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Dissidences Pyrénéennes.

Dissidences Pyrénéennes.

Infos,patrimoine, politique locale, environnement,

Publié le par puyvalador-rieutort
Publié dans : #Fables

Pitchounet et le Géant.

 

Couché contre le flan de la montagne, un géant se reposait depuis quelques siècles, paisiblement.

Pétrifié par les ages accumulés, il était figé dans une expression mélancolique qui rappelle la lassitude des choses trop souvent mal vécues.

Ses songes se poursuivaient sur un fond de lumières fuyantes d'un automne bien long. Il semblait passé, tellement sa respiration était subtile, se fondant aux bourrasques de vent qui caressaient ses flancs.

La discrétion est plus souvent l'apanage des grands que de tous ces petits qui s'agitent vainement et dormant peu, le font si bruyamment. Son corps semblait reposer sur un lit de chênes verts ainsi que d'une multitude de bruyères fleuries d'un rose pâle qui semblaient appeler l'hiver, dans ses couleurs fanées.

Rien, pour lui, n'était aussi important que de laisser glisser et soulager, pluie et vent, sur les vieilles cicatrices de sa vie.

Toutes les femmes qu'il avait connues, ne lui avaient laissé qu'un goût d'amertume au fond de sa gorge. L'acidité de leurs mots avaient causé tant de fatigues et de déceptions, qu'il n'en restait que des rides marquées profondément sur la pierre de son cœur.

Elles auraient surement bien aimé l'avoir enterré avant que de le connaître.

Quant à naître avec, s'il avait su, il les aurait proprement ignorées plutôt qu'étranglées, tels des serpents dans le berceau d'Hercule.

De temps à autre, un coin de ciel bleu permettait au divin soleil de venir réchauffer son âme meurtrie.

Or, donc, dans un de ces songes, qui semblent tant au réel, quelque chose vint à le troubler.

Un petit d'homme, mais si petit, se plaisait à perturber son sommeil. Tous les jours, il venait chanter à son oreille des mélodies qu'au paravent, il n'avait jamais entendu.

Force de patience étant épuisée, il se releva pour savoir que lui valait ce déplaisir.

Le petit d'homme était connu sous le nom de Pitchounet.

Il s'agitait d'une force et d'une ingéniosité peu communes.

Certainement, son attitude, ne devait pas être étrangère à quelque intérêt personnel.

Tout jeune, il avait tout appris des métiers de la forge, et, des métaux il connaissait les secrets et les usages les plus subtils.

Cependant, malgré sa maitrise, il se gardait bien d'en porter sur lui même, sachant que leurs pouvoirs sur les hommes pervertissait au plus profond de leur âme. Nul ne pouvait s'en parer sans pouvoir les retirer indemne du poison qu'ils leur insufflaient.

Beau jour à toi, sage de la montagne; poussa fièrement Pitchounet.

Sans aucun détour, j'ai besoin que tu m'aides pour une tâche que nul humain ne peut réaliser. Cela ne prendrait qu'une piètre journée !

De quoi s'agit il ? S'enquit le Géant.

Un de mes cousins, maître de forge m'a demandé de couler un anneau de grande force pour amarrer un vaisseau là haut sur la mère des montagnes.

Mais, la mer est bien loin !

Ce vaisseau a t'il des ailes ?

Je l'ignore, mais la mère a donné son accord et l'Alliance est forgée. Cependant son poids et ses dimensions dépassent commune mesure. Aucun attelage de bouviers si puissant fut il, ne saurait le tracter.

D'autant plus, qu'aussi fort qu'il soit, il ne demeure visible qu'aux yeux des initiés. Manœuvrer en devient impossible au commun des mortels.

Toi, fils de la mère, possèdes la force, la sagesse et le geste approprié pour le réaliser.

Les hommes sont partout et je n'ai nulle envie de les rencontrer. Ils sont si décevants et leur mémoire est si courte que je les effraierais.

Minuit est la bonne heure, lorsqu'ils sont couchés. Si par hasard, l'un te voyait, il ne pourrait que croire que son sommeil est agité de quelque déraison coutumière à l'excès de boisson.

La nuit suivante, la terre trembla sous les pas du géant. Ce fut un roulement qui bientôt s'inversa. Il partait du fond d'une vallée pour ensuite y revenir.

L'anneau était léger dans les mains du géant. Il le scella profondément dans la roche noire et détachée qui se voit de fort loin. Les écritures gravées en cachaient l'apparence.

Avant de se coucher content et satisfait, le géant demanda à Pitchounet le nom de son étrange cousin qui vivait si loin et qui pensait venir dans une arche jusqu'à la Mère des montagnes pour s'y amarrer.

Le petit homme lui glissa à l'oreille : « Il s'appelle Noé ».

Entre le plus grand et le plus petit, bien des choses les lient. Parfois c'est une alliance qui dépasse les sens...

Là haut, dit on, elle demeure scellée, sans que ceux qui cherchent n'aient jamais pu la trouver.

Quant au site, il porte encore la trace du fond de l'arche qui s'y est posé.

Si étrange soit il, un lac s'y est formé que l'on dit étoilé. Nohèdes reste célèbre pour bien des vacanciers. Nombre de pêcheurs vont y passer de belles journées. Les truites y sont magiques.

Cependant, la tristesse s'y répand par la disparition et le souvenir de ceux qui sont partis. Je garde au fond des yeux l'éclat discret d'une étoile filante qui s'est éteinte bien avant son heure. Qui sait s'il pourrait nous dire de là où il disparut, si l'anneau est si beau, sa force si grande et sa sagesse universelle.

Je dédies cette fable à Yves et à sa famille.

Gilles.

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