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Dissidences Pyrénéennes.

Dissidences Pyrénéennes.

Infos,patrimoine, politique locale, environnement,

Publié le par puyvalador-rieutort
Publié dans : #Fables

L'île aux Sirènes.

 

Ayant autrefois traversé les Pyrénées...dans la longueur...

Je me suis trouvé au milieu de magnifiques paysages avec l'étrange sensation du marin entouré de vagues immenses.

D'autres fois, en hiver, le vent arrachait aux crêtes, non pas de l'écume, mais des langues de cristaux de glace, cinglants le visage jusqu'au sang.

Ces hautes vagues figées, parfois, semblaient s'animer dans la tempête de neige, comme au coeur des violents orages de grêle.

Alors que la foudre zébrait l'espace en frappant ça et là brutalement, tant la terre que les esprits les plus solides, il fallait toute l'abnégation du navigateur solitaire pour ne pas se perdre dans les éléments déchaînés.

C'est face à l'hostilité naturelle de la terre et des cieux en colère que l'on se sent aussi insignifiant qu'un simple grain de sable emporté par la tourmente du temps.

Au delà de la reconnaissance divine qui habite et meut toute chose, c'est la farouche détermination en soi d'entretenir le feu de la volonté de réussir dans l'épreuve, qui constitue la bouée de sauvetage du montagnard résolu.

Si d'aventure le bateau prend l'eau, pendant que le marin confie son âme et sa vie, le terrien conserve la possibilité de pouvoir rentrer à pied. Différence fondamentale, qui forge dans les similitudes, les comportements propres aux réalités spécifiques de chacun.

Dans la paix qui grandit avec l'air qui s'assagit, le temps retrouve une distance plus relative. L'un comme l'autre se fondent dans le paysage apaisé. Le détachement de soi survient alors comme une marée insidieuse qui envahit tout, jusques dans les moindres criques de la conscience humaine.

Dans le calme et l'abri du refuge grandit une sensibilité à l'écoute du monde. Seul, face au miroir étale d'un lac de montagne, chacun peut retrouver le sentier de sa vie et le port de sa pensée.

Parfois, alors que tout vagabonde dans la nuit qui se fige, sous le ciel étoilé, montent les relents d'embruns, de secrets bien gardés. Le marin sur le pont, le montagnard allongé sur la pelouse des estives, tous deux attentifs et abandonnés écoutent les sirènes de l'onde magique.

Le chant mystérieux se distille, comme un voile léger, montant tel une brume de la surface des flots que l'un navigue et que l'autre renaît.

Fi des apparences, il faut se réveiller et reprendre la conscience de la réalité. L'air, qui sous la glace s'agite, démystifie le rite de la légende cultivée. Les sirènes se taisent, mais la mélodie persiste sous le soleil partagé.

Il est des lacs qui sont comme des terres ancrées au milieu d'un monde qui s'excite. Sur ces îles magiques, les sirènes divines tentent éternellement d'attirer vos pensées. Leurs filets sont si fins, elles en ont le secret, que seul, celui qui sait, peut les déjouer.

Mais parfois, comme Ulysse, le mortel se fait entraver sur le mat du navire, entre la profondeur et l'immensité. Retenu par le fil, il se laisse au plaisir de s'y abandonner.

Lorsque la vie reprend son sentier quotidien, restera l'amertume des voix ensorcelées. Le regret est si fort qu'il cultive la soif de l'aventure, sachant bien toutefois, quelle en est la mesure et sa fatalité.

Marins et Montagnards, au milieu de leurs tombes, sont frères d'une ronde qui partage leurs amours en une tresse invisible du commun de ce monde.

L'île aux sirènes se dresse comme un récif à celui qui persiste de vouloir maîtriser ce dont il désire et dont la vue est troublée de motifs personnels tissés de préjugés.

Savoir n'est pas connaître. Il faut s'aventurer, au risque du naufrage de frôler l'inaccessible, pour que vienne la vérité.

Tentez donc la visite et soyez éclairés de ce feu qui persiste de la cale au grenier. Dans les yeux des marins et ceux des montagnards, il couve d'une flamme qui anime leurs ames pour l'éternité.

Je laisse là la trame qui nous a fait voyager toutes voiles gonflées et qui, par le bon sens dans la dérive, cultive la liberté.

Entre Mer et Montagne, je vous souhaite bon vent sans avarie, pour que dure le voyage jusqu'au delà du monde qui nous a absorbés.

Je tourne cette page et vous laisse à regret d'une prochaine légende à partager.

Je dédies cette histoire à Corto, un matelot quelque peu en bute aux métaux ferreux de certaines bouées...Il se reconnaîtra !

Gilles. 

 

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