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Dissidences Pyrénéennes.

Dissidences Pyrénéennes.

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Publié le par puyvalador-rieutort
Publié dans : #Guilhem...

La fin du cycle.

 

gelée de septembre 2012 008gelée de septembre 2012 012gelée de septembre 2012 010 

En cet an de "grâce", l'assemblée des 777 venait clôturer le cycle de la lumière. Celui qui montait prenait le pas sur celui qui descendait. Pourtant si la lumière demeurait discrète et croissante, le verbe s'était perdu dans la soupe des verseurs de mensonges.

Partout, il n'y avait que haine, jalousie et terreur.

Les temps de l'obscurité qui s'étaient épaissis en cette veille d'hiver rude s'accompagnaient des hurlements lugubres des meutes de loups affamés.

Les cadavres ne manquaient pas, ceux de la peste, ceux de la guerre, ceux de l'inquisition...

Pourtant Guilhem se devait un dernier voyage pour achever à son tour ce qu'il pouvait, ce qu'il devait et se devait de finir. Cacher dans le passé un morceau d'avenir. Il n'y avait que là qu'il serait réellement protégé des hardes tapageuses et ruineuses.

Joan l'accompagnerait une dernière fois jusqu'aux grottes temporelles. Là, il leur faudrait accomplir le rite de passage dans le temps de la nouvelle lumière.

En allant vers le futur ils devraient revenir avant la nuit pour ne pas rester une saison complète à devoir attendre un possible créneau. Ce serait dangereux et malgré les repérages, quasiment impossible...Passe l'aller, mais le retours ?

La cérémonie s'achevait avec la montée de la lumière dont le rayon rasant allait toucher le signe au fond de la galerie. Face à face, se tenant fermement par les avants bras, Guilhem et son fils franchirent ensemble la porte du futur.

Toute leur volonté était rivée sur cet instant si éloigné et si proche à la fois. Le tourbillon les emporta au travers les époques vers un destin qui était déjà écrit dans le passé. Le tunnel semblait interminable et les deux hommes aux mèches bleuies par l'éclat de la pierre tournoyaient si solidaires qu'il était presque impossible de les identifier formellement. Joan ressemblait tant à son père et celui ci rajeunissait considérablement dans l' épreuve...

Lorsqu'ils retrouvèrent l'antre totalement matérialisée, la porte du temps se dissipa. Ils dissimulèrent leurs chevelures trop identifiables sous la coiffe et endossèrent les habits de moine que leur avait confié le frère Éric.

Dehors, la neige fondait en tumultueux ruisseaux de boue. Décidément, le futur s'annonçait surprenant. Un redoux poussait dans le versant de longues langues de brumes qui pénétrèrent au coeur même de la galerie. Leur échappée en serait facilitée de cette aubaine de discrétion. Ils dévalèrent la pente après avoir effacé les traces de leur passage. Sur l'ubac le sol dégelait plus péniblement et la glace rendait la progression difficile. Bien des lieues restaient à parcourir jusqu'au château.

Des troupes de soldats se préparaient pour le siège qui serait long. Déjà on s'affairait à creuser une sape pour faire effondrer par le feu le rempart du midi.

Guilhem contourna l'ensemble des défenses et s'enfonça dans l'épaisseur des buis vers l'arrête rocheuse du versant Nord. Là sous la voûte dense, une petite galerie dissimulée, remontait à une niche assez grande pour cacher un véritable trésor.

Avec toute la minutie possible, il fallut dégager nombre de roches savamment empilées dans une quinconce complexe. Le mur bâti par les experts semblait si naturel que l'oeil du profane ne pouvait deviner la main de l'homme. Un liant composite imitait à la perfection les tons naturels du minéral. Dans la semi pénombre, seul le toucher pouvait deviner l'assemblage subtil.

Il fallait se hâter tout en prenant le maximum de précautions et ne pas laisser rouler le moindre rocher vers l'extérieur. Au fur et à mesure qu'ils démontaient devant eux, ils rebâtissaient derrière le mur à l'identique. Ainsi, le curieux éventuel ne pourrait les suivre dans la progression.

