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Dissidences Pyrénéennes.

Dissidences Pyrénéennes.

Infos,patrimoine, politique locale, environnement,

Publié le par puyvalador-rieutort
Publié dans : #Fables

Les deux sœurs.

 

L'une à côté de l'autre, leurs cœurs à l'unisson, elles reposaient là sous le soleil du midi.

Aucune ombre, à cette heure aussi haute, qui ne puisse égarer la raison. C'est par cet éclairage que se fortifie la sagesse des peuples les plus anciens.

Deux sœurs, étaient là sous l'olivier. Elles contemplaient la Méditerranée. Les vagues déferlaient en douceur sur leurs côtes safranées. La chaleur qui montait à présent du sol rocailleux annonçait un été aussi dur pour les hommes que pour leurs cultures.

Une troupe de romains s'avançait pourtant le long du littoral. Leurs cuirasses brillaient au soleil et ils devaient rôtir sous ces armures lourdes et rutilantes.

Les aigles aux ailes déployés portaient leurs flammes paresseuses au mouvement de leur marche forcée.

La poussière montait de cette voie ancienne qui n'était pas encore entièrement pavée. Arrivant près des collines, ils firent une halte. Deux légionnaires partirent en éclaireurs pour visiter l'itinéraire et essayer de trouver une source pour se désaltérer.

Au bout d'une heure, ils revenaient en courant. Ils n'eurent pas le temps de rejoindre le détachement. Des cavaliers venaient de les rattraper. La couleur du sang vint éclabousser la terre assoiffée. En un rien de temps un autre groupe surgit sur les arrières et ce fut la curée.

Le fracas des armes, les cris de rage et de douleur se mêlaient aux hennissements des chevaux légers.

Un carré résista cependant aux assauts répétés. Mais à force d'insister il finit par céder.

La brèche ouverte vomissait les entrailles des soldats et leur sang mêlés. Les cris s'étouffaient dans les gorges tranchées. Peu de temps en fait, venait de s'écouler. Dans quelques heures les cadavres commenceraient à gonfler. Celui qui semblait commander, s'avança au milieu de ces corps inanimés. Ils les dépouillèrent de tous leurs ustensiles.

Si ce n'était le sang sur les visages et les chairs entaillées. La nouvelle troupe semblait à l'ancienne décimée.

Les aigles volaient à présent au vent d'une course effrénée.

Les deux sœurs se levèrent et leurs regards profonds venaient de s'obscurcir sur de lourds présages que le vent de la mer venait de leur conter. L'horizon s'obstruait sur une barre de nuages noirs et violacés. Un orage subit viendrait effacer les restes d'une lutte qui à peine commençait.

De toutes part, il en vint, de ces troupes de romains...

En quelques années les pays se trouvaient enchainés.

Que ce soit par le sang ou l'amour exagéré de l'or, les survivants se ralliaient, les autres succombaient. Malheur aux vaincus !

La langue se modifiait tout en gardant quelques mots, de temps plus anciens. Les deux sœurs pareillement se comprenaient à présent plus difficilement. Cela durerait certainement bien plus que quelques siècles.

D'un côté l'Occitan, de l'autre le Catalan...

L'une au Nord et l'autre au Sud. Chacune construisit une colonne à la mémoire du temps ou elles étaient ensemble sous l'olivier. Lorsque le vent venait à souffler elles se mettaient à vibrer tant et si bien que ce chant à l'unisson semblait une même parole aujourd'hui oubliée.

Esclarmonde rêvait encore de voyages lointains, sur les prairies fleuries du mois de Juin.

Là haut elle courait avec sa sœur bien aimée. D'un saut elles savaient passer d'une marche à l'autre de ces verdoyants plateaux ouverts au vent du Nord.

Les peuples des montagnes savaient les secrets de la charpente. Ils portaient aussi la lance et le bouclier. Mais ce qui les distinguait s'écrivait en gris et en bleu tout au fond de leurs yeux.

Ils cachaient un trésor si immense que nulle part ailleurs il ne pouvait rester.

Alors que les siècles s'envolaient comme les feuilles d'un automne venteux, leurs frères de l'Oriège furent tourmentés.

C'est naturellement vers eux qu'ils guidèrent leurs pensées et leurs pas surveillés.

Ils transportaient une flamme qui ne pouvait s'éteindre. La partageant, ils la firent grandir.

Mais le danger était grand. Bien plus que celui des hommes meurtriers était celui d'oublier.

Les deux sœurs le savaient, aussi elles placèrent la sagesse dans les cœurs de leurs enfants, la force dans leurs têtes et la beauté dans leurs âmes. Leurs yeux deviendraient les fenêtres par les quels pourrait se contempler le trésor dissimulé.

Aujourd'hui encore, après bien des années, des fous creusent la terre en quête d'illusions.

Pendant ce temps, d'autres contemplent la lune qui leur renvoie le reflet qui vit au fond de leurs âmes.

Si par chance vous vous égarez dans l'épaisse forêt sacrée qui unit les deux sœurs, vous pourrez encore surprendre leurs chants et leurs rires d'enfants.

A moins qu'il ne s'agisse de ces colonnes antiques chantant à l'unisson au gré du vent du Cers...

 

Cependant, même si les cèpes sont beaux, surtout soyez discrets...vous pourriez les courroucer !

 

Catacric, catacrac ló cónto es accabat !

 

Gilles.

 

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