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Dissidences Pyrénéennes.

Dissidences Pyrénéennes.

Infos,patrimoine, politique locale, environnement,

Publié le par puyvalador-rieutort
Publié dans : #Fables

Voyageur itinérant des hautes terres.

 

 

La canne sur l'épaule, avec son baluchon, ses outils en bandoulière et la main libre de se servir au passage...

Sur le sentier poussiéreux de cet été torride, Jósep dit Papet arpentait vers un monde nouveau. La charge ne lui pesait guère et son pas était alerte.

Son oeil toujours ouvert sur les choses de la vie traversait les apparences futiles pour aller à l'essentiel.

D'un regard élevé, il avait embrassé ce haut plateau du Capcir. Arrivé par l'Ouest, il marchait à l'envers de la course solaire. Passé par un col d'altitude il redescendait patiemment vers la vallée glaciaire et son petit village d' Esposolla.

Le Galbe était en fleurs odorantes et ses versants étaient décorés de genêts sur les pentes exposées au Sud et de sous bois carmins sur celles du Nord.

En suivant le trait de la rivière, il voyageait entre les couleurs du pays Catalan.

Même s'il empruntait ces rivages pour la première fois, les gués ne lui étaient pas inconnus. Chaque passage avait une parole qui se révélait sous l'oeil expert du maçon voyageur.

Les parcelles de blés murs jalonnaient son cheminement. Les coquelicots et les bleuets constellaient la toison ondulante et dorée de touches lumineuses.

La forêt était belle de troncs orangés portant une ramure d'un vert soutenu.

Il entra dans le village et tournant devant la fontaine il marqua une pause.

Matéu, berger de ce village, le toisait d'un regard bleu et profond.

Je te reconnais, lui dit il. Nous avons fait le même chantier il y a trois ans déjà. Papet le reconnu également. Jeunes apprentis, ils avaient taillé leurs pierres ensemble. Depuis cette époque Matéu avait du s'exiler et recherchant de l'ouvrage il en était arrivé sur cette terre haute. Marié dans une famille du pays, il avait adopté le rythme et les façons qui le voyaient aujourd'hui conduire le troupeau du village.

Ici les gens étaient pauvres mais simples. Si le travail ne manquait pas, il était varié dans bien des domaines. Le maçon devenait charpentier, berger à ses heures et moissonneur en la saison.

Si le quotidien était peu rémunéré, la subsistance en était assurée par l'exception de chantiers commandés par l'église ou par des particuliers.

Ayant partagé un repas léger et leur pain quotidien, Papet se remit en chemin. Il allait vers l'ancienne ville franche juchée sur le verrou glaciaire.

Une procession s'avançait sur la route et suivant le curé, les ouailles portaient sur leurs épaules tout le poids de leur chapelle et celui du quotidien.

Une vierge dominait par sa taille le convoi.

Elle appelait le travail réussi et la fin de la belle saison.

Chaque village avait son saint et Puigvaladó tenait du baptiste. Il précédait la vierge dans le convoi de repentis. Papet se découvrit et silencieusement laissa passer le cortège.

Sa présence n'avait pas échappé à l'oeil inquisiteur du maître de cérémonie. A peine sa messe terminée, le curé s'enquit de converser avec le nouveau venu.

Il proposa de l'ouvrage et un toit au maçon arrivé.

Ici, tous sont aux champs et aux bois. Peu de gens de métiers sont disponibles. Papet accepta et vint s'établir dans une vie nouvelle.

Il dressa ses échafaudages avec le bois du pays. Les planches étaient souples mais résistantes. Le mortier était gras et le sable doré. Il fallait réparer des fissures mais aussi rebâtir. La terre bougeait quelque peu et les ouvrages anciens en pâtissaient.

Le labeur était long mais riche d'enseignements. Papet s'adaptait aux matériaux et mettait tout son savoir aux nouvelles connaissances.

Il renforçait les joints d'une épaisseur nouvelle et les mettait en relief.

C'était en quelque sorte sa signature sur l'art et sur l'ouvrage. Il n'inventait rien de ce qu'il avait vu. D'autres l'avait fait avant lui.

Ne sachant ni lire ni écrire et tout juste épeler, il trouva refuge et connaissances auprès d'une maison toute compréhensive de son état.

Ici, se donner la main n'allait pas sans ouvrir son coeur. Il fut bien reçu et confirmé dans les charges qui lui étaient confiées. Il s'en acquitta du mieux qu'il le pouvait en s'améliorant au passage.

Poli et de bonnes moeurs, c'est sous un toit solide, dans une famille ancienne mais bien implantée à l'Est du village qu'il fit les premiers pas de sa nouvelle vie.

La casa Sanjon lui avait ouvert ses portes. Il en avait gravi les marches pour s'élever un peu plus et fonda ménage dans des murs solides. Les années déroulaient une vie bien remplie. De services en chantiers, il avait trouvé sa place dans l'édifice d'une société montagnarde.