Plus haut un escalier rustique dégrossi dans la roche, menait à une petite salle dans laquelle filtrait un rayon de lumière naturelle. Il provenait d'une légère ouverture donnant sur l'inaccessible falaise. A l'opposé, sur un petit autel, un petit coffre de pierre renfermait l'objet qui motivait l'urgence de l'intervention.

Le pog calcaire qui supportait l'édifice était parcouru d'un réseau de fines galeries qui ne cessaient de se croiser. Guilhem craignait qu'à juste raison, les combustibles d'une sape ne glissent jusqu'à la niche secrète et que le feu ne vint accidentellement détruire ce qui se transmettait depuis trop de générations pour se perdre de façon si dérisoire. Un mécanisme simple maintenait l'étanchéité du réceptacle. Cependant, il fallait toute la finesse et le doigté de l'artisan combiné à la connaissance de l'initié pour le déclencher sans actionner par mégarde le piège d'acides attenant. Un réservoir était dissimulé à l'intérieur et détruirait tout aussi sûrement que le feu l'objet de tant de précautions.

Une sacoche de cuir épousait parfaitement le fond du coffre, Guilhem la décolla avec grandes précautions. Pas question de vérifier le contenu, il fallait faire vite et rebrousser chemin en redémontant à l'inverse le mur secret.

Arrivés sous la voûte verdoyante, ils durent attendre une heure de plus qu'une troupe de basques finissent de traverser le flanc pour rejoindre la falaise. Ils préparaient certainement l'escalade et un assaut nocturne dont ils avaient la spécialité.

Plutôt que de rebrousser chemin, Guilhem et Joan suivirent l'escarpement rocheux plus en aval et arrivèrent au fond d'un vallon sombre gardé par peu de soldats originaires du pays de Sault. Discrètement, Guilhem tenta l'approche de l'un d'eux qu'il connaissait pour lui avoir fourni des objets de forge. Celui ci, lassé de toutes les exactions dont il avait été témoin et quelque fois acteur, les laissa passer non sans s'assurer que nul ne pourrait lui en tenir reproche.

La remontée vers la crête opposée fut longue et parsemée d'attentes sans fin pour laisser glisser les patrouilles qui croisaient sans cesse les pas de la progression.

Joan en profita pour refaire le plein d'une outre de cuir dont la réserve d'eau s'était épuisée sous les efforts dépensés à force de volonté.

Chaque pause ralentissait sans réussir à diminuer la tension de ne pouvoir rejoindre à temps les galeries des temps secrets. Il faudrait bien tenter le tout pour le tout !

Dans une course folle les deux faux moines entreprirent un grand contournement des lignes pour rejoindre la vallée opposée. Une paire de fois ils surprirent des cris les interpellant, mais accélérant de plus belle, la distance fut salvatrice devant le peu d'intérêt que pouvait représenter deux moines possédés d'une terreur si grande que leurs pieds touchaient à peine le sol.

Les soldats, bardés de côtes de maille et casqués lourdement ne tenteraient pas de leur couper la route. Tout au plus, quelque arbalétrier tenterait un trait, mais sans conviction et vu la vitesse des deux fous, ils s'en gardaient bien.

Le soleil déclinait à l'horizon et la remontée dans la boue fut des plus éprouvante pour Guilhem. Une douleur sourde écrasait son coeur dans un étau redoutable.

Joan s'aperçut de la faiblesse soudaine de son père. Il le soutint jusqu'à l'entrée d'une grotte différente de celle dont ils étaient sortis en ce matin d'hiver si particulier.

Ils pénétrèrent jusqu'au fond attendant le dernier rayon du soir pour un retour improbable sur un passé incertain.

Une lueur verte traversa la galerie et le mur du fond sembla s'évaporer sur une nébulosité étrange. Vite, il fallait tenter le passage. De concert, ils franchirent le pas et se trouvèrent emportés dans une tourmente violente et dans la quelle ils croisèrent leurs doubles emportés par une lumière bleutée.

