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Dissidences Pyrénéennes.

Dissidences Pyrénéennes.

Infos,patrimoine, politique locale, environnement,

Publié le par puyvalador-rieutort
Publié dans : #Fables

Le voleur exilé.

Ma grand mère Léontine me racontait parfois un de ces contes Capcinois amenant un éclairage particulier sur une conduite ou un aspect de la vie.

Elle prenait alors un air grave et sa voix se faisait posée et si différente de l'accoutumée...

Il y a fort longtemps, le bois avait une valeur car il était difficile d'y avoir accés et les gens qui n'en avaient pas mourraient de froid.

Chaque bûche valait son pesant d'or et chacun s'appliquait à ne pas les gaspiller.

Or, depuis quelques temps, certaines piles diminuaient étrangement. Pourtant, si bien alignées et tracées au cordeau, la consommation coutumière était évidente et chacun se gardait bien de la dépasser. L'hiver était si long et si rude !

Tantôt c'était l'une, tantôt c'était l'autre.

Les regards inquisiteurs et suspects détaillaient le moindre passant. Chaque allure était analysée et chaque pas résonnait étrangement dans les têtes des villageois inquiets.

Rien n'y faisait. Il devait bien y avoir un voleur sinon plusieurs, mais qui pouvait autant sévir et mettre par là même en péril la vie de tant de familles. Était ce le jour, était ce la nuit que les rapines se faisaient ?

Réunissant le conseil des sages, décision fut prise d'établir un tour de garde voyant mais léger le jour, discret mais plus étoffé la nuit.

Vint alors une nuit noire aussi épaisse que le brouillard du Carcannet et aussi dense que la neige de printemps. Le ou les voleurs sévirent sans que nul ne put seulement les deviner.

Alors qu'ils étaient dépités et voyant une mort glacée s'emparer inévitablement des maisons, Joan le jeune vint amener sa lumière.

Ce qui ne se voit peut s'entendre dit il. Ce qui ne s'entend peut se voir...

Comment lui demandèrent les sages dépités de tant d'impuissance devant la ruse et la perfidie des voleurs de bois.

Joan le jeune proposa de piéger les piles restantes. De fins cordeaux de crins de chevaux furent tressés et raccordèrent quelques bûches à de fines clochettes d'argent dissimulées près des postes de garde. Il fit poser des repères en quelques marques évidentes tandis que certaines bûches étaient emplies d'un mélange de résines, de rouille, de sel et de vitriol. Ainsi, si l'une d'entre elles brûlait, un nuage coloré signalerait immédiatement la cheminée coupable.

Ce qui ne peut se voir allait s'entendre et ce qui ne pouvait s'entendre allait se voir.

A la grande surprise du guet organisé, une cheminée se mit en devoir de dénoncer dés le lendemain le forfait désomais évident.

Le voleur fut aussitôt saisi et emmené devant le conseil des sages.

La mort serait trop douce et nul châtiment ne serait à la hauteur de ce qui condamnait à coup sur celui qui avait mit en péril la survie de bien des familles.

Plutôt que la mort, il fut condamné à l'éternité de voir indéfiniment la vie s'écouler sans qu'il puisse en profiter. Donc, faisant oeuvre de magie et aprés collecte de rosée, les sages l'en enduirent et le conduisirent au plus haut des nuages.

La lune faisant son travail de tirer à elle les humeurs, il fut aspiré et depuis retenu, captif sur la sélène veilleuse.

Aussi, lorsque le ciel le permet, la face de la lune nous montre pleinement celle du voleur exilé. Triste est son visage et si pâle d'effroi que chacun s'en inspire plutôt que de céder à quelque mauvaise tentation.

Mémé Léontine tournait alors son regard bleu profond, si explicite, de nos yeux d'enfant captivés, vers l'astre prévenant. Nul ne pouvait alors douter en voyant l'air abbatu que figurait la surface lunaire si meurtrie et ses sourcils abaissés sur un regard si triste.

Les enfants bien élevés savaient alors à quoi s'en tenir.

Levant parfois mes yeux par delà les crêtes enneigées, une pensée m'émeut pour celui qui éternellement nous veille sans pouvoir avec nous partager les éphémères instants précieux de nos joies les plus simples.

Gilles.

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