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Dissidences Pyrénéennes.

Dissidences Pyrénéennes.

Infos,patrimoine, politique locale, environnement,

Articles avec #fables catégorie

Publié le par puyvalador-rieutort
Publié dans : #Fables

Raclures, est ce bien là le mot que l'on obtient, grattant au fond d'un tiroir vide de bon sens et d'amour ?

Cet "élégant tiroir", fut il d'un meuble ancien comptoir, que cette poussière lancinante refait toujours à l'identique ce qui reste en surface.

Seulement quelques traces dans cette poussière d'ennui...

Sans compter celle qui s'incruste sous les ongles vernis et qui finit toujours par ensevelir cet organe oublié au fond de sa cage dorée...

Les vieillards incapables d'aimer continuent d'assassiner la jeunesse qu'il n'ont jamais été. Distribuant les jouets inutiles forçant la cupidité comme modèle qui empêche de vivre, de rêver. Penser les pansements de fièvres naturelles, en pharmaciens amateurs de part leurs tisanes et leurs liqueurs, ils préparent patiemment les nouveaux charniers, solutions sans cesse recommencées !

Leurs réponses n'en ont jamais été et toujours recommencée, l'histoire les conduit tout aussi surement vers la même destinée, celle dont ils se refusent seulement la pensée.

Au nom de la sagesse couvée comme un œuf de pierre sur les bancs de tristes assemblées, ils ont usé le sens d'un mal toujours occulté.

Nul d'entre eux, même s'octroyant l'intention mensongère, n'aurait jamais voulu sincèrement que pleinement fut inscrit sur le fronton en pierre du pouvoir absolu le mot Démocratie !

Le pouvoir les gangrène tout aussi surement que le mal qui les fait et dont ils usent patiemment pour défaire la vie, pour la détricoter. Ce mal, avidité, est plus profond que leurs chausses de laine. Ces ogres avides, en se disant hommes dont ils n'en ont que le nom, cultivent le ridicule et font de la médiocrité l'excellence du siècle !

Ce jour là, sous un ciel moutonneux, lourd de menaces, JBS préparait son déménagement. Était ce réellement une fuite ou un retour vers des origines oubliées ?

Abandonnant une histoire, un Pays, une maison, retourner en Espagne tenait un peu des deux, à la fois d'une fuite vers hier pour mieux se retrouver et de la promesse de meilleurs lendemains, juste pour oublier...

Ou, alors... Était ce l'abominable qui au fil des siècles avait jeté sur les routes autant de "marranos" que de pauvres exilés qui n'avaient pas compris assez tôt que le mot de liberté se meurt toujours tout au bout du fusil...

Mais qui sait véritablement le sens de cette histoire mille fois réécrite et sans cesse oubliée et qui revient pourtant juste pour nous importuner... Poussière de vie sur une vie de poussière, balayée d'un coté comme de l'autre de ce monde magique qui dresse sa muraille au nom de Pyrénées.

La vieille demeure familiale regorgeait autant de poussières que de vieux bouquins débordant les bibliothèques, en vagues effondrées sur le carrelage et en piles appuyées aux murs lambrissés. De la cave au grenier tant de livres révélant leurs secrets entre chaque ligne plus qu'au bout d'un point à demi effacé.

L'important était dans le chemin plus que dans la destinée !

Il revint à la mémoire comme une ancienne litanie, cette chanson défraîchie :

L'important, c'est pas le voyage.
L'important, c'est pas le paysage.
L'important, c'est d'avoir envie !
L'important, c'est pas le voyage.
L'important, c'est pas le paysage.
L'important, c'est d'avoir compris !
L'important, ......... pas le voyage.
L'important, ........pas le paysage.
L'important, c'est d'avoir senti
Tout au fond des tripes ce qui vit ici !
L'important, ............. le voyage.
L'important, ............ le paysage.
L'important c'est d'avoir choisi !

...

Ici nulle moisissure, chacun avait conservé son parfum, sa texture, son histoire, son sens et son essence...

Mais que faire de ces navires en attente d'un port, d'un cœur ou simplement de quelque curieux en mal de devenir ?

Peut on réellement choisir ce que la vie nous réserve et quel sort que l'on ne peut choisir ?

Ces livres méritaient de trouver d'autres mains, d'autres yeux, d'autres cœurs, d'autres jambes...

Jean avait couru si vite que ses études ne l'avaient jamais rattrapé.

Beaucoup voyagé, travaillé certes, mais surtout embrassé autant de vies que de compagnes...

Des livres, il en avait vécu bien plus encore que tous ceux contenus dans les cages de verre des maisons bourgeoises. La sagesse imbécile, il l'avait fuie comme l'on court pour laisser un fantôme.

Plus même qu'un livre qu'il aurait pu écrire, il se voyait comme une bibliothèque de papillons, aux ailes mouvantes dont chaque page attendait encore un nouveau chapitre. Pour lui le temps ne s'était pas arrêté et l'espace demeurait ouvert. Il était aussi cet éternel rescapé avec son âme d'enfant, la seule chose en lui encore intacte malgré tant de balafres et si peu de blessures...

Reliures de cuir et simples brochures étalées au sol en paquets anonymes, ficelées, étiquetées, soigneusement emballées, qu'un rayon de soleil timide et respectueux aurait tenté d'en effeuiller quelques heures en l'absence des hommes...

Un livre, du moins ce qu'il inspire vit aussi par lui même...

Même délaissé, ses mots sont des ondes mouvantes dans les esprits, dans les âmes vivantes et jusques aux tréfonds des corps abandonnés.

Chaque pile devenait un îlot avec tant de barques accostées. Ici la mer est belle et ailleurs déchaînée. Là, il fait soleil et juste à coté la nuit épaisse étend sa couverture trouée.

Non pas qu'il ait vécu ce qu'il avait lu, mais il n'aurait pu écrire toute l'essence de ce qu'il avait traversé parce que là bas, dans la réalité, les mots sont vite dépassés. Ils prennent d'autres sens, même lorsqu'ils ne sont pas encore nés, ni même prononcés. Parce que là bas il n'y a pas toujours la conscience pour accompagner les actes. Les intentions ne sont pas des idées, seulement parfois des réflexes aussitôt oubliés. Pour d'autres, avec un peu de malchance, il y avait une caisse ou un trou vite rebouché. Ceux qui s'en étaient sortis erraient parfois encore au bord de la fosse qu'ils n'avaient pas pu quitter.

Que de caisses de bois blanc en fragiles radeaux faudrait il pour sauver du naufrage ce que tant de regards avaient voyagé, demeurant enlacés à une histoire morte ou seulement au parfum de pages jaunies à force d'êtres lues. Que de doigts avides avaient laissé le suint au rebord d'un rêve qui n'était pas le sien ?

Que de portes franchies par les fantômes d’antan, que d'îles retrouvées et de héros déchus au pied d'une quelconque muraille. Fusillés inutiles pour un futur amer réfutant toute haine et cultivant en secret les miasmes d'une mort érigée, en une tout aussi inutile revanche.

Plus que des mots alignés, ces vies qui s'étalent au delà des sens sur les bords de chemins creux, autant de cadavres que d'espoirs martyrisés. Encres passées bues autant par des yeux assoiffés que d'âmes affamées trouvant le papier défraîchi. Lectures dévorées par d'innocentes bouches aux dents acérées...

Tant et tant d'aventures qui se noyaient dans la mer immense d'une conscience secrète dont les rêves ramènent quelques bribes lues ou seulement vécues par d'autres dont nous sommes parfois quelques secondes en conscience, partie, partisan, frère ou ennemi intime...

Réalité fugace qui nous renvoie l'évidence que nous refusons par avance de n'être qu'une infime particule d'énergie noyée dans un ciel immense. Une particule qui n'est plus elle même, mais seulement ce rien d'un tout.

Cette sensation d'extrême renoncement, de l'inutile qui donne le véritable sens à la vie et qui la change à jamais, Jean l'avait trop de fois vécue et tous ces bouquins, n'avaient été qu'un début, une incitation à un voyage amer d'où l'on revient de tout. Un de ces fracas qui perturbe même le passé au point que plus rien n'a jamais été comme avant.

Des souvenirs que l'on raconterait comme une histoire étrangère, une vision effacée par un brouillard douteux qui lasse d'amertume et cette peur si intense qu'elle gomme le silence.

Une peur annihilante de tout et surtout d'elle même au point de n'être plus ni soi, ni un autre. Ce monstre qui avale la vie en faisant des héros et des lâches sans que l'un ou l'autre ait la prétention, ni la conscience de se qualifier d'une quelconque manière.

A quoi bon ces bouquins, les laisser ? Quelque chose d'absent le lui interdisait.

Profitant d'un rayon qui s'attardait en travers du salon, Jean tenta une pause dans ce fauteuil ancien recouvert d'un drap de coton grossier. En même temps qu'il s'abandonnait lui revint un doute, quelque chose ou quelqu'un qui devrait être à sa place...

Les yeux dans le vague, suivant une volute de poussière s'étirant en méandres de diamant, il lui sembla ce rien, cette ombre demeurée accrochée trop longtemps au recoin de la pièce. Trop longtemps pour en avoir imprégné les murs et le parquet !

Une ombre dont il ne resterait que ce regard perçant et cette sensation de froid lorsqu'elle vous traverse.

Surgie du néant des vies brisées, elle se matérialisait autour de ces yeux décidément trop bleus pour se fondre dans un ciel d'automne.

Du fond de son être, quelque chose montait comme un cri étouffé depuis trop longtemps.

Sourd, aveugle, sans voix, la douleur est sa mère, la violence son principe !

Sans mémoire vécue, que reste t'il aux hommes sinon cette salutaire vertu, faculté suprême de sans cesse oublier ?

Peut être seulement, ce fantôme, cette chose enfouie et qui donne à tout un sens, cet amour que rien ne peut engloutir sinon la violence des hommes et qui remonte à la surface comme une bulle d'air vicié, juste après le naufrage.

Saurait on aimer dieu et la vie sous quelconque menace ?

Comment accepter la sentence de pitié qui vous tranche la gorge ou vous laisse sur un talus, une balle dans la tête ?

Fous d'une haine dont ils ont fait leur idole, ces soldats imbéciles crachent leur mépris à la face d'un dieu qui n'a jamais été de leur coté. D'autre part, ceux également fous qui utilisent son nom et font de même à la pitié, bafouant le sacrifié qui leur tend l'autre joue.

