans la lumière. Que le feu qui brûle en vous génère la force de vos mains."

Une fois les faces blanches disparues sous la suie, le cercle fut rompu et les festivités commencèrent.

Des feux jaillirent tout autour du brasier central. Les femmes entamèrent alors le travail du service. La viande et les denrées furent servies tour à tour aux convives.

Du plus âgé au plus jeune, tous reçurent leur part de nourriture.

Ensuite vint la boisson. Les cruches de cuivre circulèrent toute la nuit.

Au petit jour, le brasier s'apaisa et chacun put ramasser quelques morceaux de charbon. C'était la coutume pour garder dans les clans un témoignage de cette nuit sacrée. Avant la séparation et le retour vers les villages, les chefs se réunirent dans la hutte la plus grande. Là devant les druides, ils renouvelèrent leur serment d'assistance. Lorsque le soleil encore faible jaillit par dessus la montagne sacrée, ils sortirent pour bénéficier de l'éclairage nouveau.

Alors, tous ensemble se dirigèrent vers la statue de pierre couverte des couleurs les plus vives. La saluant, ils entamèrent le rite de la séparation. Vinrent de longues accolades et la promesse de se retrouver dans la prochaine assemblée pour célébrer l'initiation des nouveaux guerriers sous la lumière baissante.

Les délégations s'éloignèrent chacune vers leurs villages.

L'hiver commençait vraiment.

Il fut rude et pétrifiant sur un monde primitif mais organisé. La terre était désormais gelée au plus profond de ses origines. Dans chaque hutte de pierre ou de peau, chacun s'occupait aux taches de patience et préparait déjà le retour du beau temps.

Le bois ne manquait pas malgré les besoins importants des fourneaux et si le gibier devenait plus rare, les réserves enterrées dans les silos et étalées sur les séchoirs promettait la survie de la communauté.

Ni racines, ni viandes, ni poisson ne manqueraient pour cette longue période sur laquelle le nouveau soleil éclairait un avenir prometteur.

Les armes nouvelles étaient améliorées et des joutes d'entraînement venaient briser la monotonie d'un quotidien répétitif.

Les femmes étaient à la confection des vêtements chauds et chaque évènement inattendu était prétexte à réjouissance. Ainsi passait l'hiver en véhiculant les récits des anciens et les corvées de déneigement autour du village et des réserves communes.

Parfois la nuit tourmentée emportait l'un ou l'autre. Alors, un bûcher était dressé et les cendres recueillies dans une urne scellée, allaient rejoindre les autres sous les cercles de pierre. Les journées suivaient les nuits et la lutte se poursuivait contre les éléments.

La faune était tenue à distance. Par contre nul n'était à l'abri d'une attaque de pillards. Ils convoitaient le profit du cuivre et autres métaux travaillés pendant la rude saison. Le guet était perpétuel. Chacun se devait d'y prendre tour et de veiller sur son village. Les animaux domestiqués tels que les chiens aidaient à la garde des troupeaux autant qu'à la surveillance des lieux.

Cependant, les jeunes menaient le plus gros du cheptel en aval pour y attendre le retour des beaux jours. Le souvenir des prairies verdissantes et fleuries des montagnes du Capcir entretenait l'espoir du retour vers les familles demeurées là haut. Bientôt l'hiver finirait et ils quitteraient le village de repli et reprendraient le chemin des estives.

Fondue, la neige grossirait les ruisseaux. Alors, l'extraction des minerais reprendrait dans les tranchées de Ker Ramat.

Les charbonniers grimperaient à nouveau vers leurs places. Le cycle de la vie active reprendrait son cours industrieux et agricole.

Les jeunes reviendraient à nouveau égayer les sentes du village. Lorsque le bois joly embaumerait à nouveau le sous bois, les serments tisseraient les liens entre les familles. Chaque bouquet offert aux demoiselles verrait après le saut de l'été la naissance d'une union consacrée. La vie, la vie qui coule inexorablement dans le lit des hommes. Une vie avec ses calmes et ses ressauts. Une vie alternant les saisons, les joies, les peines et les espoirs de tout un peuple uni dans le travail. Une vie marquée par les rites célébrant la lumière divine. Une vie de partage et dont chacun s'efforçait de contribuer au bien commun.

Tour à tour mineurs, laboureurs, soldats, un peuple fier et uni autour d'une roche aussi solide que leur volonté. Ker Ramat, le rocher sacré dresse dans les siècles des siècles, le témoignage d'une civilisation éternelle.

Ils sont encore là, en chacun de ceux qui portent leurs pas sur le sol de ce pays en y respectant les lieux et les coutumes. Leurs pierres se dresseront à nouveau vers d'éternels solstices. Leurs feux brûlent déjà en vous. Entendez le chant qui monte de la terre ?

Prendrez vous part au chantier qui révélera le témoignage du passé ?

Alors, vous saurez. Alors, vous serez !

 

Gilles.

 

 

 

 

 

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