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Dissidences Pyrénéennes.

Dissidences Pyrénéennes.

Infos,patrimoine, politique locale, environnement,

Publié le par puyvalador-rieutort
Publié dans : #fables

La plume et la cornue.

II) Les deux chemins.

De bonne heure, le coq chanta pour annoncer que quelque chose bougeait, quelque chose d'inhabituel.

Un peu plus tard, les chiens firent un concert et lorsque sonnèrent les cloches, ce fut à la mort qu'ils hurlèrent de plus belle. Un âne rajouta son cri sinistre et répété.

Une troupe de gens d'armes, dirigée par moine, venait d'entrer au village.

Le bayle les reçu et présenta la situation. Les recherches des deux autres initiés se poursuivaient tant que l'identité formelle de la victime n'avait pas été confirmée. Matéu guiderait l'expédition qui devait enquêter et qui ramènerait les restes du corps et les indices.

L'abbé du monastère voisin et Matéu interrogèrent longuement le jeune à la patte de sanglier et il en tirèrent conclusion que vu son périple et le temps dont il avait disposé, il ne pouvait être impliqué dans le drame.

En outre qu'il ne lui manquait aucun projectile et qu'il avait tué son sanglier à la lance, les empennages de ses flèches étaient différents de celui que Matéu avait relevé sur le tronc du gros pin sylvestre.

Guidé par Matéu, l'abbé laissa deux hommes au village pour faire liaison avec l'autorité et prit le chemin des bois avec le reste de la troupe.

Pour cet homme érudit de sciences divines et de logique, le rite d'initiation entretenu par tradition relevait des anciennes croyances. Il formait cependant la jeunesse et trempait suffisamment leur caractère pour en faire de bons et sages sujets. La coutume était tenace mais somme toute bien utile.

Sa famille avait choisi pour lui un autre chemin qui avait autant usé ses yeux sur les parchemins qu'ouvert son esprit et son cœur à d'autres dimensions.

Si sa vue était faible, sa pensée demeurait aussi vive qu'un torrent et aussi calme qu'un matin d'été sur les hautes terres de Camporeys.

La lettre qui l'avait aveuglé s'était mue en une parole intérieure qui le guidait dans les situations les plus difficiles.

Conversant avec Matéu, il sondait autant son savoir que ses connaissances de ce pays et des circonstances qui l'avaient amené à la macabre découverte.

Lorsqu'ils arrivèrent sur les lieux, ayant planifié en chemin les actions à mener, il laissa la troupe à distance et se rendit avec Matéu jusqu'à la périphérie de l'espace dont les baliveaux matérialisaient encore les indices.

Aussitôt, un vol de corbeaux déguerpit de la futée.

Matéu lui fit remarquer le passage de charognards et les laissées encore fraîches d'un renard. Aucune autre trace humaine n'était apparue depuis sa première visite.

Une fois l'ensemble des marques relevées, l'abbé s'assit sur la roche orangée et refit en pensée le tour de la scène sous différents angles.

Une fois mémorisée par le détail et par l'ensemble, il fit dépendre les restes du corps et ouvrir la toile entachée de sang brunâtre.

À première vue, les atrocités ne pouvaient relever que de l'ours dont le cadavre avait plus intéressé la vermine que celui de la victime protégé par les précautions judicieuse de Matéu.

En attendant de tenter une identification par les familles, l'abbé fouilla ce qui restait des vêtements. Les bourses étaient encore pourvues de ce que portent les chasseurs. Apparemment, au dires de Matéu, rien n'avait été dérobé.

Le crane du fauve avait été attaqué par les corbeaux et ses orbites étaient vides. Les mouches, attirées par le sang, avaient abondamment pondu nombre de larves autour des plaies et jusques sous les aisselles.

L'abbé fit venir la troupe et transporter sur un brancard improvisé les restes de l'ours et sur un bât ceux de la victime.

Les chevaux étaient nerveux d'un tel chargement. Leurs oreilles tournées vers l'arrière renforçaient l'expression du plissement de leurs yeux. Attentifs aux ruades et à la panique qui pouvait survenir à tout instant, les hommes séparèrent les bêtes et les attachèrent solidement entre deux arbres.

Pendant ce temps, Matéu emmena l'abbé vers la placette piétinée par un inconnu. Plutôt que de suivre le cheminement de repli, ils visitèrent la végétation qui le bordait. Doucement, pas à pas, ils retournaient les feuillages et inspectaient autant les branches que le sol. À ce jeu, si Matéu était mieux loti, l'abbé n'avait pas son pareil pour deviner avant que de voir.

Enjambant une séquaille desséchée, il demanda à Matéu de regarder près du tronc. Là, ils trouvèrent une bourse de cuir contenant soigneusement emballées dans une toile de lin écrue, quelques pièces d'argent, trois pointes de flèche en forme de feuilles de saule et une fiole épaisse contenant un liquide gluant à la couleur d'ambre.

L'abbé ne put identifier formellement le contenu. Un doute planait plus encore sur l'origine que sur sa composition.