Le temps s'estompait et rétrécissait en un long couloir tubulaire.

Au bout, ils furent vomis dans une nouvelle grotte inconnue.

Que s'était il passé ?

La sacoche de cuir dégageait une telle énergie que ce ne pouvait être que de la volonté même du contenu qu'ils avaient dévié vers une autre destination.

Dehors, la verdure éclatait d'une violence inouïe. Ils avaient changé d'époque de lieu et de saison. Guilhem était épuisé, mais il fit encore l'effort de scruter le paysage étrange qui s'étendait à leurs pieds. Il ne reconnaissait rien de cet espace totalement nouveau. Avec une infinie patience et des précautions multipliées, ils s'avançaient sur un sentier rocailleux embaumé de fortes senteurs de résines et d'essences inconnues.

Plus en aval, une petite ville étrange s'appuyait sur le bord d'un fleuve tranquille.

Là, au détour du sentier, un homme vêtu de blanc semblait les attendre. Sa silhouette ne leur était pas inconnue. D'un seul coup Guilhem se souvint de la séance autour de la roche magique et du visage de l'ancien qui menait vénérablement le rite.

Comment ? Ce n'était pas le hasard, il n'y en avait plus aux yeux de celui qui avait voyagé dans les couloirs éternels. Il était là et levait son paisible regard bleu gris vers Guilhem et son fils. Presqu'à l'heure mes frères ! S'exclamat' il.

Nous sommes bien loin des Pyrénées, bien plus à l'orient que le vôtre. Qui plus est, la mer qui nous sépare nous réunit ici de l'autre côté d'une réalité qui vous dépasse.

Celui à qui est destiné la sacoche et son contenu ne va pas tarder. Les yeux exorbités et la bouche bée, ils venaient de voir celui qui était à l'origine et finalement le destinataire de leur objet. Seul, petit de taille dans sa robe blanche, cet homme peu commun irradiait d'une sagesse et d'un regard aussi paisible et rassurant que l'onde calme du premier matin du monde. Simplement il s'approcha d'eux et leur donna l'accolade fraternelle. Alors, un halos bleuté envahit la vallée toute entière. Nous allons placer la chose en un lieu qui ne sera découvert qu'en une période plus propice au regard des hommes. Finalement, chaque chose en son temps et un temps pour chaque chose.

La confrérie des 777 fera son oeuvre de gardienne et de protectrice. Bienveillance à vous tous pour les siècles des siècles. La shékhéna est dans le futur éternellement présente et le sceau du chevalier vient de retrouver sa source dans le passé.

La fin du cycle est prononcée et le début de la fin est entamé.

L'ancien vous conduira aux 12 grottes de Qmrân. De là vous retrouverez vôtre époque, mais tout souvenir de ceci s'évaporera sur le chemin de l'éternel retour.

Quant à moi et mes frères, nous sommes appelés aussi au départ dans l'ultime et suprême initiation. Gardez dans vôtre coeur la sérénité de la sagesse éternelle qui lie tous les hommes bienveillants à l'essence de la shékhéna et au créateur de toutes choses. Allez en Paix mes frères avec vos âmes soeurs libérées.

Guilhem et Joan n'en revenaient toujours pas. En se regardant, ils virent que leurs chevelures avait retrouvé un éclat de jeunesse et une teinte originale perdue depuis bien longtemps.

Ils suivirent l'ancien vers l'autre versant de la vallée tandis que la silhouette du petit homme disparaissait comme évanouie sur le chemin poussiéreux de l'histoire.

Une fois le rite entamé le soleil se coucha sur un rayon bleuté qui les ramena dans la première grotte. Ils se regardaient hébétés et surpris de la situation.

Si un doute demeurait quant au pourquoi, la certitude était acquise que le bien fondé leur avait laissé une sérénité que peu d'hommes avaient pu côtoyer.

