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Dissidences Pyrénéennes.

Dissidences Pyrénéennes.

Infos,patrimoine, politique locale, environnement,

Publié le par puyvalador-rieutort
Publié dans : #Guilhem...

Entre monts et merveilles.

 

 

Sourdes, sont trop souvent les oreilles !

Écoutes avec le coeur !

Entends tu le métal qui chante sur l'enclume et les battements rythmés de son âme ?

Sens tu sa parole à la trempe brutale dans les eaux glacées venues de la fonte des neiges ?

Ce crépitement de joie, lorsqu'il se débarrasse de ses impuretés, vois tu comme sa chair est profonde au coeur du foyer ?

Guilhem écoutait le maître de forge qui transmettait à son aîné le savoir sans cesse abreuvé de nouvelles découvertes.

D'ici deux ans, il pourra entamer son voyage. Le colossal forgeron riait à pleines dents dans sa barbe roussie par le brasier ronflant. Il est aussi fort que franc et sa patience n'a d'égal que son courage. Ce petit fera bien son chemin !

Les commandes affluaient en toutes sortes d'outils que Guilhem ramenait sans cesse dont on ne sait d'où, ainsi que certaines techniques originales.

De temps à autre, ils expérimentaient de nouvelles trempes, construisaient des moules réutilisables et grâce à la rivière proche, utilisaient la force de l'eau pour manoeuvrer un pilon de taille aussi impressionnante que le maître des lieux.

Les deux ateliers se complétaient à merveille et les minerais utilisés étaient si différents que chaque forge avait ses spécialités inimitables. De nouveaux alliages allégeaient les outils en leur conférant une résistance exceptionnelle. La rouille ne semblait plus devoir altérer la durée de leur vie,

Les trempes additionnées de certains sels d'origine animale donnaient plus qu'une patine aux ferrures les plus simples. Dans les siècles futurs elles seraient encore là pour témoigner par leur longévité d'un savoir faire ancestral ingénieux.

Les apprentis et compagnons se relayaient en permanence et les tombereaux de charbon allaient bon train. Les confréries fournissaient main d'oeuvre et servaient aussi de réseaux pour faire passer l'un ou l'autre vers des terres plus hospitalières.

Même si la noblesse y trouvait son compte en revenus non négligeables elle ne supportait qu'à contre coeur ces hommes libres de leurs connaissances et de leurs sempiternels voyages. Quant au clergé...L'inquisition qui poursuivait son oeuvre de terreur se faisait plus discrète lorsque s'ouvrait un chantier pour une abbaye, un clocher ou pour donner de la lumière aux bâtiments de travail des monastères.

Les techniques et les idées des moines étaient précieux d'ingéniosité et les échanges avec ces hommes simples renouaient une confiance autre qu'avec l'église officielle.

Par les monts passaient des merveilles et les métiers se diversifiaient en amenant immanquablement de nouveaux concepts ainsi que des ouvertures d'esprit cultivant des degrés d'expression si nuancés que les gens d'armes y perdaient leur piètre latin.

Guilhem, malgré une apparente jeunesse qui s'éternisait, semblait de plus en plus absent et fatigué. Son coeur se lassait de ses voyages entre passé et futur.

Partout où se trouvaient les signes, il s'y était rendu. Anticipant sur le futur il connaissait mieux du passé les sentiers tortueux que les hommes de pouvoir imposaient à leurs sujets.

Le sien était une mosaïque aux couleurs nuancées. Tous ces peuples, leurs croyances et leurs coutumes avaient ouvert en lui une perception toujours éblouie des lumières du monde. Plus que les hommes, leurs âmes donnaient l'ampleur de la vérité omniprésente en tout lieu. Pas de visage, mais une force qui régissait et orchestrait en de justes proportions un univers multicolore. Merveille des merveilles en toute chose.

Plus que des relations en tous lieux et temps, Guilhem avait tissé des liens fraternels.

Parfois, il lui semblait que tous étaient ensemble présents aux portes d'un monde libre de ses contraintes naturelles.

Lui l'évadé, le voleur du temps, le mangeur de distances, lui, si amoureux de l'amour.

Lui le désireux, le voyageur patient, lui qui avait vécu plus de mille ans en amont ou en aval de la source de sa vie. Lui, Guilhem souffrait de l'éternel recommencement.

Son couteau de silex en poche l'appelait toujours plus loin. Il lui rappelait aussi le temps du retour et de cette joie simple et débordante dans laquelle il puisait ses forces. Guilhem forgeait continuellement la volonté de s'améliorer pour faire évoluer les hommes vers d'autres concepts.

Né quelque part d'une grotte, il savait que lorsque viendrait son heure, il y retournerait une dernière fois pour s'y emmurer définitivement.

Tant que sa mécanique interne le porterait, il ne manquerait pas d'honorer les siens et le créateur de tant de merveilles. Derrière le mur lisse de la nuit, au delà du tourbillon, il se fondrait une dernière fois dans la légende de l'éternité avec toutes les âmes qui l'avaient précédé et celles qui sont déja là.

Qui sait entre monts et merveilles, si quelque évadé ne trouverait pas les passages de la vérité...

 

Gilles.

 

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