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Dissidences Pyrénéennes.

Dissidences Pyrénéennes.

Infos,patrimoine, politique locale, environnement,

Publié le par puyvalador-rieutort
Publié dans : #Fables

Habit de cannibale.

 

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Loin, très loin, mais peut être pas si loin que ça...

Ni le temps, ni la distance n'y font, la nature répète les mêmes leçons que "l'homme- bête" redécouvre en essayant, s'il le veut bien, de devenir un autre, sinon lui même.

Un itinéraire, un champ, pour donner du volume à sa vie. Mais au delà des apparences construites de l'habit, que reste t' il sous la chemise ?

Voici donc l'histoire imaginaire d'une âme vêtue et consumée par l'habit qu'elle s'était tissée.

 

Un jour de printemps, sortant de sa grotte hivernale, une âme esseulée vint se poser sur un rocher informe. Force de porter son regard alentours et de s'émerveiller de toutes les formes de vie qui l'entouraient, l'envie vint grandissante d'être à l'image de ce qu'elle imaginait. Ramenant à soi une couverture faite de verdure, elle se vêtit d'un nouvel habit. Mais l'habit est souvent plus vivant par les habitudes que par la vie propre dont il est tissé.

Or, le monde est si vaste et les plantes si variées, que s'adaptant au milieu, la magie opère les transformations de chaque génération.

Non loin du rocher vivait un grand marais et parmi la mousse feuillue s'étoilait à merveille des pousses de rubis bien cruelles.

Les droséras, plantes carnivores, s'épanouissaient en un réseau clairsemé mais toutefois dominant par son emprise sur ce domaine humide.

Hélas, l'âme n'y prit garde et croyant se parer, elle se fit dévorer lentement par un habit devenu bien pesant.

Alors qu'elle découvrait d'un revers les étoiles vivantes, celles de son habit ne cessaient de recouvrir d'une épaisseur étouffante le trésor fraîchement épanoui.

Le jaune, le vert, le bleu et le rouge des pousses infinies replongeaient dans un gris décevant et la curieuse envie dévorante de dissimuler ce que le très haut étalait.

Par le gris qui aigrit, l'intime déraison se fondait à l'action de l'habit carnivore.

Si la douce torpeur de la chaleur humide confortait par son couvrant les épaules de l'âme, son coeur se desséchait d'heure en heure.

La raison pourtant lui revint que seul l'étouffement d'un été poussa l'âme à poser quelque temps ce qui la vêtait.

De nouveau au soleil, sa peau guérissait des morsures que la droséra imposait.

Si l'automne arriva et son cortège de pluies, l'eau tant espérée lui permit de se laver. Tout en se mêlant au flot bienfaisant, l'âme grandissait et son rocher se transforma en une maison bien érigée. Alors ouvrant les yeux toujours un peu plus grands, elle se mit à boire.

Chaque gorgée la faisait renaître sur un passé qu'elle croyait enseveli sous le manteau bien lourd qui la consumait.

L'hiver arriva avec son cortège de rigueurs. Le manteau délaissé reprit sa place sur la peau qui à nouveau devait en souffrir.

A la différence que, par l'expérience, l'âme sut se servir de toutes les particularités de sa vêture pour mieux se protéger tout en se préservant par les plis, des morsures d'ennuis que la droséra imposait.

L'habit n'est pas la peau qui le porte. La peau se doit de respirer autant que d'être protégée. Mais à quoi sert de se vêtir si l'on est bien seul. Aussitôt l'âme s'éleva vers ses soeurs dans un ciel rayonnant d'un nouveau soleil de printemps.

Tour à tour, dans le temps et l'espace, ne sommes nous pas étouffés par l'habit carnivore que nous avons tissé ?

S'il est bon de se préserver des agressions profanes, ne faut il pas se découvrir mieux pour profiter du bien être de cette plante intérieure que l'on dit Liberté ?

Encore mieux que tout cela, que serait ce trésor sans le partage de ce que l'on reçoit et que l'on transmet à la fois ?

Ni montagne, ni vallée en étant entre eux deux éveillés, sachons donc se servir de ce qui nous étouffe pour mieux nous supporter.

D'un habit carnivore, apprenons par la trame à révéler à nôtre âme celui de lumière pour le quel nous sommes faits.

Voilà, mon conte est achevé. N'en déplaise à celui qui nage dans un habit mal taillé, de somme toute, bien le réajuster.

Mes manches le sont aussi. Parfois trop longues et bien que inégales, je cherche dans le conseil et par le silence bien né, la réflexion d'un miroir qui me permet de les rectifier. Rien n'est jamais acquis. Les costumes se changent plus souvent que les habits. S'il fait beau de se vêtir, surtout par les temps qui sont durs, qu'au moins ce qui se dégage de l'allure transpire d'une attitude que nous souhaitons à l'image de la beauté de l'âme qui nous est confiée.

Passez un bon hiver et sachez espérer, car ce qui délivre reste encore à écrire sur la page blanche que vous allez tourner.

 

Gilles.

 

 

 

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