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Dissidences Pyrénéennes.

Dissidences Pyrénéennes.

Infos,patrimoine, politique locale, environnement,

Publié le par puyvalador-rieutort
Publié dans : #Fables

Accident meurtrier en terre Capcinoise.

Étrangement, le flanc de ce mamelon baignait d'une tranquillité trop flagrante pour paraître suspecte. Pas un seul souffle, ni le moindre mouvement, tout était figé.

Cette ambiance ne laissait présumer rien de bon et lorsque Matéu se décida à rompre le gel en s'avançant de quelques pas, une sueur froide dégoulina sur son échine de vieux chasseur.

Il lui fallut toute la force de sa volonté pour s'arracher à la torpeur ensorcelante et mystérieuse qui régnait en ce lieu. Son premier pas lui parut aussi pesant que celui du géant portant sur ses épaules l'univers tout entier.

Au second, il faillit faire marche arrière et s'enfuir. Au fur et à mesure qu'il bridait ses phobies, la voie de la raison lui dictait sa conduite. Les automatismes reprenaient le dessus. L'avance en silence, les sens aux aguets et toute la lenteur nécessaire se combinaient en un être qui ne semblait plus à celui qui il y a peu était pétrifié.

Il sentait à présent chaque chose alentours et pour autant n'arrivait pas à déterminer l'origine de ce deuil que la nature portait en son sein.

Il était sans doute proche de la vérité, mais, sans faire de suppositions, aller vers elle, prudemment demeurait la seule conduite sérieuse pour ne pas se laisser surprendre.

Alors que les rayons d'un soleil éclatant filtraient en une pluie oblique, chaque ombre déformée par la pente laissait deviner le volume de son origine.

Les senteurs de l'aval remontaient en se mêlant à celles de la résine de pin et de l'humus fraîchement retourné. Matéu s'allongea sur la terre humide et colla son crane contre une roche affleurante. Il percevait les moindres vibrations que le sol lui transmettait à présent.

Une zone morte de tout mouvement se dessinait de façon diffuse un peu plus haut sur sa gauche. Il allait falloir contourner pour y accéder par le haut.

Voir sans être vu, sentir sans se révéler, entendre dans le silence fluide de l'approche, Matéu se transformait en un fantôme en quête d'un autre fantôme.

Les trois cercles de vie voyageaient avec lui dans le respect de la tradition ancienne des chasseurs. Toute la sagesse et la science de son peuple l'accompagnaient dans sa démarche aussi légère qu'une plume et aussi lente que sure.

C'est tout un univers qui se déplaçait dans un monde en mouvement.

Il évitait la crête et restait dans le sillage épais d'une végétation buissonneuse.

Comme dans un labyrinthe, il s'éloignait pour mieux revenir vers le centre de sa recherche. A chaque nouveau pas, c'était comme s'il franchissait une nouvelle porte d'un inconnu révélateur.

Plus que quelques mètres et il serait en mesure d'identifier l'origine de la perturbation qui avait avalé tout signe de vie en ce lieu.

Une odeur acre vint s'immiscer parmi celle du serpolet qui fleurissait une longue roche orangée. De la sueur humaine, du sang, les poils se dressaient sur les avants bras de Matéu !

Toute sa crainte se confirmait un peu plus.

Plus bas, l'herbe avait été foulée sur une grande surface. Une lutte sans merci avait du se tenir et l'écorce des pins sylvestres en portaient également marques et projections.

L’empennage déchiré d'une flèche était encore accroché à hauteur d'homme.

Ses couleurs cendre et sang livraient l'appartenance à un chasseur du village voisin.

De jeunes pousses de genêts, écrasées par un corps à corps portaient quelques fibres de lin et de laine teintées d'un vert sombre qu'affectionnaient particulièrement les coureurs des bois. Du sang encore frais quoique gluant restait collé sur quelques touffes. Tout en restant sur ses gardes, Matéu se pencha sur les indices de cette lutte.

Quelques poils englués attirèrent son attention.

Avant qu'il ne puisse vraiment les identifier, il sentit la présence aux aguets d'un des belligérants. Aussitôt, il saisit sa longue dague et se colla dos à un gros pin couvert de lichen gris. Tout en se baissant, il cherchait alentours et en amont la place d'où pouvait se tenir l'éventuel agresseur. Esquiver et frapper à coup sur s'inscrivaient en automatismes rodés par une longue expérience venue du fond des ages.

Passée la mise en garde, il rengaina sa lame et reprit en main sa lance courte au fer large et tranchant. La distance ne serait peut être pas de trop dans ce qui manquât à l'un des deux survivants. Cependant, rien ne se décidait et les secondes parurent une éternité.

Le bois moussu de l'arbre le coupait d'un vent ascendant et ses vêtements imprégnés d'une préparation à base d'humus et d'essences végétales masquaient ses odeurs propres. Mains gantées d'un cuir sombre et tête couverte d'une toile grossière, seuls les yeux et la bouche barbue de Matéu se découpaient discrètement dans cet accoutrement hirsute si cher aux chasseurs à l'approche.

Plutôt que de tenter le diable et aller à la rencontre directe d'un possible agresseur, il préféra la longue attente et l'écoute silencieuse.

Après tout, le temps jouait pour lui et venait à bout de toute chose vaine.

Subitement, une légère brise du Nord se leva et vint amener les effluves fauves d'une bête blessée. Une odeur de tripailles aigres et de sang tiédi envahissait progressivement l'atmosphère.

Enfin, un gros bec, puis un bouvreuil traversèrent la trouée séparant Matéu de l'endroit d'où provenait la pestilence. D'autres passereaux arrivèrent et un écureuil s'enhardit et se risqua à descendre vers la petite plateforme qui dominait la scène.

