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Dissidences Pyrénéennes.

Dissidences Pyrénéennes.

Infos,patrimoine, politique locale, environnement,

Publié le par puyvalador-rieutort
Publié dans : #Guilhem...

Le retour de Guilhem.

 

gelée de septembre 2012 008

gelée de septembre 2012 010

 

Sentant leur fin approcher, l'usure ayant consommé jusqu'à leur dernier sourire, les adeptes de cette nouvelle foi chrétienne recevaient le consolament et s'ils ne passaient pas, ils poursuivaient l'endurró.

Ils ne mangeaient plus, ni ne buvaient et se laissaient mourir lentement dans les affres longues de l'épuisement et les délires de la fin.

Quelle absurdité qu'un sacrement qui se veut définitif !

Guilhem venait de vivre les derniers instants d'un de ses vieux amis et il avait eu beau déployer tous les arguments pour le faire renouer avec la vie, rien n'y fit.

Alors, pourrait il lui même suivre ce même chemin absurde qui n'était qu'une impasse volontaire au flux tournoyant de la vie ?

Au nom de quoi pouvait on se priver du don naturel qui coule en chacun comme l'eau de la première source ?

Finalement, quoi de plus naturel que cette ultime surprise qui vous prend au dépourvu. Elle viendrait bien assez tôt !

Il y avait tant de choses à faire, à voir, à découvrir. L'éternité n'y suffirait peut être pas.

Guilhem traversa le village et fut incommodé d'une odeur nauséabonde. Juste à la sortie, un bûcher se dressait et les restes déterrés d'anciens bonshommes s'y dégradaient dans la fournaise. Après les vivants, c'était les morts que l'on brûlait...

Il fit un large détour et reprit le chemin de la montagne.

Pendant que la noblesse usait de compromis, ce qui est dans leur nature, le peuple crevait de faim et tremblait sous la pression d'une église ne leur apportant que menaces et sentences au lieu du réconfort tant attendu.

Trouver une autre voie, une autre façon de donner de la raison et un sens méritoire à ce monde de fous. Guilhem ressassait en arpentant le sentier rocailleux qui l'éloignait de l'absurdité quotidienne.

Ils prônaient tous la Paix et voilà ce qu'ils en faisaient de la Paix, un charnier permanent. Il se devait une conversation avec l'ancien et il comptait bien y amener son compère maître de forge.

Il fit une halte chez le colosse et tous deux après une longue veillée repartirent au petit matin en laissant l'atelier aux mains de l'aîné.

Joan était devenu un expert dans tous les arts de la forge et de la fonte. Il maîtrisait bien plus de techniques et de connaissances que les autres ouvriers qui défilaient sans cesse pour leur voyage autour du métier.

Il avait été compagnon et de lui même, il était revenu s'établir avec le colosse rouquin qui le protégeait quelque peu de l'ombre familiale.

Ils formaient une ossature complémentaire et leur réputation n'allait qu'en grandissant.

Sachant l'art de compter, de lire, d'écrire, Joan tenait les registres aussi bien qu'un clerc. De plus il savait anticiper sur les commandes et négociait efficacement les fournitures pour les deux forges.

Avec une fierté débordante, il se voyait confier la tenue de l'illustre atelier.

Il saurait s'acquitter de sa charge par les qualités qui lui étaient reconnues.

Mais, du calme, du calme et du sang froid !

Il y avait pas mal d'ouvrage à réaliser et l'organisation demandait autant patience que courage. Les deux compères disparaissaient déjà au détour du chemin. Alors que Joan se retournait, quelle ne fut pas sa surprise de se retrouver nez à nez avec son père.

Mais ? Mais ! Mais...

Ne fais pas la chèvre fiston, viens à l'abri sous le porche. Je vais t'expliquer et cela devrait prendre quelques heures.

Joan était abasourdi et plus il comprenait les étrangetés comportementales de son père, plus sa bouche s'agrandissait. Il aurait presque pu gober un oeuf d'autruche !

Maintenant, viens, nous allons à la grotte.

Mais, l'atelier ?

Ne t'en fais pas tu le tiendras à merveille à ton retour dans moins d'une heure.

Joan avait confiance en son père et pourtant, il avait un petit pincement au coeur en s'éloignant de la bâtisse. Alors qu'ils passaient la crête, il se retourna et crut avoir la berlue. Son sosie redescendait de l'autre versant et pénétrait dans l'atelier.

Il était ici et en bas en même temps.

Il se fit une raison et emboîta le pas sur celui de son père.