Le chemin de retour vers les hautes terres se fit dans une tranquilité et le bonheur simple de retrouver ceux aux quels ils avaient lié leurs vies.

Une bourrasque de vent du Nord fit virevolter la neige sur le col des Hares et l'arrivée au foyer familial se fit dans la joie de l'éternel Noël.

Curieusement les sacoches de Guilhem et de Joan renfermaient en quantité,12 sortes de fruits et de sucreries inconnues sur cette terre. La joie du repas éclairait autant que les flammes dansantes du foyer, les visages des êtres chers réunis.

Quand un cycle se termine, un autre commence. Un certain Saunières aurait, dit on, découvert la grotte de Guilhem et celles de Qmrân ne le furent que bien plus tard.

Quand à la shékhéna...L'omniprésence divine ne nous a jamais totalement quitté même au tréfonds des périodes les plus noires...

Mais, place à la lumière, place au verbe joyeux de Noël pour tous les hommes de bonne volonté. Justice et Paix pour les siècles des siècles !

octobre 2012 balade forestière 009    

Gilles.

 

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Publié le par puyvalador-rieutort
Publié dans : #Guilhem...

L'héritage.

 

gelée de septembre 2012 012 

Le maître de forge, emporté par le mauvais sort avait laissé sa part de célibataire à son associé. Joan devait s'acquitter des droits pour prétendre à la charge en lieu et place du regretté colosse.

Le problème n'était pas de moindre importance. Le montant élevé de la redevance en eut fait reculer plus d'un. En plus, il fallait plaire au noble qui régissait la contrée.

Plusieurs fois son père Guilhem avait du fuir les puissants et leur pouvoir liberticide.

Or, le châtelain se débattait lui même dans un imbroglio mêlant les problèmes de défense, ceux des finances et la pression de son puissant voisin.

Joan consulta son père et aussi le frère Eric expert dans les dédales des pensées aux origines diverses. Plaire sans provoquer l'envie. Servir sans s'asservir. Conseiller en toute humilité. Autant marcher sur le fil d'une épée au tranchant acéré !

Pour l'heure, la nuit était calme et sans vent. Les vieux frênes, immobiles, semblaient veiller paisiblement sur le village endormi.

Debout de bonne heure, Joan attendait de la visite. Sorti sur le pas de la forge, il tendait l'oreille pour surprendre les pas qui glissaient vers cette aube nouvelle.

Ce silence total, sans aucun souffle, il l'avait vécu tant de fois en attendant son père ou ces voyageurs pressés de changer de frontière. C'était toujours avant la relève du matin, lorsque ceux de la nuit s'étaient avachis de fatigue et de vin et que ceux du jour émergeaient à peine de rêves libidineux.

Les sangliers regagnaient leurs remises en se faisant discrets. Sous le manteau de velours étoilé, les pas n'étaient que plus légers.

Dans la forge éclairée par les flammes du foyer, une douce chaleur s'était emparée du chaudron et les relents de bonne soupe emplissaient toute la salle de travail.

Tout à coup, subtilement, un souffle d'air se mit à animer les cimes des arbres avoisinants. Avec lui, vint un chuchotement que le moindre ru aurait largement couvert. Mais, Joan avait détourné toute l'eau du canal bien en amont. La roue de la forge égouttée de la veille, espérerait encore quelques temps le retour de l'onde tapageuse. Des pas se rapprochaient. Dans l'obscurité un visage souriant surgit, éclairé par de longues mèches blanches aux reflets bleutés. Aussitôt, survint un autre visage inconnu, qui les rejoignit au fond de l'atelier. Guilhem se débarrassait du lourd manteau de laine et son compagnon fit de même. Nous avons attendu quelques temps derrière l'orée, mais, le signal du foyer était si visible que nous n'avons pas pu résister au parfum de ta soupe. Assis tous les trois autour de la grande table, ils partagèrent le pain et en silence se recueillirent quelques instants.