Partout, seule, cette fragile liberté, terreau de la vie qui élève le sentiment véritable, le cultive en l'éclairant sans cesse de rayons bienveillants.

Partout, les fous ligaturent la liberté, l'étouffent et par là même tentent de détruire le propre de la vie, cet amour enseveli au fond d'une fosse sous des tonnes d'imbéciles paroles, de préjugés gratuits, de sornettes à la gomme, d'obus toujours menaçant d'une explosion retardée...

Les charniers du monde appellent sans cesse à d'autres charniers sinon à cet homme "médiocre" illusoire réalité d'une volonté cynique élaborée par de "paisibles bourgeois".

Fourvoyés à l'extrême sont tous ceux de l'intention qui va plonger ses mains dans le bourbier des figures sans visage et des amours sans nom, cloués ensemble à cette page comme le furent jadis certains sur le portail de la honte. Fous de cette légitimité par laquelle ils se croient investis au point de condamner par avance ceux dont le seul tort n'est que de respirer le même air et par là même de le polluer !

Il est peu de distance et sinon le même signal qui d'un seul coup, d'un seul, dit qu'il faut en finir, ici, une "bonne" fois pour toutes !

A tous ces fous d'un "dieu artificiel", du quel peu savent seulement quelques mots, Jean aurait pu écrire ce message inutile, qu'ils ne liront jamais :

Vous, enfants stériles d'un amour avorté, orphelins de nature étrangers de la paternité qui vous a engendré.

Vous dont chaque femme est une veuve permanente en puissance, une esclave soumise à la violence et dont nombres d'entre elles, complices d'aberration, ne sauront jamais rien de la féminité, ni moins encore de ce que représente aux vivants le mot humanité.

Vous qui prônez la luxure obéissante à une quelconque idée, mais dont le sang bout d'autant que la peur vous tenaille.

Vous dont la chasteté ne doit le seul mérite qu'à une originelle castration de toute liberté, sinon qu'à votre état sénile de vieux trop avancés.

Vous êtes les meurtriers à coup sur, prétextant le bon droit contre toute innocence.

Lâches, vous êtes les salops au cœur dur, car de cet organe vous ignorez l'existence !

Molle est votre tripe et bien fla ce qui vous sert d’appât.

Inconséquents guerriers de l'inutile, vous sacrifiez la jeunesse et l'espoir à de mornes illusions que vous inspirent vos fallacieux frissons.

Séniles vieillards, impuissants asexués qui prêchez l'inutile remord de ce que vous ne pouvez.

Votre patrie est ce mille feuilles argenté qui vous sert de gosier.

Vos esprits malsains s'habillent d’oripeaux et votre original n'a vraiment rien de nouveau !

Vieilles chiennes en chaleurs, vous tortillez vos fesses en indélicates rondeurs masquant sous un sourire moqueur le fusil mitrailleur.

Pourceaux vautrés dans la légalité dont chaque meurtre est ainsi justifié, vous voudriez que la fange soit le lot de chacun et que sublimés au dessus d'eux vous soyez adulés pour ce monde "meilleur" !

Vous qui criez à l'outrage si quelconque employé venait à se gausser d'un salaire meilleur.

Vous qui refusez à la moitié du monde seulement d'être aussi égale en droit que vous mêmes !

Si vous n'existiez pas, nul effort ne vaudrait pour qu'en un soir d'ivresse l'idée de vous créer ne puisse jamais germer d'entre aucune fesse !

Vous, les épiciers de l'acier qui scandez vos versets comme crachent les canons, les missiles et l'attirail qui fait de chaque morsure la richesse des uns et les souffrances des autres...

Si le ridicule tuait aussi surement que votre bêtise, le monde sourirait à nouveau d'un air enfin renouvelé !

Mais hélas, même la fange ne voudrait pas de vous et chaque fois que l'un s'effondre aussitôt un autre débile est là pour perpétuer le carnage d'un dieu qui ignore l'amour.

Des décombres fumantes, c'est encore l'un d'entre vous qui émergera demain pour nous mettre à genoux !

Borgnes qui ne voyez que d'un œil la saleté dont vous souffrez et qui n'est avant tout que la votre que vous avez si savamment déversé.

Autant épiciers que voyous vous êtes l'absurde et les fous d'une logique de mort qui ne dit pas son nom, préférant la tracer lâchement en lettres de sagesse sur le mur des cités !

Vous êtes la honte de l'humanité.

Hélas, lettres mortes, gratuites, sans espoir de retour de ces portes closes, de maisons vides de bon sens... Pour JBS, même l'inutilité de cette intention dérangeante était un voyage qu'il avait déjà vécu cent fois.

Il est bien vain que de s'adresser à ces sourds persuadés d'avoir raison et qui ne sont que des morts, fous en devenir. Partir, une fois encore, peut être le dernier départ sans possible retour.

Là, s'il laissait quelque livre, à quoi servirait il sinon par un autodafé à incendier le plancher !

A force de désespoir, le monde allait une fois encore s'embraser.

A force d'être déçus des uns comme des autres, les pauvres fous étaient murs pour accepter n'importe quoi, n'importe qui, pourvu que l'on s'en sorte !

Mais, ce qui les attendait leur aurait glacé l'échine s'ils avaient encore en mémoire les fossés jonchés de charognes, les ruines encore fumantes et cette expression de vieillesse prématurée sur des visages creux d'enfants abandonnés.

L'ombre aux yeux si bleus le suivait à présent d'une pièce à l'autre. Il mémorisait chaque meuble dans le volume qu'il pouvait occuper. Pourtant à chaque évaluation s'imposait aussi une histoire. Ici était une lampe abat jour à trois pieds d’albâtre. Là encore l'ombre s'attardait, un livre ouvert sur les genoux, absorbée dans la stabilité d'un monde confortable, bien à l'abri des réalités blessantes, des fous qui n'attendaient qu'un signe pour sauter à la gorge du premier venu, du dernier désigné...

Le regard bleu s'éternisait sur quelque phrase relue maintes fois comme pour trouver un écho bien vivant au fond d'une cathédrale déserte.

Les "vieux" aller entraîner de nouvelles cohortes juvéniles vers l'enfer de leurs imbécile lâcheté.

Ils sont les ennemis de ce qu'ils ont oublié d'être. Tout ce qui abrutit les jeunes est bon à creuser d'avance. Après, il n'y aura ni assez de temps, ni assez de place et il faudra empiler et y mettre le feu.

Pelle mêle, ils se retrouveront tous dans la noirceur puante, dans ces tas aux formes torturées par les flammes d'une prudence qui fit du verbe avoir la fin du verbe être !

Un gros camion était accosté au perron et déjà, l'on commençait à charger les caisses numérotées selon l'ordre établi et le volume restant.

Un va et vient avec ces mots d'efforts et ses gouttes de sueur allant se planter dans les lames grinçantes du parquet. Les meubles à sauver, des livres, des histoires à emporter vers un autre pays dont là bas bien peu de gens sauraient en profiter.

Des hommes d'ici ?

Nulle déception, seulement l'habitude...

Laisser un peu de poussière et rien d'autre que des murs solides au milieu d'un bois qui finirait en fumée ou peut être reprendrait tout, jusqu'à la moindre pierre...

La seule chose qui s'attardait encore c'était cette ombre au regard si bleu qu'un ciel d'automne n'aurait su l'engloutir.

JBS se retourna vers elle et avec ce soupir las de toutes les renonciations, il fit un dernier geste saluant la fin d'une histoire et cette peau ancienne laissée comme une mue.

Derrière les Pyrénées, tout recommencerait ?

Il ne le souhaitait pas, c'est là bas que tout se finirait...

G.

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Publié le par puyvalador-rieutort
Publié dans : #Fables

Un très long retour...

Des dizaines d'années, peut être plus...des siècles ?

Lorsque la capsule se réactiva au fond de ce silo oublié, était ce accidentellement ou seulement parce que l'expérience allait enfin pouvoir commencer ?

Le référent Mû 1618, alias Eggill retrouvait petit à petit le fonctionnement de ses organes vitaux.

Son cœur reprenait le dessus des machines qui le maintenaient artificiellement en état de conservation. Les ramifications des sondes organiques étaient maintenant complètement dissoutes et il devait à présent faire cet effort immense de soulever sa cage thoracique pour respirer.

Lorsque l'air emplit ses poumons totalement, la douleur intense d'une brûlure lui enflamma ses sens en éveil. S'il avait pu, il aurait crié de toutes ses forces, mais la tubulure dans sa gorge l'en empêchait. Il arracha l'objet cartilagineux. Il crut un instant que ses viscères suivaient elles aussi et ce n'est qu'un faible gémissement qui franchit la porte de ses lèvres encore engluées de gel .

La pression interne de cet œuf artificiel retrouvait l'équilibre parfait avec le monde extérieur. Alors dans un silence profond, étrange, le couvercle se souleva. Un léger souffle suinta lorsque le joint principal se décolla. Les vérins peinèrent un peu, puis l'ouverture fut totale.

Le bain isotonique qui maintenait une apesanteur agréable s'était évacué par des orifices pourvus de valves. Il fallait à présent fournir l'énergie nécessaire au mouvement pour se dégager de cette coque de métal et de technologie.

Tournant la tête d'un coté puis de l'autre il ressentit quelques craquements au niveau de ses cervicales.

Alors, il ouvrit les yeux dans une faible luminosité entretenue par un système de diodes réparties sur toute la surface de la voûte du laboratoire.

Personne !

Personne et aucune idée précise de ce qu'il devait faire.

Il n'y avait absolument personne autour d'Eggill pour l’accueillir, personne pour le bilan physiologique. Personne si ce n'était un son métallique entonnant la procédure à suivre dans un décompte se répercutant autant dans la solitude du labo que dans la tête d'Eggill.

Apparemment, il était le seul à être réactivé Au fond de ce silo immense enfoui en secret sous quelques kilomètres de roches calcaires, tout avait été prévu pour que l'expérience de référence puisse démarrer indépendamment de ce qui aurait pu se produire dans le monde supérieur. Seul un ensemble de capteurs auto alimentés reliaient toute l'ingénierie de ce lointain sous sol en définissant si les conditions de viabilité externes et de temporalité réunies étaient favorables au début de l'expérience.

Petit à petit, les pensées émergeant d'un sommeil profond comme des bulles venaient crever la surface de cet épais liquide de la conscience endormie. Flottant durant ce qui lui semblait une éternité dans le sérum qui l'isolait de toute sensation de toucher, il tentait à présent de s'en extraire et de renouer le contact avec la réalité.

