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Dissidences Pyrénéennes.

Dissidences Pyrénéennes.

Infos,patrimoine, politique locale, environnement,

Publié le par puyvalador-rieutort
Publié dans : #Fables

Le Dragon du Galbe.

 

Ce matin, sur ma fenêtre, je vis un tout petit oiseau. Il faisait froid et je le crus engourdi.

Peut être avait il heurté l'une de mes vitres, il semblait étourdi.

Je ne savais pas, en fait, ce qu'il faisait là. Donc intrigué, je m'approchais doucement de lui pour voir ce qu'il en était.

Alors que je pensais qu'il aurait pu partir, dès que remis, il ne bougea point, ses petits yeux brillaient d'un feu si gai que je compris soudain qu'il avait une drôle d'idée.

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Quelle ne fut pas ma surprise de l'entendre si nettement dans ma tête et ce d'autant qu'il ne semblait pas ouvrir le bec. Voici donc à peu prés son récit :

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- «  Il y a fort, fort longtemps, vivait dans la vallée du Galbe, un animal magique que les hommes nomment Dragon. Il gardait jalousement un trésor caché au fin fond d'une grotte. Lorsque quelque imprudent tentait par nature de l'approcher pour le dérober, aussitôt l'animal entrait dans sa colère la plus noire et triplait de volume. Sa taille devenait si importante que nul rescapé de l'aventure n'avait pu seulement regarder un instant le trésor convoité.

Or, donc, un jour, un de ma tribu, par curiosité, je présume, osa tenter l'aventure.

Le vieux chamane lui avait dit que c'était une pure folie que de s'aventurer aussi profondément sous terre en quête de quelque chose, qui pour le Dragon était si personnel.

Personne encore n'avait à cette époque réussi dans cette épreuve.

 

Bien résolu de trouver quelque astuce, le jeune se rendit jusqu'au bord de l'étang dit du Diable, pour y méditer sur l'art et la manière de réussir dans ses œuvres.

Il y passa de longues journées à s'imprégner du milieu. Tous les matins juste avant les premières lueurs, la nature se faisait silencieuse. Tous les êtres vivants se gardaient bien de faire le moindre bruit. En effet le Dragon possède une ouïe si fine qu'en le troublant quelque peu, il se mettait aussitôt à gonfler et crachait tout son feu. Malheur à celui qui avait osé l'éveiller. Ensuite, loin de s'assagir il venait au bord de l'étang pour y étancher sa soif inextinguible. Par ses naseaux fumants, se déversait un brouillard si épais que ceux qui voyageaient en ces lieux arrivaient à s'y perdre. Pour se rassasier il dévorait force rochers et aussi de tout bois il faisait un festin. Les miettes en retombaient alentours en une pluie de petites ardoises. Les copeaux délaissés et les aiguilles de pin entretenaient un tapis où il aimait s'allonger.

 

Après son repas, il entreprenait sa toilette. Ses écailles bruissaient bruyamment dans l'onde qui se noircissait. Il affutait ses griffes toujours sur le même rocher qui en portait des marques sophistiquées. Le Dragon n'est pas sot, seulement susceptible...Son écriture est fine et par contre acérée. Que de choses il savait, par tout ce qu'il avait vécu et expérimenté.

Ensuite, content et satisfait, il s'en retournait vers sa grotte et son trésor à protéger.

 

Nôtre jeune ami eut soudain une drôle d'idée.

Plutôt que de vouloir lutter, il se mit en tête de l'apprivoiser.

 

Alors il s'appliqua tout d'abord à chanter d'une sorte, que nul être vil ne pouvait en profiter. Les sons se mêlaient en une douce mélodie montant de son cœur pur.

Même le plus sourd des rochers en était fasciné.

Ensuite, étant passé maître dans sa pratique, il s'enquit de chercher quelques plants d'oseille qu'il se mit en devoir de jardiner ça et là tout autour de l'étang si noir.

 

Allant aux étages supérieurs, il préleva quelques alevins de truites et aussi quelques jeunes têtards.

 

Jour après jour, il œuvrait sans cesse autour de ce lac de montagne. Lorsque tout fut prêt, il attendit les premières lueurs pour entamer sa mélodie du cœur.

Tout au fond de son sommeil, le Dragon sentit quelque chose qui l'envahissait. Ce n'était pas un bruit qui l'aurait fait sursauter.

Se faisant plus discret à son tour, sa taille diminua et il s'enquit de sortir. Son œil était vif et son pas si feutré que personne ne le vit qui quittait son logis.

Le chant qu'il percevait ne venait pas de l'extérieur. Son cœur à son tour lui répondait malgré ce qu'il pouvait penser. Il l'entendait reprendre ce refrain apaisant.

Persuadé alors, qu'il venait de lui, il se fit plus clément.

Approchant de l'onde mystérieuse il se pencha pour boire.

Elle bruissait toute seule de petits remous, ici et là, qui captaient toute son attention.

Les eaux semblaient recevoir une pluie qui causait bien des ronds.

Naturellement intrigué et regardant le ciel d'où rien ne tombait, sa vision se porta sur quelques touffes vertes qui le mirent en appétit.

L'oseille était si douce et pétillait dans sa bouche, que ce ravissement, quelque peu l'attendrit. Encore une fois, il se fit plus petit.

Cette plante connue des anciens, calme dit on, le feu du dragon.

Elle joua son rôle à merveille, car poussant à foison, l'animal en fit grande provision.

Une petite pierre suffit à le rassasier.

Entreprenant alors de se baigner, il fut surpris que de petits êtres viennent à l'y aider. Passant entre ses écailles, à un grand ménage les truitelles s'employaient.

Émergeant, ravi de sa toute neuve beauté, il s'avança au soleil pour se laisser sécher.

Cela faisait déjà fort longtemps qu'il n'avait ressenti une telle félicité.

Encore une fois, sa taille diminuait.

Il était si petit, que aussi discret qu'il fut, il ne pu se cacher des yeux pétillants qui le regardait.

En un seul instant, il se fit avaler.

Nôtre jeune ami venait de le gober.

Il n'était pas mort, mais seulement captif d'un nouveau corps où il devait s'habituer.

Quelle ne fut pas sa surprise d'y trouver ce qu'il gardait en secret.

Afin qu'il ne grandisse à nouveau, il reçu la chaleur qui lui manquait et aussi des merveilles de mélodies sur les quelles il s'endormait. »

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En chacun de nous sommeille désormais un Dragon et son feu parfois dans nos yeux transparait en d'étranges lueurs que l'on se doit de dompter dans le risque imminent de se voir embraser.

Cette histoire étrange que l'oiseau m'a conté, de la sorte, je vous l'ai donnée.

Chacun y trouvera, s'il cherche bien, le trésor qui était convoité.

Quelques miettes plus tard, mon ami mystérieux s'était envolé.

Son nom si je m'en souviens bien était fait de Liberté.

Sans faire aucun bruit, je m'en vais vous laisser au bord de l'étang du Diable dans lequel vous pourrez vous mirer.

Si d'aventure au fond de vos yeux un feu s'allumait, prenez un peu d'oseille et puis quelques douceurs que la nature nous donne en ses modestes plaisirs qu'il vous appartient de saisir.

Cependant, laissez là les rochers, car dit on, le lac est enchanté. Si une pierre y tombe, le brouillard y surgit et souvent quelque orage, lançant des piques de feu qu'il est bon d'éviter.

Je dédies cette histoire à mon ami G qui me l'a inspirée.

Lui souhaitant autant qu'à nous tous, de soumettre le dragon de sa volonté aux devoirs que nous avons, de l'apaiser...

GP

 

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