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Dissidences Pyrénéennes.

Dissidences Pyrénéennes.

Infos,patrimoine, politique locale, environnement,

Publié le par puyvalador-rieutort
Publié dans : #Fables

Vert et blanc.

Primavéra, la sève monte à l'assaut des hautes futées. Primavéra, les vaches s'impatientent dans les étables. Le parfum du renouveau est dans l'air !

Primavéra, les maisonnées s'agitent en ruchers enfiévrés que le soleil de mai attise.

Primavéra, rangements, peintures dans les maisons et badigeons de chaux sur les murs des réserves et des étables.

Les bêtes vont s'élancer dans les prairies pour profiter enfin de ce sortir si long de l'hiver. Presque huit mois d'enfermement et déjà les premiers défis pour savoir qui conduira le troupeau.

Cependant, l’œil est aux aguets. Là haut l'épaisseur du manteau est plus conséquente qu'à l'accoutumée. L'air est frais et sait on jamais, une re-chute est toujours possible...

Pourtant, il faut forcer la porte de la nouvelle saison.

Vite aux labours et à la terre qui respire de légèreté. Dérocher, sarcler, bêcher, desherber et enfin planter les "trumfes" alimentaires.

Alors, le sillon à peine ouvert, à mi pente et pied par pied, l'on confie à la terre l'espoir de la future récolte. Il y va du manger et du vivre. Là où le blé n'a pas pris, là où il est mort du gel, la terre vend ce qu'on croit qu'elle donne.

De la sueur sur les échines et du froid dans les mains qui plongent vers elle avec vitesse et précision.

Le sillon refermé, c'est un autre qui commence et la vie paysanne qui poursuit son effort...

Chacun refait le même geste que celui qui l'a précédé et dont celui qui suivra, tentera de reproduire à l'identique. Là est la tradition, là est la culture du bon sens.

Pendant que les troupeaux finissent de se mettre en ordre et que les jeunes courent au "bois joli", le vieux à l'échine brisée par tant de labeur lève ses yeux bleu-gris vers un ciel mitigé. Derrière la múntagnette, les langues de nuages s'épaississent. Il faut accélérer. Vite, toujours plus vite, la fièvre monte d'un cran et le feu dans le dos intensifie ses douleurs parfois jusqu'à l'ivresse dans la quelle la volonté pugnace sert de moteur auxiliaire. Vite, encore plus vite et déjà la terre change de couleur. Elle s'assombrit de peine et vire à la sévérité austère de la terrible réalité.

Déjà, tout nous ramène à l'évidence et le soleil qui se voile n'augure rien de bon.

Vers le bosc nègre, la brume s'accroche aux pins sylvestres. Le froid se fait plus intense. Alors que se précise un retour à l'engourdissement, l'ardeur est à son comble.

La dernière patate plantée et c'est la délivrance !

Le temps de se réchauffer au contact d'un verre de café brûlant et de se réconforter sur des sillons bien tracés et enfin remplis, il faut s'en retourner pour rentrer les bêtes à l'étable. Là haut, une plume d'ange volette doucement sous un manteau épais que plus un souffle d'air ne vient troubler. Puis, une seconde, puis une autre, enfin, dans un silence pesant les nues lâchent leur chargement.

Le vert revient au blanc et le blanc met du gris dans les yeux des Capcinois.

Croire n'est pas leur fort et leurs cœurs savent voir au delà des apparences trompeuses d'un printemps trop frivole. La vie, ici, est plus dure, mais aussi plus réelle en ce qu'elle nourrit âprement les hommes de ce qu'elle leur apporte autant de ce qu'elle leur retire.

Le combat est permanent d'autant qu'il est intensif et doit cesser par la cause du temps. L'ivresse des sens ne s'atténue que plus vite dans ce monde cruel. Sitôt l'espoir renaît qu'il est anéanti et cependant la vie continue inexorablement. Nous sommes sur les hautes terres du Capcir. Basse est la terre qui nous porte, mais, le feu qui brûle dans nos cœurs est plus mordant que l'air froid qui nous inonde.

Vert et blanc, primavèra fugace, aussi sordide qu'un sourire en demi teinte, elle ouvre cependant une œillade complice au travailleur acharné.

Sous la terre, ne se pourrit que ce qui est mort et ce qui est vivant prendra un nouvel essor Protégées dans l'humus et nourries du fumier, si quelques gelées ne viennent faire mentir la promesse, le mois de Juin sera au buttage de ces traits de verdure cachant sous leur couleur le doré de ces pommes qui nourrissent leurs hommes...

Gilles.

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