Quoique la machinerie de la capsule basculait de temps à autre en position verticale son occupant, la sensation de pesanteur à l'air libre était étrange. Ses repères étaient faussés. Son horizon interne se recalait petit à petit comme si les grains de sable de ses canaux semi médulaires se débloquaient un à un. Chaque geste coûtait. Un peu sonné, il enjamba le rebord de la capsule et tenta de se soulever. Un vertige l'entraînait dans une nausée obsessionnelle. Il se mit à vomir le contenu gélatineux de son estomac.

La soif se rappela à lui par son palais qui redécouvrait l'assèchement d'un air sec, le poussant à surmonter d'un ultime effort cette étrange douleur sourde, lente, mais désormais bien présente. Enfin, il arrivait à s'asseoir péniblement sur le rebord de la machine. Il tendit son pied droit vers la surface noire du sol vitrifié.

C'était chaud. Aussi loin que pouvait porter son regard embrumé, des alignements d'objets semblables à celui dont il émergeait.

Un ronronnement régulier de milliers d'appareillages ventilés avec ses cliquetis métalliques entretenait une ambiance soporifique. Toutes ces petites diodes multicolores qui coloraient les murs comme autant de petits yeux vicelards hypnotisaient le regard jusqu'à saturation. Au delà; tout semblait se répéter à l'infini.

Tout autour, les mêmes couloirs, dont il semblait occuper le centre du point de jonction.

Reprenant petit à petit conscience, Eggill entreprit de faire son premier pas. L'équilibre était précaire et il dut s'appuyer sur le rebord gluant de sa capsule pour enchaîner le second, puis un difficile troisième et tenter enfin d'en faire le tour. Le temps reprenait ses marques relatives à l'effort et l'espace semblait se réduire d'autant que les facultés augmentaient.

Réapprendre ce qu'autrefois devait lui sembler naturel, c'était se réinventer jusques dans le moindre de ses gestes, la moindre de ses pensées, dans ce souffle qui n'arrivait pas à retrouver ses automatismes. Tout était sujet à concentration dans un effort toujours intense.

Petit à petit la pensée semblait renoncer, sursaturée de conscience, pour finalement ré-ouvrir dans le silence la porte du non penser, celle des réflexes, "automatismes personnels" si performants...

Décidément, le corps possédait sa propre intelligence supérieure en bien des points à celle de l'effort volontairement conscient !

Avec la dynamique de l'équilibre en mouvement les gestes se firent de plus en plus précis. Comme dans une évolution lointaine, en redressant la tête, le corps entier suivit cet allant et en découvrant son reflet sur la surface glacée d'un mur d'onyx noir, il se rappela ce plaisir simplement lié à cette identité rassurante par la quelle il se reconnaissait enfin.

Alors, quelque chose se mit à fonctionner dans son oreille gauche. Un sifflement aigu, lancinant qui se délayait en nuances plus graves jusqu'à ce que des mots surgissent épars puis s'assemblant en idées, en images.

Un programme lui dictait à présent les démarches à réaliser. Il se dirigea vers un alignement de cabines étanches et pénétra dans l'une d'elles. Soudain une pluie fine et chaude envahit l'espace réduit et il redécouvrit un peu surpris le plaisir des sensations que toute sa peau lui procurait. Une douche heureuse le débarrassait des reliquats gluants de son séjour amnésique. Il ne pu s'empêcher de boire longuement cette eau, jusqu'à saturation. Elle coulait en lui comme un torrent sauvage qui en bondissant éveille la vie au passage de son flot indomptable. Il redécouvrait sa tuyauterie interne, heureuse elle aussi de se purger des reliquats qui l'emplissaient depuis trop longtemps.

La voix lui rappela les gestes et il finit sa toilette éveillé, prêt aux étapes suivantes.

Dans un coffre gravé à son matricule et à son nom, des vêtements et des rations alimentaires scellées dont l'étiquetage indiquait l'usage et le contenu par le simple contact avec la peau.

Une fois habillé d'une combinaison légère mais résistante qui prenait automatiquement la forme de son corps sans le gêner dans le moindre de ses mouvements, il saisit une ration et s'obligea à redécouvrir le rituel d'un repas. Au fur et à mesure, les goûts appelaient des images floues, des mots, des instants embrumés de nourritures autrefois appréciées.

Était ce réel ou simplement ce que lui disait la voix au creux de son oreille, mais chaque bouchée, chaque mastication ouvraient la porte de sa conscience vers un film qu'il revoyait maintenant avec ce doute étrange d'un vécu qui ne lui aurait pas appartenu.

Dans son crane tout se ré associait. Aux images et aux goûts se mêlait à présent un parfum ou plutôt un ensemble d'arômes révélant la complexité d'aliments eux mêmes révélateurs de choses enfouies quelque part dans les recoins de sa conscience, peut être même plus profondément encore...

La soif le reprit et il ouvrit un sachet aluminé contenant un étrange liquide.

Certainement une de ces boissons isotoniques et vitaminées si fréquemment utilisées à l'époque, que beaucoup en avaient oublié le goût simple de l'eau...

Il y avait aussi dans le kit un récipient particulier qui captait l'humidité de l'air et s'auto remplissait d'eau. Là aussi, un simple contact et chaque objet disait tout de sa nature et de son usage.

Le repas terminé, il nettoya les restes et les enferma dans le sachet prévu à cet effet pour un recyclage immédiat. Il lui semblait que tout ce qu'il faisait, il l'avait toujours su et chaque chose reprenait doucement sa place. Il saisit un imposant container à bretelles, si léger pourtant. Il boucla une ceinture compartimentée et se chaussa de bottillons tige haute à semelle crantée. Aucun laçage, ceux ci s'ajustaient automatiquement à la forme de chaque pied en maintenant la juste pression nécessaire à un maintien confortable ou plus rigoureux selon l'usage. Le tissu intelligent et étanche à ce qui venait de l'extérieur respirait en maintenant un taux d'humidité constant. Il pouvait se durcir tout comme se détendre.

L'ensemble de ses habits pouvait diffuser au travers de sa peau tout traitement médical en cas de contamination.

La voix lui commandait à présent de se diriger vers une porte métallique qui s'ouvrit lorsqu'il fut devant elle. Derrière, une cabine aux murs vitrifiés s'illumina d'images d'un monde qu'il semblait découvrir pour la première fois. D'immenses immeubles bondissaient jusqu'aux nuages avec à leurs pieds un éternel brouillard saturé d'acides que seul un vent violent venait parfois chasser. Un fouillis d'activités humaines semblait animer cette cité et des véhicules en tout genre grouillaient autant dans les airs qu'au sol. Avec une profondeur si réelle, chaque chose semblait envahir l'espace. Tout à coup, Eggill senti son corps s'alourdir.

La cabine s’élevait en prenant de plus en plus une allure folle. Puis, elle ralenti et la porte s'ouvrit sur un couloir immense au bout du quel brillait une étrange lumière.

Petit à petit l'intensité diminua et c'est ainsi que son regard pu scruter un paysage qui lui semblait familier quoique totalement inconnu. Devant lui s'étalait une grande vallée verdoyante peuplée d'une faune impressionnante. Tant d'animaux y paissaient en toute quiétude, pas un seul être humain en vue... L'impression d'avoir à traverser un parc animalier aussi imposant le mit un peu en émoi. La voix lui dit que les prédateurs préfèrent la nuit pour attaquer leurs proies. Peu rassuré cependant, il entreprit la descente. Les reliefs qui bordaient la sente terreuse évoquaient les ruines d'anciennes demeures enfouies sous une épaisse végétation.

Il traversa une harde de biches importante sans que l'une d'entre elles ne s'inquiéta de sa présence. Elles se comportaient comme si elles n'avaient rien à craindre de lui.

Lorsque le soir le surprit au pied des collines, il venait de déboucher sur une voie encore plus large. Elle était double, mais seuls quelques sillons étroits dénonçaient le passage important d'animaux en compagnie.

Alors, Eggill entreprit d'établir son bivouac. Sous une structure moussue, un rideau de lierre dissimulait une zone d'ombre plus marquée.

La voix lui rappelait que dans sa ceinture il trouverait un système d'éclairage et que le container renfermait tout le nécessaire pour son campement.

La frontale diffusait une lumière rouge, douceâtre, mais assez intense pour révéler le moindre relief.

Au lieu d'une petite salle sous la roche, c'était une galerie dont les parois couvertes de concrétions s'enfonçaient dans le néant jusqu'à ne plus en distinguer les contours.

Au sommet d'un cône d'effondrement, il aménagea une petite terrasse et installa ce qui devait lui servir de couche pour la nuit. La voix lui conseillait de ne progresser qu'en plein jour et de garder un champ visuel assez grand pour éviter quelque mauvaise rencontre...

Il entama sa deuxième ration et aprés ce repas léger mais hautement nutritif, il fit l'inventaire du container et de tout ce qui se trouvait dans les poches de sa ceinture.

L'obscurité finissait d'envahir l'extérieur de la galerie. Cette noirceur épaisse rampait au sol et s'insinuait derrière chaque anfractuosité pour s'unir avec celle de la galerie. Bientôt plus aucune forme ne se distinguait, la nuit avait tout englouti.

Il implanta dans le sol une sonde sensée le prévenir en cas d'une visite inattendue et qui devrait selon la voix le protéger. Puis, il s'enfonça dans son couchage reposant sur une épaisse litière de mousse desséchée. Le sommeil l'envahit et il sombra dans un étrange rêve.

Il revoyait une grande cité pavillonnaire dont les rues en pente menaient vers l'autoroute du midi. Sur la droite s'ouvrait un tunnel qui traversait une colline urbanisée à outrance.

D'un seul coup il sursauta à cette pensée et écarquilla ses yeux alors que la sonde émettait une lumière vive et que l'étrange rayon venait de frapper avec précision une masse noire au pied du cône où se trouvait son campement. Un cri aigu transperça le silence.

Puis, l'obscurité reprit l'espace en l'avalant dans une inquiétude qui le conduisit jusqu'aux premières lueurs de l'aube. Nouvel inventaire et rangement, puis il descendit de son promontoire pour regagner l'ouverture de cette étrange galerie.

Un soleil rougeoyant déversait ses rayons sur une terre végétalisée en révélant chaque brin d'herbe, chaque plante dans un air si pur qu'il avait l'impression d'être dans les alpages de son enfance.

