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Dissidences Pyrénéennes.

Dissidences Pyrénéennes.

Infos,patrimoine, politique locale, environnement,

Publié le par puyvalador-rieutort
Publié dans : #Fables

avril 2012 f 002

La crécerelle de Creu.

 

Sur le champ de ruines du passé s'élève le vestige d'une tour oubliée.

Voir et être vue était sa raison. Celle des hommes va de pair en bien des occasions. Ne faisant que ce qui se voit ils en oublient l'essentiel.

Or, donc, sur la pierre délaissée, vivait une sentinelle bien veillante. La plaine et la vallée, pour elle, n'avaient aucun secret.

Son regard perçant s'exerçait au quotidien à fouiller allentours. Le moindre mouvement ne pouvait lui échapper, aussitôt elle donnait la chasse aux intrus malveillants.

Tournoyante, virevoltant, son ombre au sol était si vive, que le temps de la voir, c'était déjà trop tard !

Jouer avec le vent et le soleil en faisait un guerrier à nul autre pareil.

Son cri rappelait l'un des instruments autrefois employés au cours des messes paroissiales. Évoquant la grèle ou la mitraille des champs de bataille, qu'elle était sensée éloigner, son crépitement faisait la joie des enfants. Au delà du bruit assourdissant les pensées, dans le ciel, glissait son homonyme plus discret.

La crécerelle à nul autre veillait, sinon pour ses petits dans leur nid douillet. L'assuidité de son regard transperçait toute chose de vie. Chaque prise renforçait l'avenir de nouvelles journées. De la source à la mer, le fleuve s'écoulait. Si la proie dépassait sa puissance, alors l'ombre passait sans pour autant s'arrêter.

La harde de biches traversait paisiblement la rivière sous une langue de brume matinale. Le sanglier remontait le talus, impassible au crépitement de l'oiseau de jour. Seule la souris tremblait du moindre mouvement dans le ciel azur ainsi que de chaque obscurité inatendue.

La tour s'était un peu plus délabrée sous les yeux indifférents de ceux qui aujourd'hui géraient l'espace sauvage de cette belle vallée.

Accrochés à l'imposant d'un certain Vauban, ils délaissaient le piètre monument aux portes de leur village. Seule sentinelle à veiller avec quelque chasseur, la crécerelle regardait le temps achever son ouvrage.

Pourtant cette tour avait servi de guet et de sécurité. Plus d'un ancètre lui devait le futur, leurs temps de veille aux crénaux élevés se distrayaient parfois du passage d'un oiseau chassant à proximité.

Même les nouveaux prêcheurs ont délaissé les vieux objets du passé qui liaient un peuple au ciel éternel par le cri d'un oiseau devenu si discret...

Saurons nous un jour remonter sur les remparts et carresser du regard le vol rapide et furtif qui nous parle du soleil ?

Si d'aventure vous surpreniez ce qui peut vous apprendre, alors souvenez vous du nid des crécerelles en danger.

Prenez donc le temps de vous y arrêter, le temps d'une oeillade et d'une pensée. A force de souvenirs cumulés dans la mémoire des hommes, qui sait, si la source redonnerait un fleuve et que les pierres éparpillées se voient un jour réassemblées.

Ce conte n'est pas achevé. Puisse t'il durer encore au delà des années pour que dans le ciel se dresse comme un trait qui place l'esprit au dessus des hommes bien veillants.

Là où l'oiseau se pose, qu'il y place sa vie et son regard, détachés du flagrant pour retenir l'essentiel.

Gilles.

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