Alors, moi avec toi, c'est comme toi avec le maître de forge ?

En quelque sorte oui, mais, non.

Comment ça oui mais non ?

Oui, nous avons nos doubles qui ne sont que nous même dans des temps et des espaces différenciés. Nous pouvons voyager ensemble et séparément. Non, car ton patron n'est pas initié et tu ne devras jamais le laisser douter sur la moindre parcelle de vérité compromettante.

Tu apprendras vite. Il le faut.

Le vallon les avala dans la pleine lumière de cette dernière journée de printemps.

Ils arrivèrent à la première grotte juste avant la nuit. Ils n'eurent de cesse de travailler pour que Joan soit fin prêt avant l'aube révélatrice par la lumière de la porte sur le passé. Désormais ils étaient deux au moins à échapper au flux unique du temps.

Alors que le premier rayon de soleil pénétrait jusqu'au signe, Guilhem et son compagnon venaient d'entrer chez l'ancien pour une sérieuse discussion.

Ici et ailleurs en des temps différents, mais jamais au même endroit...

Pour ne pas se confondre Joan et son père portaient des anneaux anciens frappés de symboles étranges qu'ils tenaient à l'envers des curieux.

Ainsi, ils pourraient faire la différence entre l'avant et l'après.

Pendant que Guilhem se retrouvait une fois de plus dans son épais buisson, Joan redescendait vers la forge tout comme à son premier jour d'apprentissage.

Éternel recommencement ?

Non, il le savait, plus jamais rien ne serait comme la première fois, du moins dans ce qu'il avait éprouvé de si fort en ce moment là.

De son côté, Guilhem menait un plan destiné à faire sortir de l'ornière les victimes de l'absurdité extrémiste. Il fallait donner une ampleur sans pareille à cette vieille confrérie de travailleurs émérites.

L'ancien opinait de la tête, mais souffrait déjà de devoir reprendre la route pour aller retrouver les descendants de la longue lignée.

Le maître de forge aussi reprendrait son long voyage pour rassembler les frères des métiers. Guilhem allait forcer encore plus les passages et se retrouver en bien des lieux en même temps aidé de son aîné.

Au bout de trois années de pérégrinations d'atelier en monastères de forges en chapelles, de forêts en cavernes, ils revenaient sur le haut plateau accompagnés des représentants patentés de chaque organisation secrète.

Qu'ils soient les gardiens d'anciennes religions, de simples moines ou les survivants d'ordres persécutés, ils voyageaient deux par deux sans entrave que celle de ne jamais évoquer ce qui pouvait les opposer. Pour les tisserands, les compagnons, les charbonniers et autres confréries, pas question d'aborder quoi que ce soit qui n'allait pas dans le sens commun.

Chacun allait amener ce qu'il avait de meilleur dans le but de le transmettre en même temps que celui de recevoir. Réunis dans une grande salle sous-terraine, les 77 formèrent une chaîne humaine se tenant par la main. Ils ne purent s'exprimer que deux fois par soirée et il y en eut suffisamment pour que tout soit dit.

gelée de septembre 2012 011


En deux années les liens furent tressés entre toutes les organisations. Il fallut encore deux années supplémentaires pour donner l'ossature finale de ce qu'ils appelleraient désormais La Mère.

Leurs devoirs d'assistance mutuelle furent codifiés dans trois langues différentes répondant à trois niveaux de perception distincts. Chaque année ils se réuniraient en un lieu différent. Tous allaient agir de concert pour influencer tant les puissants que les faibles. Non pas sur une stratégie imposée, mais par le sens commun de valeurs représentatives. Ce serait long, mais ce ne serait pas vain. Chaque fois, le chemin tortueux viendrait au secours des misérables et insufflerait la voix de la raison pour le bien commun. Bien sur, rien n'est jamais acquis et les siècles à venir seraient chargés d'ouvrages périlleux mais dignes de l'investissement total et désintéressé.

Justice pour les hommes et Paix pour les âmes.

Paix pour le peuple élu.

Justice équitable pour tous les autres !

 

Ils étaient quatre pour entamer un nouveau lever de soleil, trois dirigèrent les fondations et 77 écrivirent la suite...

 

Qui sait si le retour de Guilhem n'est pas pour hier ou pour demain à moins que ce ne soit les deux en même temps en des lieux différents. Cette histoire se poursuit ici et ailleurs, hier et demain sous le même ciel éternel. La Mère et ses fils tisseraient des liens toujours plus solides.

 

Gilles.

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