Il ne trouva aucune trace de cette masse mystérieuse de la nuit passée. Seulement une petite flaque de sang. L'herbe foulée par une multitude de traces laissait penser à une curée silencieuse...

Il devait demeurer sur ses gardes.

S'enfonçant vers la vallée, il finit par rejoindre les rives d'un fleuve aux eaux cristallines. D'énormes brochets naviguaient en groupe compact non loin des berges, prospectant à la recherche de quelques bancs de menu fretin. C'était étrange, comme s'ils évitaient le milieu de cette eau, plus obscure, plus profonde.

Le souvenir de pêches décevantes, de longues attentes infructueuses, le hantait par cette lassitude d'où l'on revient de tout avec ce goût amer de la fatale et inévitable bredouille.

Aussi loin qu'il cherchait dans ses souvenirs, rien de semblable à ces berges paisiblement ombragées sous d'immenses saules pleureurs qui se bousculaient les uns les autres en marquant la limite des eaux et d'une forêt jeune mais incroyablement dense. Il lui semblait que de son enfance ne remontait qu'un paysage urbanisé, aux rives enfouies sous l'asphalte et le béton.

La voix lui rappelait la consigne sécuritaire. Il fallait qu'il soit particulièrement vigilant et devait quitter le plus tôt possible cette zone sauvage. Le danger pouvait survenir à tout instant de n'importe quel buisson, ou d'une zone d'ombre aquatique au contour mal défini.

Il hésita, mais tout bien considéré, il remonta vers le soleil et du escalader un éboulis de gravas recouverts de mousses et d'une toison épaisse d'agrostis pour retrouver la grande voie double.

En suivant les consignes de la voix, il se déplaça vers d'étranges falaises couvertes de végétation. Puis, pénétrant un labyrinthe aux contours effondrés il arriva au cœur d'une zone au sol parfaitement plat et dont par endroit émergeaient de larges plaques sombres. Bien que la voix ne fit aucun commentaire, quelque chose en lui l'incitait à ne pas s'en approcher.

Depuis le début de son voyage, il avait scruté maintes fois ce ciel si bleu, vide, que ni un hélicoptère ni le moindre oiseau ou encore le plus petit insecte ne venait perturber.

Une paix si parfaite qu'elle devenait gênante. Certes, les animaux qu'il croisait étaient tous des herbivores, surtout des biches, mais l'absence d'humains, ni d'aucune de leurs traces, commençait à l'inquiéter sérieusement.

Au bout de cette longue place, une colline colonisée d'un amas impressionnant de lianes semblait s'agiter à son approche.

Bien que la voix l'incitait à s'engouffrer sous ce monticule foisonnant, il se demandait s'il pouvait lui faire autant confiance que ce qu'il avait fait jusqu'alors...

Tout à coup le sol s'ouvrit assez largement, le silence jaillit et plus rien ne bougea, comme si l'air venait de se vitrifier...

Un large escalier intensément éclairé venait de surgir du néant. Il attendit, écouta en essayant de capter la moindre vibration, mais rien, aucun bruit. Il se décida alors de l'emprunter.

Au quinzième niveau, un long couloir métallique. Au bout, comme un cul de sac, un mur de verre opaque. Quelque chose grésilla et le mur se mit à onduler. Puis, il disparut totalement pour laisser une ouverture vers une salle immense.

Un hémicycle se dessinait en rangées des fauteuils rouges, certainement confortables, mais incroyablement équipés d'électronique en tout genre.

Arrivé par le couloir central, alors qu'il se rapprochait de la tribune de marbre qui lui faisait front, un fauteuil se mit à pivoter vers lui comme pour l'appeler à s'asseoir.

Il hésita, mais la voix se fit impérative et donc, il obéit.

A peine installé, toute une panoplie de câbles et d'engins électroniques le couvrit entièrement. Impossible de s'échapper !

Une série interminable de tests, d'examens, de mesures, rien ne lui fut épargné. Puis, au travers d'un écran plaqué sur ses yeux, l'image d'un personnage âgé vint occuper toute son attention.

-"MÛ 1618, tonnait il, vous avez été réactivé en conformité avec la procédure, expérience 50, suite au programme 21".

"Désolé, mais si vous êtes ici maintenant, c'est parce que plus aucun humain n'est fonctionnel".

"Il vous appartient de vérifier l’exactitude de l'ensemble des relevés et de procéder à la réactivation d'une tranche d'individus proportionnelle aux besoins en cours".

Puis, un programme informatique défila devant les yeux angoissés d'Eggill.

Toute l'histoire de l'humanité se matérialisait en colonnes, en diagrammes et là, il comprit ce qui venait de mettre un sursis majeur à l'espèce humaine.

2016, une chute de neige étrange sur l'état de Géorgie. Une neige qui ne fondait pas sous la flamme d'un chalumeau...

Le programme 21 s'était activé seul et cette neige de nanoparticules touchait l'ensemble des habitants du continent américain. De par le monde des phénomènes similaires furent enregistrés. Les flocons répandirent une nuée de nano robots qui se mirent immédiatement en quête de tout être humain. Curieusement, après contamination chaque personne semblait se régénérer en permanence.

Du fait que la population ne pouvait plus vieillir, dans l'illusion d'une éternelle jeunesse, plus aucun enfant ne naquit. Le monde encore plus égoïste devenait triste et les suicides commencèrent...

En 50 ans, plus aucun humain ne survivait et la nature regagna tout l'espace conquis jadis par les hommes. Une série de secousses sismiques et d'éruptions ravagèrent tout ce qui fut bâti. Les centrales électro nucléaires furent entièrement détruites et libérèrent leurs émanations radioactives.

Les nano robots s'attaquèrent à tout ce qui volait, rampait ou simplement vivait. Par contre chaque contamination fut fatale.

Alors, une fois l'ensemble de la vie animale réduite à néant, la terre réagit en attirant ces diaboliques machines vers un gouffre profond. Lorsque la dernière y pénétra, le magma anéantit jusqu'à la moindre particule des engins.

Les capteurs n'enregistrant plus aucun signe animal de vie, le programme 50 réalisa la libération des espèces conservées dans les silos sous marins, fluviaux et terrestres.

Aucun des silos contenant des oiseaux et êtres volants n'étant fonctionnels, plus aucun d'eux, ni insecte ni être rampant ne vit plus aujourd'hui.

La végétation entretenue par un climat enfin s'étant auto régulé devint envahissante des derniers vestiges. Les lianes recouvrant en grande partie les sondes automatiques, les données actuelles ne sont plus aussi fiables que ce qu'exige le programme.

-"Vous devez intervenir pour rétablir le fonctionnement opérationnel de l'expérience !".

Les données finissaient de défiler pendant que les larmes coulaient sur les joues enflammées d'Eggill.

Il venait de comprendre qu'il n'était pas aussi humain qu'il le croyait. Il n'était qu'un cyborg, voilà où menait la folie technologique qui l'avait implanté de disques durs annexes et de tant d'autres gadgets. Même sa conscience profonde n'était le résultat que de transplantations de données pillées sur d'authentiques humains aujourd'hui disparus.

Lorsque le fauteuil le libéra enfin, il regagna l'air libre de la grande esplanade. Les sondes agitaient encore les lianes et après un ultime regard, il regagna les hauteurs de la mégalopole ensevelie sous un tapis silencieux de végétation.

Arrivé au cœur du silo, il prit les relevés de tous les dispositifs similaires et commença leur destruction systématique...

Au bout de quelques années, il ne restait plus aucune chance de revoir cette espèce prédatrice ayant bâti sa conception de la vie sur le pouvoir centralisé.

Eggill regarda une dernière fois le soleil disparaître à l'horizon et avec lui sombra dans les eaux profondes d'un fleuve revenu à l'état sauvage.

L'évolution était à nouveau à l'œuvre, enfin libérée de l'espèce despote.

G.

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Publié le par puyvalador-rieutort
Publié dans : #Fables

Attendus et craints de tous, ils n'ont jamais cessés d'être là !

La révélation, ce n'est pas eux, mais celui qui vient après...

-"Je ne rêve pas, d'ailleurs, je ne dors presque plus, du moins pas comme je le voudrais.

Pour ne plus penser, je passe mes nuits avec les écouteurs sur la tête et j'entends toute la misère du monde vomir sa litanie, ses fictions et ses réalités faussées par de mielleux propos...

J'entends ces choses construites pour captiver, celles qui sont là pour empêcher de penser...

Ecouter, écouter, écouter...

Je préfère ça aux idées qui m'assaillent, au mal être, à ce déséquilibre d'une conscience malade d'elle même, à cette infirmité qui touche les êtres brisés, étouffer la douleur du cœur déchiré mêlée à d'autres souffrances dont on feint d'ignorer la torture.

Ecouter, écouter, écouter...

Voir et oublier, puis, ne plus regarder ce qui se trame, mais entendre, entendre avec mon cœur malade et pas avec cette partie de moi qui jacte ce qu'elle peut de délires raisonnés.

Les cigales métalliques crissent un tissu toujours présent mais qui se fait plus léger avec l'épuisement. Comme si tout ralentissait avant d'être englouti.

Ecouter, écouter, écouter...

Je refais le tour de tout ce que le soleil a éclairé de réussite. Je laisse au sombre versant l'obscurité de la défaite. Les paysages défilent, les ambiances, les regards dérobés et ceux complices d'un secret si personnel...

Je n'arrive plus à m'émerveiller de ces choses simples et naturelles. Je sais que c'est beau, mais je ne ressent plus ce serrement, cette joie d'être en vie là, simplement.

Il ne me reste plus que ce bruit de fond pour cacher cette voix stupide qui m'angoisse, qui commente tout. Alors, je me noie dans l'absurde de tous les mensonges, de tous les dénis, jusqu'au K.O, jusqu'à ce que je finisse par renoncer, que je sombre, abandonné dans le puits profond du néant vers cette petite mort d'où l'on revient de tout.

Ecouter, écouter, écouter...

Chaque nuit est un naufrage et chaque matin, j'émerge dans la douleur de l'obscurité d'un répit trop court. Viennent alors ces gestes sans cesse réappris, ce rituel d'automate désarticulé qui s'efforce de survivre sans trop savoir pourquoi. Ma carcasse résonne du cliquetis de mes os qui s'entrechoquent à chaque pas. La raideur m'accompagne avec la douleur son amie.

Puis, le besoin d'un silence impossible. Ces sifflements aigus, lancinants qui reprennent le dessus comme une foule de cris perçants qui clouent le moindre raisonnement. J'ai fini par les supporter et finalement ils masquent assez bien ce que je ne veux entendre.

