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Dissidences Pyrénéennes.

Dissidences Pyrénéennes.

Infos,patrimoine, politique locale, environnement,

Publié le par puyvalador-rieutort
Publié dans : #Fables

Le voyage circulaire.

 

Qui entend ce qu'il ne peut saisir ?

Cette fable se déroule en dehors du temps connu. Elle enjambe les siècles et fait de demain le reflet d'un passé sans cesse réécrit. Derrière la surface lisse du miroir, l'image d'un sourire en demi teinte.

Cette farce morbide veut encore nous faire croire au rêve que nous sommes différents des autres et que ce qui nous entoure n'est là que pour nous servir.

Saurions nous encore nous souvenir de ce que nous n'avons pas vécu et qui est pourtant là, inscrit au fond de nos âmes étonnées ?

 

Le plateau du Capcir était encore somnolent sous les nappes de brumes. Un halos de lumière s'imposait peu à peu derrière les crêtes. Dans ce ciel bleu gris il laissait présager d'une inondation de vie et d'une journée empreinte de tout le réalisme qu'imposent les tâches coutumières.

Les colonnes de fumée montaient imperturbablement des villages. Les foyers manifestaient déjà la reprise de l'éternel rituel quotidien.

Un coq répondit à un autre et le cliquetis des sabots paysans se fit plus distinct dans les rues pavées. L'agitation grandissait sous les toitures d'ardoise et jusques dans les étables.

Pendant que la nature suspendait son souffle, celui des hommes rudes s'amplifiait.

Les trappes à fourrage vomissaient les dernières gerbes si péniblement engrangées lors de l'été précédant.

Les vaches, tirées de leur torpeur rêveuse se rappelaient aux besoins de la vie. Les membres encore lourds, elles peinaient à se lever. Lentement, elles se cambraient pour regrouper leurs sabots luisants. Dans un effort démesuré, elles dressaient leurs grandes carcasses grises au dessus de la litière de paille. Expurgeant d'abondantes coulées de fumures, elles s'arque boutaient dans l'effort libérateur. Les veaux donnaient à présent de la tête dans les mamelles gonflées, avalant goulûment le lait de leur mère. L'odeur du fumier frais s'empara des rues et un chien aboya.

Les clochers se mirent en devoir de répondre à l'émolument matinal.

Ce pouvait être une journée comme un autre et pourtant, bien que ce chien s'entêtait, rien ne pouvait laisser présager du projet des hommes à résister contre cette volonté farouche d'imposer au monde sans cesse un visage nouveau.

Sous les tignasses ébouriffées, une ébullition contrastait étrangement avec le calme apparent de la contrée toute entière.

Pourtant, les armes cachées sous les fagots demeuraient sagement dans le secret traditionnel de ce peuple de guerriers aux lances avides de sang et aux traits aussi précis que ceux du soleil éclatant. S'il y avait une guerre, elle était intérieure.

Les nouveaux arrivants en étaient la cause.

Sous leurs robes de bure aussi noires que leurs pensées, la flamme qu'ils cultivaient en imposait bien trop que ce que l'on pouvait supporter.

Nul ne rechignait à la tâche, mais de toucher à ce qui la motivait, rendait la population fébrile et aux aguets.

Ce chien aboyant, n'arrêtait pas de rappeler les sermons et les mots prononcés comme autant de morsures à l'âme de chacun.

Si les gestes étaient lents et précis, en dessous, le sang bouillonnait.

Ces bâtisseurs de prisons déguisées en églises venaient de s'attaquer au rêve millénaire en ramenant chacun aux portes du souvenir cruel. Privés un peu plus de cette liberté de vivre sa façon naturelle en harmonie, le silence pesant contenait dans les coeurs l'amplitude de l'injustice subie.

Poussant vers le futur les inquisiteurs venaient de réveiller le passé.

Ici la vie était bien trop dure pour s'attarder à chamailler l'un pour ses croyances, l'autre pour ses idées. Mais là, c'en était de trop !

Parce qu'à l'image du pays, ils étaient ouverts sur le ciel, les coeurs venaient de se fermer à ces hommes pédants, noirs d'un savoir de mensonges et de contre vérités.

Autant les communautés premières étaient les bienvenues, autant ceux là se mêlaient de ce qui ne les regardait pas.

Peu importent les corvées, mais le rêve sacré, nul ne devait y toucher.

Les bêtes furent attelées au joug et après provision de vivres, un cortège se mit en chemin vers la forêt.

Il en venait de partout et les files se rejoignaient donnant une nouvelle ampleur à chaque carrefour.

Là haut était le prétexte de pouvoir se retrouver.

C'est ceux là même qui voulaient les soumettre qui leur avaient donné commande de bois de charpente pour un nouveau bâtiment. La démesure de leur projet nécessitait un chantier et des besoins en matériaux peu communs. Au su du peu de temps que pouvait offrir les saisons Capcinoises, il fallait toute la ressource humaine du pays pour y faire face dans les délais prévus avant le gel et la paralysie hivernale.

Arrivés dans la grande jasse essartée, les jeunes furent mis à la tâche pendant que les anciens gagnant le fond du bois allaient se retrouver.

Autour d'une pierre encore dressée contre l'oubli, ils reformèrent le cercle éternel.

La parole circulait et de l'un à l'autre la sagesse prenait une tournure flamboyante du respect ancestral. Plus que les mots, les regards déversaient un fleuve de passions maîtrisées. Entre le gris de la terre et le bleu du ciel infini passaient comme des éclairs les rêves les plus vieux.

Pourquoi accepter des mensonges que l'on sait évidents et que ces fourbes cultivent avec tout leur talent ?