Prudent, cependant, Matéu opéra un large contournement pour surplomber à son tour l'endroit suspect.

A quelques pas en aval, une masse velue semblait guetter au travers d'un épais buisson de genets. La bête était parfaitement immobile et ses flancs ne donnaient aucun signe de vie. Méfiant et prudent Matéu l'approcha par l'arrière en tenant fermement sa lance pointée à hauteur juste.

Encore un pas et il put voir l’œil ouvert sur le néant, dont la lumière s'était tue à jamais. Le grand fauve était percé de multiples blessures à son flanc gauche et une mare de sang montrait que le temps avait fait son oeuvre. Embusqué et résigné, l’animal s'était détendu et petit à petit la vie s'était écoulée en une lente mais inexorable hémorragie fatale.

Certainement il rendait son dernier souffle au moment où Matéu commençait son approche première.

D'un geste précis, à l'aide de sa lance, il trancha la moelle épinière en arrière du crane. Toute précaution n'était jamais inutile face à une telle masse de ruse et de force qui même paraissant inerte présentait toujours un potentiel destructeur considérable.

Une bête puissante et si intelligente, douée de sens aussi subtils, n'était jamais une proie facile. L'anticipation était son domaine et la patience son alliée.

L'homme s'y mesurant y trouvait son pendant que rien n'avait avili ni diminué.

Matéu n'eut pas à chercher bien longtemps la dépouille désarticulée du malheureux chasseur.

Éventré, les côtes enfoncées, un bras arraché et la tête fracassée tenaient encore sur un semblant de tronc amputé des deux jambes.

Gisant à quelques pas, un carquois aux flèches brisées racontait le peu de temps entre la première décoche et la charge meurtrière du grand fauve.

Le reste fut un corps à corps entre poignard, dents et griffes tranchantes. Plutôt que de subir l'homme s'était jeté entre les pattes de l'ours pour tenter de lui porter un coup fatal au cœur. La lame n'ayant pas eu le temps de trouver son chemin, de vaines tentatives firent cependant leur oeuvre mais, trop tard.

Ce genre de combat était fréquent pour les jeunes voulant prouver leur bravoure et rentrer dans les rangs des guerriers reconnus.

Celui ci avait sans doute sous estimé la vivacité de son adversaire et c'était mal se connaître que de ne pas respecter un animal aussi proche de l'homme.

L'issue ne faisait aucun doute avant même que la mêlée se produise.

Matéu rassembla les membres épars, les mit dans une grande toile et les hissa à l'aide d'une corde tressée, dans un arbre conséquent. Il ne pouvait prendre le risque d'attirer quelque autre fauve ou meute de loups affamés, ni encore moins de laisser à loisir les renards et autres charognards disposer à gré d'une si bonne occasion.

Il refit encore le tour de la scène et matérialisa les indices présents.

Quelques baliveaux écorcés et fichés en terre feraient office de témoins silencieux.

Alors que Matéu prenait du recul pour mieux mémoriser l'ensemble de la scène, son regard se porta sur un petit détail qui lui avait échappé.

En amont, un emplacement avait été piétiné. Les empreintes de pas indiquaient qu'une personne s'était tenue là, à bonne portée et au vu de la position, il pouvait s'agir d'un deuxième archer embusqué. La trace et l’empennage laissés dans l'écorce du pin sylvestre indiquaient clairement que le tireur cherchait à atteindre une autre cible que le fauve.

En remontant le cheminement discret, il devenait de plus en plus flagrant qu'il suivait en décalé les déplacements de la victime.

Prenant avec la hampe de sa lance la longueur des pas, Matéu s'enquit de retrouver la direction de repli que le mystérieux fantôme avait pu prendre.

Les traces le menaient à présent vers l'autre versant et se prolongeaient discrètement vers le village voisin. Hélas, il ne trouva plus d'autres indices et du simplement se résigner à descendre lui même vers les premières maisons.

Connaissant le Bayle, il se dirigeait vers sa demeure. Une meute de chiens l’accueillit par un concert d'aboiements destinés plus à donner l'alerte qu'à intimider le visiteur.

Il connaissait bien cette portée issue d'une chienne qu'il avait jadis offerte à ce voisin si sage, en guise de témoignage du respect ainsi entretenu.

L'homme, petit de taille mais aux épaules larges ouvrit une fenêtre et lui fit signe de monter.

- "Oh, Matéu, tu as la mine des mauvais jours. Que me vaut ta visite ?"

Matéu expliqua ses découvertes sans oublier d'exposer ses soupçons concernant un deuxième archer pas forcément bien intentionné...

Le Bayle ne disait rien mais à sa figure austère dont les sourcils épais et grisonnants se fronçaient, Matéu voyait bien qu'il était atteint et connaissait certainement la victime. La veille, trois jeunes avaient vécu la cérémonie d'initiation faisant suite au jeune préparatoire. L'un d'eux était son neveu.

Les postulants ne devaient retourner au village qu'après avoir vaincu et rapporté le trophée d'un fauve quelconque. L'un avait ramené la patte d'un énorme sanglier et les deux autres n'avaient toujours pas donné signe de vie.

Le bayle décida de lancer quelques chasseurs expérimentés sur les secteurs où devaient se mesurer les jeunes face à leur destin. Il envoya un messager au châtelain pour que celui ci prit les mesures de justice et que les gens d'armes vinssent récupérer la dépouille et commencer leur enquête avec l'aide de l'abbé de la paroisse.

Matéu ne serait pas de trop pour les seconder. La gente soldatesque était plutôt balourde et le curé, aussi miro qu'une vieille taupe.

Après un repas de fromages et de salaisons, il se reposa en attendant l'arrivée de la troupe.

Fin du premier épisode.

Gilles.

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