Ecouter, écouter, écouter...

Enfin des images, des formes, viennent les fantômes de la nuit glissant dans la faible lumière du petit matin. Des projets, un ordre qui prend formes et reliefs. Tout s'éclaircit, les cris deviennent murmures. Je vois, j'entends, je comprends, je ne crois plus, je sais et je connais chaque pas, chaque marche pour les avoir partagé, pour les avoir vécu avec tous ceux qui les ont fait.

Là, je le vois, c'est lui, celui qui était là avant. Lui, l'un des quatre destructeurs. Je dis son nom et il s'éloigne. Ses frères se dressent le long des murs. Chaque nom les éclaire et ils replongent aussitôt dans l'obscurité du néant.

Ecouter, écouter, écouter...

Les fils du sacrifice ne meurent jamais. Chaque jour ils sont là tenant les hommes sous leur pouvoir perfide. Eux qui ne sont rien, enfants du néant dont on a fait des dieux sanguinaires, ils réclament leur dû quotidien.

L'un est richesse, sur son cheval argenté il asservit les esclaves de l'illusion.

C'est lui le grand menteur. Il possède ceux qui croient posséder et vend toujours très cher ce que l'on croit qu'il offre. Damnation éternelle à tous ses serviteurs.

Le second est pouvoir sur son destrier sombre aux sabots ferrés d'acier. Il piétine les hommes, asservit les femmes et transforme les enfants en vieillards desséchés. Seul l'esprit l'intéresse, le reste est insipide, inabordable et si inaccessible de simplicité.

Aveugles et cruels sont ses sujets, marionnettistes manipulés eux mêmes. Rapaces promis aux tourments de la faim éternelle, jamais rassasiés de mensonges, de fausses promesses. Ils se prennent pour des grands mais sont si ridicules qu'un moindre grain de sable leur paraît une montagne. Prisonniers de leur état en quête d'éternité, feuilles mortes balayées sans cesse par le vent de l'histoire.

Le troisième est haine sur sa monture en peau craquelée, tout en nerfs en dessous. Il grandit et se renforce avec le temps. C'est le grand dévoreur, l'ogre insatiable. Seuls en sont préservés les cœurs purs, les petits en bas age.

Rictus en masque d'un cœur qu'ils se sont arraché, ses serviteurs hurlent leur folie parfois en mots éteints, vides de sens sinon du venin qui tout consomme. Leurs maux sont pleins de fiel et de dents, de crocs, de rancœur qui les détruisent de l'intérieur bien plus qu'ils n'en projettent alentours.

Le miroir est leur ennemi et chaque fois qu'ils se voient, alors fureur grandit enflammant leurs sens bouillonnant de bile. S'ils n'étaient si lâches ils iraient jusqu'à tuer eux mêmes.

Le quatrième est rejet qui dresse tant de murs d'indifférence sur les os blanchis de son destrier.

Le maître des nœuds, l'étrangleur qui se nourrit de silences et de regards fuyants.

Il se vêt de la peur, de la sueur des lâches et abreuve le sol du sang des innocents.

Il toise du regard ceux à la main tendue, au ventre affamé, mais aussitôt le détourne lorsque sur un visage famélique apparaît une lueur d'espoir.

Ses serviteurs sont des ombres rampantes fuyant au moindre vent toute réalité. Ils sont légions aussi sourds qu'aveugles volontaires. Leur cœur est desséché. Ils sont vides de tout sens. Le déni les empli comme outres de vin mauvais.

Ecouter, écouter, écouter...

Tous vivifiés dans la mort du sacrifié. Ils se repaissent des chairs putrides, des carcasses refroidies, sans cœur. Ils sont les avides d'âmes égarées. Ils en font l'élevage et ne manquent jamais de bétail.

Les quatre sont toujours là derrière le rideau quotidien de l'aube naissante. Ils sont dans chaque rue, chaque jour les voit grandir un peu plus. Chaque nuit les éclaire. Ils connaissent tous les lits de la terre.

Incrédules, la plupart du commun tressaille en croyant que demain ils viendront les étreindre alors qu'ils sont déjà là, parmi eux, en eux, ils ne nous ont jamais quitté !

L'enfer, c'est tous les jours, toutes les nuits, il n'y a aucun repos.

Alors, riches et puissants, tremblez car le fléau penche de votre coté. Bien que dénués de cœur, si votre esprit dépasse le poids d'une plume vous serez broyés sous la meule infernale des jours et de l'ennui. Où que vous soyez, seule la mort vous délivrera du poids de vos erreurs, mais il sera trop tard pour racheter le prix d'une vie insignifiante...

Finalement vous n'aurez trompé que vous mêmes. Le manteau du déni s'envolera révélant la misère.

Que seront vos actes s'ils ne sont pas sincères, en quoi allégeront ils tant de négligence d'orgueil et de mépris

Oyez, oyez, oyez !

Il est temps car chaque jour est une fin en soi et un jour tout finira..."

G.

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Publié le par puyvalador-rieutort
Publié dans : #Fables

Dans l'arrière salle du café de Dédé, les habitués sont venus se retrouver après la réunion inter syndicale...

...

-"Tu crois qu'un type qui sait pas ce que c'est que de bosser réellement, je veux dire avec ses mains, son corps, avec sa sueur, avec le stress de fin de mois, il peut savoir ce que c'est ?

Tu crois qu'il est capable de comprendre ce qu'il se passe dans une boite ?"

-"Comprendre, ça peut se faire s'il va voir ceux qui bossent et qu'ils lui disent vraiment ce qu'ils vivent. Mais, faut il qu'ils puissent lui dire la réalité des pressions qu'ils subissent, leurs angoisses et toutes les rivalités sous l'emprise de la jalousie et de la soumission. Puis, faut qu'ils en aient envie de lui dire, puis qu'ils sachent comment."

-"Le problème dans cette histoire, c'est qu'il y en a plusieurs. Tiens, prends le contremaître qui veut faire gicler celui qui lui revient pas, qui voudrait sauter la petite dernière et qui a tellement besoin de pognon pour faire ce qu'il a envie... Vu qu'il est tenu par la bourse et que sa femme lui fout la pression autant que le patron, comment veux tu qu'il ait envie que quelque chose change pour les ouvriers si lui n'en touche pas la meilleure partie ?"

-"T'as vu le boss, il flippe s'il doit embaucher, parce qu'il sait qu'il l'aura duraille si ça change, si les commandes sont en baisse, si t'en as qui font plus l'affaire... Les intérim, ça coûte un bras et puis c'est pas la solution, ça dépanne, mais au delà, ça vaut pas un gars sur. Puis faut faire plaisir aux actionnaires, sinon ils se barrent et déjà que c'est pas la joie vu que ces princes ils fourguent leur oseille à l'ombre des cocotiers..."

-"Faut pas oublier qu'avec tout ça, le temps passe et ça s'arrange pas. Je veux dire qu'on vieillit tous, plus ça va, plus c'est duraille !

Je te dis pas, avec des douleurs, la fatigue qui te lâche pas, vu que plus ça va et moins tu récupères bien, forcément tu peux pas faire autant qu'un gars qui connaît le boulot et qui a encore la patate !"

"-T'en fais pas, si le boulot est pas délocalisé, c'est des robots, eux sont pas fatigués et si ça arrive qu'ils s'usent, ben, pas besoin de les licencier. Ils les changent !"

-"T'en as qui croient que les apprentis ils sont là pour faire leur boulot à leur place. C'est pas le boss qui va leur expliquer ce que c'est l'apprentissage, vu que lui il l'a jamais fait et encore moins le tour de France !"

-"Ouais, ces couillons, je pense bien qu'ils le savent, mais qu'ils font comme s'ils savaient pas, ça les arrange, comme ça, s'ils se font coincer sur un truc qu'ils ont clairement décidé en sachant ce que ça va causer comme dégâts dans les familles, ben, ils font comme s'ils savaient pas. Ils s'en foutent, ça les empêche pas de dormir !"

-"T'as vu le "délégué", quel comique. Vas y qu'il te bourre le mou pour ceci ou pour cela et après, c'est lui qui tire la couverture à lui !"

-"C'est parce qu'il causait bien qu'il est délégué, y'en avait pas d'autre qu'avait envie d'aller causer avec le contremaître et le patron. Il connaît les rouages, comment ça fonctionne là haut.

En plus c'est les jaunes qui l'ont choisi..."

-"Si y'avait pas de syndicat, qu'on votait à main levée tous les changements d'horaires ou les conditions de travail, ben, t'en as un paquet qui lèveraient jamais la main vu qu'ils ont la trouille de se faire mal voir ou carrément qu'ils se foutent de tout !"

-"Y'en a même certains qui sont "Multi cartes" syndicales, comme ça, ils sont protégés de partout, mais tu les vois dans aucune réunion et en plus ils font la lèche..."

-"T'as vu tous ces intellos qui planchent sur le code, ils sortent de l'ENA, vu l'état du pays, je dirais qu'ils sortent de l'école des ANES. Ils peuvent rien faire de bon, vu qu'à part scribouiller et causer, ils savent rien faire d'autre..."

-"En attendant, c'est eux qui décident et plus ça va, plus y'en a et plus ils se gavent !"

-"C'est pas demain la veille que des gus comme eux voudront s'intéresser à ce qu'il se passe dans la vie des gars comme nous. Puis, déjà qu'ils s'en foutent pas mal de nos gueules, en plus, ils vont pas aller contre ceux qui leur filent du pognon pour leurs campagnes !"

-"Bon, nous la grève on la fera, on ira à la manif, mais comme d'habitude, t'as tous ces corniauds qui s'en iront bosser au noir et les autres qui resteront chez eux à glander devant la télé..."

-"Mais, si nous on n'y va pas, ben, tu crois qu'ils vont se gêner pour nous saigner un peu plus ?

Tu crois pas que ces enfoirés, à force, ils vont pouvoir virer qui ils veulent et même payer de moins en moins, pour eux s'en foutre plein les fouilles ?

On n'est que de la bidoche bonne à bosser et à fermer sa gueule et si c'était possible, ils faudrait le faire gratos..."

-"En tous cas, les mecs de la "self d'été", ils ont les boules, comme d'habitude leur syndicat dit Amen à leurs copains qui sont au pouvoir, normal, à la centrale, ils bouffent aux deux râteliers. Je suis sur qu'après ça, t'en as qui vont aller chercher ailleurs, ça s'est déjà vu..."