Les écuelles fumantes appelaient l'appétit des voyageurs au réveil de leurs papilles.

Joan invita au repas d'un signe de la main. Guilhem en versant une généreuse tournée d'eau fraîche présentât son compagnon de route et le pourquoi de son passage.

Fils d'un marchand de tissus de Barcelonne, il venait d'hériter d'une teinturerie dans les contreforts de la montagne noire. Bien sur, ayant prêté serment à la confrérie, il s'appuyait sur elle pour ce périple dangereux. Les routes n'étaient pas sures et qui plus est, sa venue en terre du Nord, n'était pas pour réjouir la famille de cet Oncle mystérieux qui les laissait en fortune mais sans l'atelier de teinture.

David était un jeune homme dont le trait inspirait la confiance. Prudent jusque dans ses moindres gestes, on eut dit volontiers qu'il s'écomonisait de nature. Cependant ses yeux verts s'agitaient d'une flamme permanente. Elle répondait par la même vivacité à celle du foyer de la forge. Ses paroles étaient mesurées et son ton suivait un rythme si naturel que son discours retenait l'attention toute entière de ceux à qui il s'adressait.

Guilhem l'avait pris en charge dans le petit village de Tórelló et lui avait fait passer sans encombre le col de Nuria. De visites en visites chez les frères des 77, ils transportaient nombre de lettres commerciales qui une fois remises révéleraient bien autre chose que leur prose anodine. Les choses s'organisaient en un réseau complexe que plus aucune frontière ne pouvait arrêter. 777 ateliers étaient reliés au travers du monde connu. Ils venaient compenser la détresse des plus démunis et ne manquaient pas, tout en conseillant les puissants, de tisser de nouvelles voies commerciales. Les lettres remplaçaient l'argent par des garanties équitables sur les comptoirs les plus divers. Les espèces ne circulaient que rarement et s'équilibraient en échanges multilatéraux. Ce système bancaire était utilisé par les pèlerins mais surtout par les frères affiliés qui prospéraient par le change et le prêt.

Si les valeurs étaient garanties, la vie était précaire. Trop souvent les voyageurs ne pouvaient arriver au but de leurs aventures. De véritables fortunes changeaient de mains sans même quitter le sol de leurs origines.

Les nobles commençaient à loucher de plus en plus vers cette ressource indélicate qui échappait à leur contrôle. Ainsi, en compensation, les prêts à taux dérisoires qui leur étaient accordés, garantissaient la sauvegarde de la continuité de service.

Lorsque l'église officielle s'était vu ombragée par certains mouvements religieux indépendants, la réaction ne s'était pas faite attendre et les bûchers fumaient encore dans bien des contrées. Mais le peu d'argent récupéré n'était rien en rapport à la concurrence détruite. La manne revenait dans le sein du très saint Pierre...

Le pêcher d'usure, ne concernait apparemment pas les verseurs de mensonges.

Les ordres templiers, qui donnaient bien trop de largeurs à des nobles mauvais payeurs,     ne tarderaient pas à en subir le contre coup.

Par commodité autant que par conviction, les commanderies s'étaient affiliées secrètement à la confrérie. Leurs relations principales se fondaient sur la complémentarité des réseaux. C'est sous le sceau du silence que le fluide voyageait escorté parfois de solides guerriers.

Croyant véhiculer l'or des uns, souvent c'était celui des autres qui voyageait. A leur insu, quoique certains étaient complices, le trésor des dissidents fut certainement transporté par ceux qui les pourchassaient.

Pour l'heure, David était chargé de faire remonter des valeurs vers les terres du Nord.

L'héritage de la teinturerie n'était somme toute que le prétexte à un autre héritage plus ancien et dont il ne soupçonnait pas l'importance, ni l'étendue.

Dans les lettres de commerce, les chiffres en disaient souvent plus long que les mots dont ils étaient issus. Il eut fallu être initié à l'écriture secrète pour découvrir ce qu'elle reflétait d'aussi riche, qu'un trésor de guerre n'aurait somme toute pas suffi à compenser.