Peu de gens étaient en mesure d'élaborer de telles préparations et donc cet inconnu n'était peut être pas venu de son propre chef.

Toute une chaîne de pourquoi était en train de se forger dans le crane de l'ecclésiaste.

Ne trouvant pas de réponses immédiates, il en déduit pour autant les investigations qu'il mènerait ultérieurement.

Il lui faudrait consulter l'un des frères du monastère, spécialiste en matière d'élixirs et de récipients. Il devrait également aller voir le tanneur qui le renseignerait sur l'origine du cuir et la fabrication de la bourse.

Sa conviction se formait de plus en plus nettement que ce n'était pas un accident et que l'archer mystérieux était à l'origine du drame.

En décochant de sa position sur le tronc du pin sylvestre, il avait détourné suffisamment l'attention de l'initié pour qu'il ne puisse réagir à l'assaut du fauve. L'intention était flagrante.

C'était bel et bien un meurtre par procuration.

Ce qui devenait évident, c'était aussi que le tireur avait encaissé monnaies sonnantes et trébuchantes pour sa basse besogne. Lorsque le calme serait revenu, il referait le chemin à l'inverse pour retrouver son butin.

Pour l'heure, les investigations se poursuivaient sur le terrain. L'on ne tarda pas à retrouver la flèche qu'avait tiré la victime, profondément fichée en terre sous la couverture herbeuse, sur la gauche du trajet de la charge de l'ours.

Toute accaparée par l'approche du fauve, la victime avait été perturbée par le tir de l'autre archer. Sa décoche en fut fatalement moins précise et l'impact attira l'attention de l’animal vers lui. La suite était prévisible.

Reprenant la trajectoire et la trace laissée sur le tronc, l'abbé et Matéu tentèrent de retrouver le reste de la flèche assassine.

Une fois encore, l'abbé envoya Matéu en avant vers un épais genévrier.

Collé au pin, il l'orientait. Ils ne tardèrent pas à retrouver ce qui restait du projectile encore armé d'une étrange pointe dont la forme était celle d'un dard rainuré destiné à percer les côtes de maille tout en favorisant les hémorragies.

Le mystère s'épaississait un peu plus.

Il ne pouvait donc s'agir d'une rivalité quelconque mais véritablement d'un acte guidé par des intérêts encore obscurs.

L'abbé dépêcha un émissaire au fort pour faire venir un chien de pied. Le châtelain tirait grande fierté de la finesse de flair autant que de la ténacité de ses limiers. Il permettrait de forlonger la retirade du fuyard que Matéu n'avait pu aboutir. L'équipage viendrait directement pour ne pas donner l'éveil aux habitants du village et commettre l'impair d'une fuite. Maintenant la chasse au meurtrier allait prendre une tournure particulière.

Faudrait il encore être discrets et plutôt que de le rebuter, seulement vérifier vers où il se dirigeait. Un complice sinon lui même aurait tôt fait d'éventer les intentions de la troupe et de cet abbé si perspicace.

Il renvoya les hommes d'armes convoyer l'ours et le corps vers le village. Consigne fut donnée de laisser entendre à qui le voudrait bien, qu'il ne s'agissait que d'un malencontreux accident de chasse.

Les dépouilles parleraient d'elles même...

En attendant, les deux hommes aux chemins si différents convergeaient de concert vers une zone d'ombre. La chaleur montait de la terre et même si le limier arrivait assez tôt, il ne pourrait commencer la recherche avant que le soleil ne consente à apaiser son feu ardent...

Alors que le rouge incendiait l'horizon, le chien muselé s'appliquait à suivre un pied aussi léger qu'une plume. Le sol rendait ses odeurs remontant de l'humus noir. En silence le petit groupe remontait la voie du tueur.

Devançant le cheminement par sa connaissance du terrain, Matéu progressait par étapes en attendant la confirmation par le chien. Ces avancées en tiroir garantissaient de surprises malvenues.

Si d'aventure l'assassin ou un complice guettait, il ne pourrait surprendre à l'improviste les poursuivants. Matéu se fondait dans cette nature dont il avait toujours entretenu la marque jusqu'au plus profond de son être.

L'abbé pensait la direction, le chien la sentait, Matéu la vivait. La nuit tombée ils étaient bien loin du village et s'arrêtaient dans un vallon qui plongeait doucement vers le château de Sö.

Ainsi, le commanditaire mystérieux vivait dans un autre conté. Pourquoi ce meurtre alors ?

Ils se replièrent non sans avoir marqué leur progression par quelques caïrns discrets.

Après la quête, l'affût devrait tester leur patience et leur volonté.

Cachés sous une grande roche de granit, d'en bas ils voyaient se dessiner parfaitement toute silhouette en amont.

Cette nuit, hormis une compagnie de sangliers affairés à muloter et à pousser des boutis, aucun être humain ne franchit le passage.

Avec le jour qui timidement nimbait le ciel d'une lumière diffuse, ils changeraient de position pour gagner la crête et surplomber le chemin.

Une autre attente commençait...

Fin du deuxième épisode.

G.

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