-"Les jeunes seront là aussi, ils ont pigé, mais les trois quarts, resteront chez eux. C'est parce qu'ils s'en branlent pas mal. Ils croient qu'ils sont plus malins, ou que ça les concerne pas ou encore parce qu'ils ont la trouille de se faire taper sur la gueule !"

-"Toutes façons, avec le service d'ordre qu'on a goupillé, les casseurs, ils viennent plus nous friser les moustaches. Ils vont vers les poulets parce que là bas ils savent qu'ils craignent moins qu'avec nous, vu que souvent ils les laissent faire, exprès !"

-"Des cocos, vu qu'il y en a un paquet qu'ont viré la cuti pour aller chez les affreux, ils seront pas nombreux non plus. Bon, parlons pas des flamands roses, à part la hollande, ils savent plus où aller..."

-"C'est pas la première fois que les vases communiquent, en quarante, c'était pareil. Sauf que là, c'est pas le parti qui a eu l'initiative, c'est les gus qu'en ont ras la tasse !"

-"T'as vu l'embauche dans les boites, ils devraient faire habiller tous ces gars en jaune, vu qu'ils sont payés au lance pierre avec un élastique, ils risquent pas de prendre des risques !"

-"Comment tu veux qu'ils se syndiquent, ils ont la trouille de se faire virer. Mais dés qu'il y a un problème, vas y qu'ils le font, juste pour se faire défendre aux prud'hommes ou au TA, toucher du fric et après, tu les vois plus..."

-"C'est comme les vieux, ils commencent à descendre dans la rue, eux aussi. T'en as pas mal qu'ont vu leur retraite baisser, ça sur le coût de la vie qui s'affole et puis avec le coup de la TNT et maintenant celui du décodeur, s'ils doivent changer de poste, ça va les gonfler pas mal. Mais, ils ont plus vite fait d'aller bourrer les urnes avec leur amertume que d'admettre que c'est parce qu'ils ont jamais bougé qu'ils en sont là !"

-"T'as vu le coup, y'en a qu'ont posé des congés pendant la gréve, comme ça, ils sont payés !"

-"C'est sur qu'aujourd'hui le gars qu'a des emprunts sur le dos, ça lui fait mal s'il encaisse pas à la fin du mois !

Mais, bon, c'est comme ça et les patrons ils ont toujours joué sur la longueur, comme ça ils essoufflent les mouvements et les revendications vont à la baisse. C'est pas pour rien qu'ils nous foutent la jaunisse dans les pattes !"

-"Là, c'est pas le patron, c'est pire, c'est des types qu'on a voté pour eux et qui nous le mettent profond. Maintenant que ça bouge, ils savent plus comment faire plaisir à leurs copains en nous baisant mais que sans qu'on réagisse trop. La samba, ça finit toujours sur un mauvais pas, mais c'est toujours sur nos panards !"

-"Toutes façons, ils sont cuits, même s'ils font semblant d'y croire, aux prochaines élections, ça va bouger !"

-"Vu que c'est pareil les uns ou les autres, on sera toujours les baisés, raison de plus pour pas se laisser faire !"

-"Ils touchent le code du travail, mais t'en fais pas qu'ils vont pas réviser leur statuts de privilégiés. Là il y aurait des économies à faire !"

-"T'en fais pas, quand ils pondent quelque chose, c'est avec le bec et surtout, faut pas qu'ils l'aient dans le cul !"

-"Bon sang, la constitution, faut pas rêver, s'ils la révisent, c'est pas pour qu'on puisse y redire quelque chose, t'as bien vu, c'est pour cacher qu'ils sont pas foutus de gérer la merde qu'ils sèment et qu'ils nous font bouffer !"

-"Bon les gars, ça fait pas avancer le schmilblick, demain on se revoit pour fignoler les détails. Essayez de rameuter le max autour de vous.

Allez, ciao, demain même heure !"

G.

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Publié le par puyvalador-rieutort
Publié dans : #Fables

L' Anti "train train" de nos désirs...

Combien de trains passent sur les quais, tels des vaisseaux fantômes, survolant les voies ?

Combien qui ne sont pas et que l'on ne construit que par nos rêves, nos envies ?

Combien de ces trains que l'on ne prend pas ?

Combien de voyageurs leur préfèrent les rames bondées de la triste mais si rassurante utopie d'un quotidien malmené ?

Masses agglutinées, flot intarissable de l'absurdité, inertie d'un troupeau affolé qui se rue dans des compartiments étroits, aux fenêtres fermées sur un paysage qui défile trop vite...

Les rails qui imposent un chemin unique sont forgés de détermination et chaque gare n'est que résignation. Le seul terminus finit dans une impasse, un cul de basse fosse où sombrent les wagons de la terrible illusion.

Serrés dans leurs costumes, attachés à leurs ceintures qui les découpent mais les rassurent, les voyageurs de l'inutile bravent une nuit de choses futiles.

Chaque arrêt les étonne, chaque départ les surprend. Aussi lents quand le temps accélère, que pressés à se vomir lorsque vient l'étape d'une gare incertaine menant à un travail, à une étable soudaine...

Ceux de ces trains là ont loupé le seul train qui pouvait les conduire au delà des vallées, au delà des cités. Ce seul train bien réel et qui ne se révèle que parce qu'on le construit de ces envies de vivre autre chose que les mensonges d'un buffet froid, tel un hall de gare vide de toute espérance. Les distributeurs y sont toujours bien garnis, mais la monnaie manque souvent au moment de payer cette barre chocolatée, unique fourberie, qui nous sert de bâton et qui n'est que déni.

Bien que foule abêtie, ils sont seuls, égoïstes dans leur vie. Voyageurs trop prudents qui épuisent les horaires en destinations résignées, en quai de vie abandonnée...

Ce train qui n'existe que si on le réalise est bien vide de valises.

Peu s'y éternisent et chacun en descend là où il met un terme au voyage imprudent, à ce réel bonheur que de vivre ses rêves et laisser sur le quai l'absurde vérité.

Lorsque l'on a compris, peu importe la fin, tout est dans le trajet, car plutôt que mensonges, il est réalité.

Nomades solitaires, voyageurs imaginaires au pays du bonheur, toujours les mains tendues vers demain et le cœur ouvert à chaque montée. L'éternité est un leurre que vous savez déjouer d'un sourire moqueur. Rien ne vous résigne à attendre, à monter, à descendre et vous le faites pourtant lorsque le train disparaît dans un nuage blanc, ou sous un cocotier...

Un sourire d'enfant ou le mot doux d'une mère, d'une épouse, d'un frère ou d'un ami sont votre ticket gagnant à la grande loterie. Chaque fois que vous le voulez bien, vous êtes dans le train de la seule réalité, celle qui embellit la vie et accroche aux fenêtres des wagons les plus beaux paysages.

Cette seule réalité vaut tout le voyage. Elle tient lieu de bagage et ouvre vers demain les cieux au milieu des nuages.

Alors que sont ces riens de paroles futiles que débitent démagogiques et rhétoriques, de bien mauvais arbitres agitant leurs drapeaux pour donner le signal à tous ces trains trains de vie qui mènent au bourreau ?

Le voyage est ailleurs... Le bonheur est ici !

Si chacun aujourd'hui saisissait un instant la rame de la vie et celle de l'envie, plus de trains dans les gares, seulement le souffle d'un vent qui regonfle les voiles et balaye les papiers de quais abandonnés.

Devant la cheminée ronflante de plaisir, le dos tourné aux écrans fumigènes aux néons de la ville, à ces absurdités qui justifient le meurtre en seule destinée, nous serions des enfants souriants, qui font de cette envie de vivre l'éternel des talents.

Fini les stratégies de ces princes déchus se prenant pour des dieux, écrasant sous leur botte l'espérance et l'amour et qui de nos vies font une prison sans doute, bâtie sur le mensonge et sans plus une seule écoute.

Beau désordre rythmé aux marches des sifflets et rues enflées de toutes les rancunes, les cités interdites au sourire et aux fleurs enfin désertées s'ouvriraient au voyage immobile qui grandit en chacun, sans heure ni lendemain et qui fait une fleur épanouie au lieu de nos destins assombris par le deuil d'être déjà demain.

L'éternité insaisissable est dans l'instant qui s'enfuit, seul est au présent ce train de nos envies.

Reposez vos cartables d'étudiants obstinés et ouvrez donc la porte vers la réalité !

Laissez glisser les trains vers l'ennui de tunnels en cascades, résonnant d'un tumulte assourdissant que nul oiseau n'envie.

Redevenez sereins, alouettes ou pies qui volent au dessus des pigeons qui n'ont rien compris.

Ce train de nos bonheurs circule déjà en nous à toute heure du jour dont le soleil efface par l'amour véritable la trace de l'ennui.

Face au monstre glacé, au regard impassible, au sang froid et au sourire tordu par toute manigance, cultivez vos pensées et vivez l'espérance de ce que vos wagons demeurent plus légers que la plume qui vient de les tracer.

En voiture, voyageurs imprudents et vivez le voyage de l'aube au firmament jusqu'au delà des étoiles et des rails imbéciles. Ici, nul contrôleur que vous n'écrira le bonheur ou y fera un trou !

Souriez à la vie et vivez cette envie d'aimer, du passage d'un ange qui est réalité...

G.

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Publié le par puyvalador-rieutort
Publié dans : #Fables

La goutte d'eau...

Dans un autre monde, une autre dimension où tout fonctionne à l'envers de celui ci, au fond d'une caverne vivait un vase toujours vide.

Chaque fois qu'un des occupants quittait l'endroit, le vase se remplissait d'une goutte d'eau.

Chaque fois qu'il en venait un, c'était l'inverse.

Or, le vase était toujours vide.

Jusqu'au jour où, précisément suite à des obsèques d'un mort qui ne voulait pas mourir et d'un vivant qui était mort sans le savoir, quelques uns jurèrent que le vivant mort ne serait jamais le mort vivant...

Un poison fut élaboré à base d'hellébore...

Versé dans le vase à l'insu de ceux qui l'avaient distillé, il fit office de contenu attirant tant et plus d'eau que la sécheresse d'un hiver gelait à pierre fendre. Les mots n'étaient pas dits et des maux en firent le maudit. Peut être était ce l'inverse aussi !

Le vase se remplissait, la caverne se vidait et les pierres se fissuraient.

Vint alors un temps, celui de la goutte d'eau qui fit déborder...le vase.