Comme Matéu, qu'il revoyait à l'occasion, maçon d'origine, il oeuvrait sur les domaines terrestres et ses travaux s'en étaient considérablement élargis.

Voyager, cependant, était un besoin dont sa liberté se nourrissait. Chaque fois que le temps le permettait, il reprenait un chemin inverse pour revenir vers ses origines et partager ses aventures. Il en revenait avec quelques cadeaux qui émerveillaient les yeux des enfants du pays. Il venait du soleil, d'une terre exposée et riche d'histoires. Comme il savait en parler et que l'hiver était long, les portes des maisons s'ouvraient devant sa venue. Plus que le labeur demandé il était attendu pour une fête imaginaire qui ouvrait de nouveaux horizons. La chaleur voisinait de concert avec une curiosité bienveillante. Le ciment faisait son travail au delà de l'ouvrage et il était reçu et reconnu en tous points du pays.

Jósep était devenu Papet. Sa charpente étayait la vie d'une contrée où modestement il conduisait ses pas de voyageur content et satisfait.

A chaque fois, il repartait du même pied que pour son premier voyage. Toujours neuf pour un nouvel ouvrage. Ensuite, l'expérience parlait pour lui dans le silence de la réflexion. A chaque situation il trouvait l'application de son savoir. Tout en construisant, il se perfectionnait.

Toute sa vie était comme une pierre qui se dégrossissait allant à se polir pour une place qui lui était destinée. Ne sachant plus se passer de lui pour la maçonnerie, il était demandé plus qu'il ne pouvait répondre.

D'autres vinrent à l'ouvrage et chacun par sa spécialité, contribuèrent au devenir et à la restauration d'une longue tradition bâtie sur les métiers.

La société s'enrichit. Bien que pauvre d'argent, elle avait gagné des coeurs à des travaux indispensables. Par delà les métiers, des hommes étaient là. Ce qui paraissait éphémère prenait un air d'éternité.

L'illusion du solide se masquait d'apparences qu'il fallait déjouer et souvent, c'est sur l'assise que le travail portait. Les fondations primaires s'appuyaient quelques fois sur une roche trop vieille qui se délitait. Au coeur de la pierre il fallait aller.

Le niveau rétabli, les murs pouvaient monter.

Ils se dressaient droits et réguliers. Les ouvriers se quittaient sur un ouvrage en devenir, issu d'un chantier qui saurait en rappeler sur le besoin de se revisiter.

Tout était d'équerre et de justes proportions.

Les fenêtres n'étaient plus des meurtrières et le jour pénétrait au coeur des maisons qu'il savait réchauffer. Chaque foyer se trouvait conforté d'un avenir meilleur sous un toit bien couvert. Sures et de bonnes tenues leurs portes restaient ouvertes aux maçons reconnus.

La guerre fauchait les hommes et peu en revenaient indemnes ou sans l'amertume de s'en être sortis en y ayant laissé une partie de sa jeunesse plutôt que sa vie. Malgré la douleur, le ciment tenait bon. Il y avait le temps, il y avait les saisons. Papet y donnait de sa personne à aider et à soutenir ceux qui connaissaient le besoin.

Lui qui voyageait connaissait le partir et sans l'ombre d'un doute la volonté pugnace d'un jour revenir. Tristes sont les temps qui égrènent les épis fauchés de trop bonne heure. Ici, se donner la main, c'est retrouver son coeur.

Bien des années passées, se levant vers l'Ouest, le moteur fatigué laissa échapper le fluide d'une vie bien remplie.

Papet était parti pour un voyage qui terminait son ouvrage.

Levant les yeux sur les façades, je ne peux m'empêcher de remarquer les joints qu'il avait mis en relief.

Croyant le connaître, je le redécouvre pourtant. Plus que ses paroles restent les signes qu'il nous a laissé et qui parlent pour lui de l'éphémère vérité.

Bien des chantiers sont a venir et les bras qui naîtront seront assez nombreux pour les conduire et les réussir.

Croyant innover par le geste redécouvert, certains comprendront un jour que le chemin qui est le leur est bordé du passé de pierres blanches que d'autres ont su dresser.

Sur le haut plateau vert émeraude des prairies lumineuses, le ciel de nos espérances boit nos regards d'enfants émerveillés.

De temps à autre il faut se retourner.

Le voyageur voyage. Le voyageur voyage dans le voyage. Le voyageur voyage au coeur d'un voyage qui voyage.

Une vie de maçon en polit le paysage et le liant qui le tient en laisse les marques sur son chemin.

Donner du relief à ses joints consolide l'envie de voir durer l'espérance d'une vie de maçon bien remplie.

Je laisse là mon ancien et poursuis mon chemin vers d'autres voyages en vous invitant au partage de mes mots à peine tracés.

D'éphémères qu'ils sont pour votre mémoire, puissent ils vous accompagner sur le chemin d'un rêve sur les hautes terres de l'éternité...

 

Gilles.

 

 

 

 

 

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voyage 18/06/2013 17:32

merci cette article.