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Dissidences Pyrénéennes.

Dissidences Pyrénéennes.

Infos,patrimoine, politique locale, environnement,

Publié le par puyvalador-rieutort
Publié dans : #Fables
Heureuses heures...

Heureuses heures.

Le soleil déclinait à l'horizon d'une vie bien remplie. Chaque année avait fait son tour et dans le renouvellement des saisons, Joan avait traversé les eaux ténébreuses en héros chanceux.

Il avait gravi bien des mats de cocagne et le sort lui en avait été bien souvent profitable.

Assis sur le banc de pierre, il regardait le ciel nuageux s'effondrer dans un bain de sang. L'astre flamboyant quittait les yeux des hommes pour laisser la place aux innombrables étoiles et à une lune rousse qui déjà pointait derrière les crêtes de Madres.

Comme il est court ce temps qui plonge en nous faisant passer sous trois cieux !

Quelques heures qui pourtant reflètent bien le cycle d'une année.

Jailli de l'obscurité pour grandir dans un jardin fleuri, dévorer les fruits de l'été et moissonner à satiété pour finalement se retrouver face à l'hiver ténébreux...et, peut être recommencer !

Pourtant Joan n'avait pas peur et à vrai dire, il était même confiant.

Les heures passent comme les jours et les années, toujours dans un cycle similaire. Entre les deux portes du ciel, les yeux rivés au delà des étoiles, il espérait ce passage si convoité par tant d'esprits fermés.

Joan leva sa grande main et aucune ombre n'apparut.

Alors, il su que l'heure de vérité, de justice et de paix allait le prendre pour une union de renouveau. Lorsque son corps lui échappa, il ne le sentit même pas glisser.

Sous lui, le village se diluait dans l'eau ténébreuse de la saison morte. Tout s'engloutissait petit à petit. Il était déjà si haut, si loin, que plus aucun souvenir ne le retenait à la terre dont il était l'enfant.

Il retrouvait pleinement une connaissance qu'il n'avait jamais soupçonnée. Chaque parcelle de l'univers lui était désormais familière. Il la ressentait aussi nettement que si elle avait germé en lui.

Il s'étendait, se diluait, dans l'énergie de cet infini avec lequel il faisait corps et âme définitivement.

Ce dernier voyage, il l'avait tant cultivé en lui que son âme était devenue si légère et tant réjouie. Les éternelles heures heureuses n'avaient plus de limite. Il en faisait partie comme l'un de ces héros de l'antiquité retrouvant l'immortalité dans son ciel d'origine, sa mère céleste...

Après avoir intégré l'âme du monde, il la dépassait ainsi que toutes les autres. Toutes les âmes de tous ces mondes si différents, mais pourtant toutes issues de la même étincelle dans la même eau ténébreuse de l'hiver cosmique.

Autrefois, il avait cru s'échapper et à chaque fois c'est par un cri qu'il avait du tout recommencer.

Combien de portes avait il du pousser vainement pour enfin franchir le seuil de la maison dorée. La douce lumière le traversait à présent, sans le ramener à nouveau vers son antre génitrice. Le voyage semblait se poursuivre en tous sens à la fois. D'un soleil à l'autre, le temps s'était effacé. Il n'y avait ni passé, ni lendemain, seulement le présent d'être au delà de ce qui est, en tout et partout.

Chaque parcelle de Jouan s'était délivrée de la gangue matérielle et n'était que pure énergie. Plus de temps, plus d'espace, seulement la vitesse arrachant le superflu. Plutôt que de rester en une quelconque entité, elles s'étendaient en tous sens, occupant l'espace dans sa totalité.

Non plus une conscience, mais une inconsistante échappant à toute réduction, à toute précipitation, précisément, nulle part et partout à la fois.

Là et par delà tout concept de vie, tellement étendu sans être déchiré, être sans être tout en êtant dans tout et rien à la fois. Ni homme, ni femme, ni jeune, ni adulte, ni vieille et pourtant tous réunis et dissolus dans l'unité éternelle.

Devenir le ciel dans sa totalité, sans limite, la plénitude dans l'absolu. C'était la dernière "idée-rêve" qui guidait Jouan dans le voyage des limbes cosmiques.

Il avait répété ce rituel ancien jusqu'à ne plus le savoir. Imprégné de chaque mot, de chaque geste. Énergie dans toute sa volonté, son âme et son esprit tendaient enfin réunis vers la même finalité. Aucune des postures ne lui étaient plus indispensable pour arriver à l'état sublime.

Alors qu'il dépassait ce qui devait être la bordure de l'Univers, soudain tout s'inversa.

Après le flux, c'était l'imprévisible et irréversible reflux. Non pas que quelque chose ou quelqu'un le tirait en arrière, c'était l'univers entier qui se repliait sur lui même.

Tout semblait converger de toutes part vers un point précis.

Aspirés les astres, leurs systèmes solaires, les galaxies, la moindre particule...

Tout s'écrasait sur lui même et jamais il ne s'était cru ni aussi petit ni aussi lourd.

Soudain, alors que plus rien ne subsistait, ce fut une indicible volonté, une petite étincelle qui mit le feu aux poudres.

L'explosion fut inimaginable tant dans son intensité que dans son ampleur qui se propagea bien au delà de ce qui fut avant.

Un nouvel élan se fit et la lumière survint ensuite pour éclairer d'autres mondes si semblables et pourtant si différents de ceux qui les avaient précédés.

Où était Jouan ?

Dans quelle galaxie, au cœur de quelle roche son énergie se combinait elle avec tant d'autres pour faire briller un nouveau cristal ?

Jouan était partout et en toutes choses. Il n'était plus dans le ciel uniquement mais il était aussi en bas comme en haut.La roue se remettrait en mouvement.

Vinrent alors de nouvelles heures heureuses entre les cieux renouvelés, éternellement.

L'hiver se terminait et quelque part sur un plateau de montagne une gamine cueillerait bien un bouquet de perce neige et un garçon, un de violettes.

Plus tard, bien plus tard, un humain, ou qui sait ce qu'il puisse être, serait assis sur un banc de pierre à contempler ces trois cieux se succédant dans un nouveau plongeon...

Éternellement.

Gilles.

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