Alors, ceux qui étaient encore là et las le furent d'autant plus qu'hélas ils accusèrent la goutte d'avoir fait déborder le vase.

Soudain, le vase se mit à parler d'une voix que nul ne connaissait puisqu'ils ne l'avaient jamais entendue...

-"Vous qui vous lamentez et faites des pleurs le malheur, voyez comme l'eau cours de vos discours !

Poissons d'un poison que vous distillez sans cesse et qui rajoute ce qu'il fallait ôter, que vous n'eussiez bue cette eau croupie plutôt que la verser et de la préserver là où elle finit par déborder !"

Le vase s'agitait maintenant au dessus des têtes tremblantes et résonnantes de tant de pleins qui avaient fait le vide...

-"Plutôt que de fermer le robinet de vos cœurs que n'eussiez vous ouvert celui ci. Vous murez la porte d'entrée et dans la noirceur d'un tombeau le vivant soleil ne peut plus ni entrer ni faire évaporer ce qui vous tue en vous laissant croire qu'il vous fait vivre !

Vous faites payer un droit d'entrée si cher et si amer, que rares ne viennent et que petit à petit tous s'en vont."

Alors, voyant qu'ils ne comprenaient rien à rien, le vase se mit à vomir tant d'eau et de poison que tous périrent noyés dans la caverne où ils s'étaient enfermés.

Sous la pression, la porte cédât et l'eau se répandit à la surface du monde.

Ce premier déluge ne vint pas des cieux, mais bel et bien du poison distillé dans le cœur des hommes...

Eux qui ne voyaient que des ombres sur les murs de leur caverne finirent par en devenir aussi dans leur cœur racorni de tant d'inondation.

Est ce vraiment la faute de cette dernière goutte, de toutes celles qui la précédèrent, ou simplement du poison qui agit en chacune ?

Seul le soleil qui sèche les larmes connait le remède en accordant le pardon.

Il est au fond d'une caverne un vase toujours vide et des cœurs pleins d'une eau de jouvence et qui rient au soleil qu'ils partagent en le laissant entier au plus profond d'eux mêmes...

Le conte aussi profond qu'il soit paraîtrait achevé pour ceux qu'éclaire une certaine lumière, s'il n'est cette question errant autour d'un tombeau : -" mais où en est le niveau ? ".

Laissons donc les morts avec les morts et les vivants bien vivants sous un soleil qui vide les coupes amères et finalement ne fait seulement pleuvoir que des larmes de joie...

G.

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Publié le par puyvalador-rieutort
Publié dans : #Fables

Robe de nuit...

Même pas ce murmure soyeux qui caresse de longues jambes dorées. Aucun frôlement à l'approche subtile de cette panthère mystérieuse dont la parure est mouchetée d'une multitude d'astres scintillants. Seulement cet imperceptible que l'on sent, sans vraiment le savoir.

Elle glisse sans bruit sur les épaules du monde entraînant dans l'ivresse et le sommeil tous ceux et celles qui jusqu'alors veillaient.

Quelques fois sur un cycle, au détour d'une invite, elle est robe magique que l'on revêt l'espace d'une nuit. Elle nous accompagne, bienveillante, jusqu'à l'aube promise.

Une seconde peau dans une autre vie, là où le silence règne d'une constellation à l'autre et qui inonde la mer de vagues éclatantes et de sourires sincères les visages d'enfants aux cœurs épanouis.

Tissée de tant de distances infinies que le vide lui même révèle la beauté de cette plénitude.

Alors qu'un trait de lumière en naissant du silence traverse l'infini, le voilà qui s'amplifie jusqu'à ce qu'éclatante, la robe sombre s'illumine de tous feux qui se rejoignent enfin.

Immense à en perdre la raison, elle est sagesse du monde qui contient ce qui est et tout ce qui viendra. Puits sans fond, sans être abîme, elle accouche sans cesse d'elle même comme une éternelle promesse renouvelée en se réalisant.

Ici vit un soleil et là une ombre glisse. Chacun en est pareil dans ce tissu magique qui plus qu'une parure est essence de vie.

Vois tu ce noir profond si lumineux en somme que tes yeux aveuglés se ferment à jamais lorsque l'aube parait.

Passant d'un monde à l'autre en voyageur léger, il ne reste de trace que le souffle du vent sur le voile éternel de la robe étoilée.

Alors le naufragé, se croyant solitaire, s’aperçoit soudain que la mer le relie, plus que ne le sépare. Il n'est plus d'îles perdues et de cœurs ravagés sur les récifs amers.

Seulement, demeure cet infinie bonté qui ravive les feux de phares immergés.

La nuit ouvre ses bras en lumière d'amour où certains se consument et d'autres flamboyants y font durer plaisir éternellement.

Si la main s'aventure sous la soie divine et mouchetée, alors chavire le regard et la raison qui s'enfuient de silences consentis en larges traversées.

Le marin retrouve sa fiancée et les ports se font si voisins qu'en laissant à peine l'un, déjà l'on est dans l'autre, accosté.

Plus rien n'est séparé qui se retrouve enfin simplement, parce qu'un jour dans une nuit, il est né à ce qu'il n'a jamais cessé d'aimer, d'être et de devenir.

Grain de sable ou soleil sur la plage divine, essence de l'arbre et ombre de son ombre, il est le tout et le rien qui enfin se confondent comme couple enlacé sous le voile mystérieux d'une si belle nuit d'été.

Celui qui tombe se relève avant qu'elle ne s'achève et toujours transparaît de lumière divine son cœur ébloui, diffusant lui aussi à l'unisson la souveraine harmonie.

Robe envoûtante qui emporte les nuits et les regards d'enfants dans le ravissement de l'univers infini. Si présente à la fois qu'entre le haut et le bas s'y reflète sans nom l'état d'un miroir si discret et subtil que plus que de la voir l'on ressent sa présence.

Marées et moissons en vagues déferlantes y disputent saisons et tourmentes de neige du fond des océans aux crêtes élevées.

Et, pourtant, c'est en paix de la suivre que nous la retrouvons épanouie et sereine dans les rires d'enfants. Leurs yeux scintillent de cet éclat de vivre et de joie qui inonde les cœurs de ceux et celles s'y attardant aussi, en reflets palpitants. Alors, étouffant toute peine, toute haine et sans peur, resplendit cette robe d'envie de vivre, toute faite d'Amour et qui nous va si bien. Nous la revêtons sous l'invite pressante qui guide nos pas de voyageurs dès que nous le pouvons en écoliers champêtres d'écoles buissonnières, dénicheurs de pies et riants au sifflet moqueur de ce merle émouvant qui fait de la rosée des perles de diamant et de nos cœurs ravis un écrin permanent.

Soyeuse, elle est la vie par son intelligence qui fait de chaque chose une chose parfaite. Alors sourire aux lèvres si l'on s'endort en rêvant, le monde nous appartient que nous croyons tenir autant qu'il nous retient dans le creux de sa main.

Demain sera demain et bien plus qu'aujourd'hui, sous la robe éternelle je vous souhaite de glisser bellement vers une bonne nuit...

G.

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Publié le par puyvalador-rieutort
Publié dans : #Fables

Mario, marionnettiste...

Par ici braves gens !

Venez voir le seul, l'unique spectacle, celui qui vous surprendra, car vous ne connaissez rien de semblable !

Mario s'agitait sur cette place du marché aux volailles. Il avait beau gesticuler son géant de papier, les gens passaient sans faiblir dans leur course imperturbable.

Le soleil s'avançait dans un azur si profond que même les ombres se tassaient sous les pas précipités. La chaleur montante des pavés avait dévoré les dernières traces de l'ondée matinale. Maintenant, les odeurs acres des légumes passés et des fientes de gallinacés se mêlaient en un bouquet peu ragoutant.

Ç' en était presque à vomir tant le souffle manquait au sein de cette grande place.

Lorsque l'astre amorça son déclin, les étals se vidèrent un à un en laissant au sol immondices, bouts de ficelle et plumes collées sur un bien triste tableau.

La barraque foraine de Mario fanait ses rouges insolents sous un désert de feu. Lorsque la voierie balaya scrupuleusement chaque pavé et inonda la place d'un concerto d'injures, le rideau du petit théatre de Mario tressaillit, croyant venue l'ultime injure de la déchirure.

Un zélé au balai énergique tenta pourtant la manoeuvre. Mais, au moment de tirer sur la toile, il disparut aussitôt dans les nuages.

Un pataud, hirsute et sans collier s'approcha pour se soulager. Avant qu'il eut levé la patte, le voilà arraché au sol et de s'évaporer lui aussi.

Des rires fusèrent en voyant la scène ridicule.

Alors que la nuit tombait en costume de velours noir et que mille et mille percées rayonnaient de lumières étoilées, quelques badauds curieux se hasardèrent devant l'étrange théâtre de rue.

Mario les invita à prendre place et voici que confortablement assis ils assistèrent au plus fabuleux spectacle de leur vie.

Lorsque le rideau s'ouvrit, ils se crurent face à un miroir d'argent. Mais, à y regarder mieux, de longues ficelles tenaient leurs répliques sur une scène si coutumière qu'ils ne furent pas surpris de voir les pantins gesticuler à leur manière.

Le spectacle était comique au possible à tel point que de temps à autre un spectateur s'évanouissait dans les airs.

Arrivant à l'apothéose, tous se levèrent et alors que le rideau tombait, les badeaux s'évanouirent dans la nuit étoilée.

Puis une à une les marionnettes regagnèrent leur quartier, vraiment réjouies du spectacle de leur vie. Lorsque Mario termina de ranger ses accessoires, il s'envola vers le ciel où le marionnettiste le rangea dans une valise en carton.

Puis, lui même disparut dans un placard jusqu'au prochain spectacle...

Alors, le ciel de tissu s'écarta laissant voir de nombreux astres et une voie lactée semée de diamants de toutes les couleurs.

Une voix retentit dans un écho glacé et l'on entendit : -" Viens vite, c'est plus belle la vie, ça commence".

Alors la nuit se fit si dense que le couple assagit s'endormit affalé sur un vieux canapé usé. Puis, doucement le toit de leur maison se souleva et une main vint éteindre le poste de télévision...

Il est souvent de ces fils si fins qu'il paraissent invisibles. Qui sait ce qui se trame dans le dos des gens qui se croyant marionnettistes ou spectateurs finissent aussi dans une boite de carton au fond d'un théâtre miteux !

G.