Ce qui nous appartient et que nous détenons est la vérité de ce que nous voyons, de ce que nous vivons. Leurs mots ne sont que les maux d'une parole qu'ils ont oublié sans la connaître.

Laissons les se fourvoyer en palabres inutiles et continuons le chemin que notre peuple s'est choisi en acceptant de vivre libres la contrainte du passage.

De la naissance à la délivrance, la roue ne peut être brisée. Le monde en est issu et ce ne sont pas quatre moinillons obtus qui peuvent l'arrêter.

Là où nous cultivons la vie, ils nous promettent la mort. Quand nous tendons la main, eux ferment le poing. Ils nous parlent du coeur et se rient du notre que nous tenons vivant, alors que le leur ne bat plus depuis longtemps.

Comment pourraient ils nous empêcher d'aimer, eux dont l'amour n'est que folie ?

S'ils ferment nos portes, nous les ré ouvrirons.

Qu'ils bouchent nos chemins, la nature est bien faite pour les ré enseigner à ceux dont l'âme se réveille, d'où qu'ils puissent être nés.

Nul d'entre eux ne connaît l'intention qui régit le monde et piètre est leur croyance en de pieux mensonges cultivés.

Ce qu'ils savent, ils ne le connaissent point. En pratiquant leur chemin, leurs pieds se sont usés, leur langue est bien rappeuse d'une amertume insensée.

Ils ont emprisonné, torturé et brûlé, mais c'est bien eux qu'ils jugent en prononçant les sentences qui nous sont destinées.

Là où ils sèment la mort, nous y voyons la vie. Elle est bien ridicule leur éternité qui se limite à l'homme qu'ils ne connaissent pas.

Nous vivons et voyons chaque jour la tournure de l'étendue. De ce qui nous entoure, nous en faisons partie.

Croyant encore exclure, ils se sont exilés sur une terre génitrice qui les a avortés.

Leur rêve n'est qu'un cauchemar de souffrances auquel ils se rattachent en silence.

La musique du monde n'est pas pour leur parler sinon que d'une tombe qu'ils traînent sous leurs pieds.

Alors que vient la lumière, ils prêchent l'obscurité. Engloutis sous les arches pesantes de leurs certitudes, ils en oublient le ciel et la multitude d'étoiles éclairantes sur nos destinées. Eux qui sont si surs et qui doutent pourtant, ne sachant que parler et si peu écouter. Ils tentent de chasser de chez nous, ceux que nous avons faits nôtres et qui sont de nos frères avant que d'être nés.

Nous les garderons malgré tout en secret. Si le mot est trahison, ils changeront de nom.

 

Les voies de l'impossible secret furent visitées. Chacun ramena au centre du cercle une pierre et un galet. Alors que disposées l'une à l'autre, elles dessinaient à présent le signe du passé. Une étoile brillait autour de la pierre dressée.

Chaque rayon désignait un chemin, une vallée, un pays.

Lorsque le soleil déclina, tout était en place. L'ombre s'allongeait et chacun regagna son village. Les attelages descendaient en charriant les arbres ébranchés. D'épaisses volutes de poussière masquaient la volonté en marche d'un peuple ouvrier.

Une cloche retentit appelant à la soumission les sots et les crédules. Mais aucun n'était dupe et le pas résolu, nul ne posa genou en terre.

L'histoire était en marche et emboîtait lentement celui de ceux qui voient par leurs yeux sans croire ce qui n'est qu'un mensonge de l'esprit dérangé.

Regagnant les villages, les anciens s'en ouvrirent aux plus jeunes.

Le courage est le remède pour qui par le travail en soi poursuit la lumière de vie.

Nul besoin de s'imposer la souffrance, bien assez grande en ce monde, il suffit simplement de se fondre dans le vide qui place entre les maux la révélation unique. Alors tout s'éclaire et simplement beaux sont les jours et encore plus belles les nuits.

Chaque chose apparaît à ses heures et retourne au silence dans la ronde du temps que nous souvenirs enlacent.

Rien ne peut s'en échapper sinon qu'en renonçant...

 

D'autres paroles et beaucoup de silences, le temps passa effaçant les hommes et leurs manies.

Prisonniers du cercle bien plus que de leurs carcasses, ils reviendront tous et sont peut être déjà là, parmi nous. En fait, ils ne nous ont jamais vraiment quitté puisqu'ils sont en nous et que nous sommes en eux de toujours à jamais.

Plus de sept cents ans sont passés et leurs bourreaux sont aussi de retour qui les ont accompagnés.

Autour de la roche dressée les pierres et les galets n'attendent plus que les mains pour se retrouver.

L'inquisiteur y est. Il jette sur l'espoir son autodafé.

Qui sommes nous vraiment, celui ci ou celui là ?

Il ne tient qu'à nous de nous en convaincre, pour coiffer ce visage ou même l'oublier.

Cependant, nous nous berçons d'une réalité qui n'est que le fruit d'un rêve à demi éveillé. Force en est que de croire, nous ne voyons plus rien de ce qui est essentiel. Seule perdure l'illusion de ce qui s'impose et qui offrant un chemin nous laisse la prison d'un enfer intérieur. Cerbère est son gardien qui fait de son pendant matériel ce auquel nous nous croyons intimement liés...

La plume s'envole et le vent qui l'emporte nous parle d'autres rêves que nous avons vécus sans pouvoir en garder le secret.

Demain sera t' il demain et qui sait s'il sera dans le rêve ou la réalité ?

La page se tourne et le livre refermé...

 

Gilles.

 

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