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Publié le par puyvalador-rieutort
Publié dans : #Fables

Métamorphose...

L'air paisible, sans un souffle, devenait palpable sur les rives du lac. Nous étions quelques uns à dresser nos lignes en espérant une pêche riche de sensations , mais surtout de quelques belles truites pour le repas dominical.

Alors que le silence tendait son filet de rayons solaires, nous observions l'imperceptible mouvement de nos bouchons, noyés dans ce paysage miroir. Concentrés, la volonté de le voir s'enfoncer et disparaître nous absorbait au point que le silence lui même en devenait aussi matériel que gênant.

Quasiment immobile et si concret, sans que l'on s'en aperçoive vraiment, ce qui nous entourait prenait une autre dimension aussi abstraite que omniprésente au point de nous avaler d'un seul regard.

Tout semblait figé au dehors alors qu'en nous se bousculaient tant de pensées sonores et d'images dérivantes au fil de la mémoire et d'un temps d'éternité.

Du bouchon à présent ballotté par une brise légère, en passant par ce souffle discret qui caresse de fraîcheur le visage impassible, nous pêcheurs de lumière, attendions la magie illusionnée de nos rêves lacustres.

Finalement, plus que la touche, c'est bien ce rêve que nos allons cultiver en nous. Ce rêve qui nous berce et nous transporte comme statues immobiles dans un monde en mouvement.

C'est ce mécanisme qui vitrifie le regard comme deux hublots opaques et qui se met à éclairer ce qui est en nous par ce qui nous entoure.

Alors, dans cette lenteur de la terre en mouvement, le bouchon qui vient de disparaître tout à coup nous éjecte de la divine torpeur.

Ensuite, c'est la maîtrise du geste qui tente d'apprivoiser la truite rebelle et sauvage, autant au bout de la ligne que celle qui en nous se tortille et saute pour mieux nous échapper.

Entre deux eaux nous sommes, celle du rivage et celle qui s'agite en nous avec tous ces remous, ses algues et ces troubles vaseux qui se soulèvent comme autant de questions demeurées sans réponse.

Mais tout à coup, la voilà qui se montre alors tout disparaît, le rêve s'est enfui devant celle qui émerge, éclaboussante de soleil et de couleurs si vives.

Lorsque nous l'échouons sur le sable doré, le rêve a fait naufrage, mais la joie éphémère explose en rires que l'on doit aussitôt taire, car la pêche continue et les voisins sévères nous les reprocheraient.

Les yeux sont envieux et pèsent autant qu'ils gratifient cette prise lumineuse comme un trésor jaillit du fond de nos ténèbres.

Ensuite, le geste devient fatal, car plus que la mort, c'est la souffrance qu'il faut épargner. Elle ternit d'un coup et rejoint son suaire au fond d'un panier d'osier.

Vite, il faut remettre un ver et relancer autant la ligne que cet espoir tendu de tout recommencer.

Le pépé n'a pas pipé un mot mais son regard discret a tout suivi du geste.

Assis sur son rocher, il relève et relance lui aussi sa bannière scintillante. La gravité entraîne sa plombée au plus profond du lit de cette rivière qu'il devine juste à sa portée. Une à une, sans même sourciller, il engrange ses pensées comme ces belles truites qu'il dépose au panier.

Alors que dévoreuses de temps et de vers, elles s'acharnent à nous faire oublier qui nous sommes d'humains par des automatismes, ces truites nous attirent, comme nos appâts pour elles en sont aussi tentants.

Pêcheurs attrapés au jeu de la pêche, nous sursautons dans un panier aussi grand que la terre qui nous a enfanté.

L'histoire se répète sans jamais être pareille et la besace s'alourdit autant de poisson que de nouveaux souvenirs, les uns bousculant les autres.

Au compte, à demi fait, il est temps de rentrer, car si le nombre y est, le chemin de retours est à envisager autant de sa longueur que de l'heure qui s'avance en rendez vous manqué.

Les lignes sont pliées dans un cérémonial qui inverse le temps en gestes aussi précis que ceux qui les avaient posés. Reprenant nos affaires, il demeure le poids de nos prises et ce plaisir si grand qui allège nos pas sur la côte à gravir.

Alors tout se délie et vient la parole du sage qui invite au mystère. Le vieux qui a bien observé attire le regard et forme les pensées sur une fleur sauvage au détour du sentier. C'est un dialogue à trois qui ne devient qu'un seul silence et nous montre du doigt ce qui ne peut se voir. Plus que ce que l'on sait, apparaît le mystère de ce que l'on connaît.

La fleur se met elle aussi à parler, livrant de sa beauté les vertus et remèdes qu'elle a dissimulés. Sous sa beauté si simple et sa façon charmeuse d'apparence fragile, elle nous envoûte du parfum volatile et chatoie le regard de ses couleurs discrètes.

Plus que ce qu'elle devient en graines et saisons, elle demeure ce qu'elle est, comme nous même en somme si nous n'évoluons.

Un papillon passant nous le montre lui aussi qui sortit du cocon pour sans cesse revenir au stade primitif qui volette à butiner la fleur tant désirée.

Fleur et papillon, nous le sommes aussi. Les mots nous éloignent de la réalité par ce voyage vain qui fait l'éternité.

Générations après générations nous sommes si semblables et pourtant différents du poids de la richesse que nous avons transmis. Pourtant, nous nous dégénérons, en croyant si bien faire, que l'évolution ne puisse engendrer ce qui est nécessaire pour la continuité.

Plus que la moisson de fleurs ou de truites, il est celle des choses intérieures ne s'offrant qu'à celui qui vient de naître et qui va les chercher.

Alors sortant de son mutisme l'ancien se retourne et se met à parler :

  • "Le bon est beau alors que ce que tu crois beau n'est pas forcément bon, quoique, à quelque chose, malheur est bon"...

Est ce l'âme qui répond ou bien alors l'esprit ? Peut être un peu des deux emmêlées dans l'écheveau de cette ligne si difficile à détortiller.

Chacun se le dira ou peut être, dans un silence lourd trouvera la réponse de ce que l'on ne dit mais ressent plus que tout.

Le temps reprend son cours et nous voilà montant les derniers pas qui nous ramènent au village et aux apparences coutumières de la famille unie.

Sur la table dominicale dressée, les truites dorées et fumantes ne feront oublier celles qui nous ont offert autant le plaisir du combat que celui d'une fleur qui a grandi en nous.

Les bouches sont avides et la salive coule avant même la fourchetée fumante ou le mot qui glisse sur la nappe en donnant rires et sourires épanouis d'histoires et d'images que l'on s'envoie d'un bout à l'autre de la table, comme de ce repas de fête qui n'en finit jamais.

G.

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Publié le par puyvalador-rieutort
Publié dans : #Fables

Ivresse...

Il est un fleuve puissant dont certains poissons se laissent emporter tandis que d'autres tentent désespérément de remonter à la source.

Ivresse est son nom et désespérés, les noyés emportés par ses crues.

Leurs paroles se perdent en gargouillis monstrueux et gestes inutiles.

Se prenant pour des rois, ils sont comme des ballots que le courant emporte sans que leur nom ne perdure sur l'une ou l'autre rive.

L'automne venant, nombre de chasseurs réunis y puisent cette eau forte qui emporte réalités et soucis quotidiens.

Mais, si l'onde est abondante, parfois elle se trouble et emporte les imprudents vers une mort certaine.

L'un de ces chasseurs, qui se sentait plus sur ou plus fort, était à puiser sa ration d'écume et de brumes. C'est alors qu'il vint une dame âgée et qui voulait traverser.

Le tartarin, généreux et quelque peu inconscient lui proposa de la faire passer en la portant sur ses épaules robustes.

La dame légère aussitôt grimpe sur le dos du colosse.

Avant que d'entrer dans l'onde au gué le plus sur, le chasseur s'empare de son épieu et sonde la force du courant. Croyant pouvoir y résister, le voilà qui s'enfonce et se met à marcher.

Si la dame était légère, voilà qu'en avançant elle se fait plus pesante.

Le chasseur de résister au courant et s'appuyant sur l'épieu, fait pas à pas, doucement.

Au milieu, s'octroyant une pause, il entreprend de reprendre son souffle.

Alors, il entame une conversation avec cette dame pesante qui chaque fois qu'il lui pose une question lui répond par un silence éloquent.

Reprenant sa traversée, il peine de plus en plus, car plus le courant forcit et plus le silence se fait, plus l'eau se trouble, cachant les pierres et les obstacles du fond. Doucement, il ferme les yeux et le voilà tâtonnant de son épieu et sentant sous ses pas ce qu'il ne pouvait plus voir.

Il doute de plus en plus de rejoindre l'autre berge, qui de plus semble s'éloigner au fur et à mesure qu'il s'en approche.

Que n'ai je traversé en amont où il est un pont, certes ancien, mais robuste ?

Alors que se croyant perdu et voyant déjà son cadavre emporté, la dame se fit plus légère et l'onde s'éclaircit en diminuant.

La berge si proche l’accueillit. Ouvrant ses yeux ébahis, devant s'étend à l'infini une plaine fertile couverte de champs de blé.

Une force nouvelle grandissait en son intérieur et la dame y était pour quelque chose !

Disparue à ses yeux, il la sentait en lui.

Aussitôt son épieu fiché en terre nouvelle se met à verdir et pousse un arbre à la ramure multiple.

Se sentant libéré, le voilà qui se retourne pour voir ses collègues restés sur l'autre rive. Certains ont disparu de ceux qui voulant lui venir en aide ont sombré emportés par le courant. D'autres se lamentent et d'autres encore en colère lui lancent traits et pierres qui ne peuvent l'atteindre.

Se croyant seul et regrettant quelque peu ce passé dépassé, il entend une musique montant du champ de blé.

Il y entre et se voit lui aussi transformé en un épi blond et fécond.

Mur, il se met à semer ce qui poussant en lui donne génération de nouvelles moissons.

Auprès de l'arbre et de l'onde le voici éclairé de soleil qui lui donne sa force et le tire vers le haut. Cette terre qui le porte le nourrit autant qu'il la nourrit lui même devenant papillon, coccinelle ou caille chantant la nature si belle et propice à l'éclosion de la vie.

Avant de traverser, chasseurs ou veneurs équipés de meutes aboyantes, êtes vous surs de vous et conscients du risque non pas d'échouer, mais d'être emportés ?

Mieux que l'ivresse, il est pourtant des ponts ouverts sur le ciel et qui facilitent grandement le passage...

G.

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