Seule indication, était cette dame noire, mais si belle, dont le front portait une lune croissante. Elle se tenait devant un arbre faisant la liaison entre deux hémisphères opposés. En bas, le berceau de Moïse en haut la voûte étoilée. Les anciens l'appelaient Shekhela. Cette enluminure anodine était révélatrice de toutes les plus antiques traditions qui se fondaient en elle. Plus que la raison, c'était l'essence de toute existence et l'âme de l'Univers, l'omniprésence divine de l'unité souveraine. Au delà d'elle il ne pouvait y avoir que l'entité suprême que tous les bienveillants vénéraient en leur fort intérieur. Quelque soit leur confession d'origine, tous avaient fait la même démarche et se trouvaient confortés au sein de la 777.

La journée qui suivit, ils durent se détourner vers Puig vert, laissant chez un nommé Tisseyre une lettre cachetée provenant de Palestine. Celui ci, à la vue du méreau de Guilhem, les pria de bien vouloir attendre qu'il en prit connaissance et les convia à dîner.

Pendant que David et Guilhem s'affairaient autour d'un faisan farci aux noix, le maître de maison bataillait avec un boulier, un compas et une équerre. Force de tracer tant de traits, que son front perlait abondamment de sueur ruisselante. Lorsqu'il eut terminé, il releva un visage partagé entre la joie et la crainte. De but en blanc il leur annonça qu'il devait les suivre jusqu'à Mazamet.

Il fit seller quatre chevaux et les équiper pour une aventure risquée, mais oh combien exaltante. Laisser sa maison ne le réjouissait guère. Or, il n'y avait plus que ce désir puissant et raisonné de pouvoir recueillir l'essence de tant d'existences au bout de ce périple et de l'acheminer à bon port.

Il ne pouvait se confier aux deux messagers et ne le ferait qu'en désespoir de cause si nécessaire. Les journées suivantes se passèrent sans allusions aucune.

Traversant la campagne labourée et ses chemins pavés, ils évitaient autant les bois peu surs que les bourgs surpeuplés. Cependant, Guilhem ne fut pas surpris de voir branchée une vieille connaissance qui avait fuit le pays farouche et l'onde bleue des anciens.

Ici, la supercherie n'avait pas eu le temps de s'étendre et sur le gibet elle pendait lamentablement. Toutefois, Guilhem mit pied à terre à bonne distance et se recueillit un instant. Quelque soit la noirceur, toute vie avait une part de lumière qui méritait qu'on s'attarde en mémoire de l'unité qu'elle allait enfin retrouver.

Pied à l'étrier, ils reprirent leur cheminement vers la ville bourgeoise de Mazamet.

Tisseyre s'arrêta à l'entrée de la cité et leur dit qu'il les rejoindrait plus tard.

L'accueil dans la teinturerie ne fut pas des plus chaleureux. David présenta ses lettres de garantie et Guilhem dut attester de leur authenticité.

Prenant congé de cette famille taciturne, ils se dirigèrent vers la maison de la guilde marchande pour faire valider les droits prévalus par David.

Un dominicain les observait d'un sale oeil. Abrité sous un porche il ruminait en latin de sombres injures qui auraient fait pâlir plus d'un chapelain.

Dés qu'ils furent de retour sur la place, les gens d'armes tentèrent de s'emparer de leurs personnes. David leur glissa habilement entre les mailles et put rejoindre non sans précautions le père Tisseyre. Guilhem eut moins de chance. Le dominicain vicieux comme pas deux l'avait empoigné au cou et pendant qu'il le tenait, un solide garde assenât un coup de gourdin sur le crane de Guilhem. Lorsqu'il revint à lui, il était couvert de chaînes lourdes qui entravaient le moindre mouvement.

Sa tête douloureuse dodelinait sur le plancher d'un chariot bâché qui allait bon train vers Carcassonne.

Le dominicain le toisait d'un regard méprisant. Tu es de ceux de la pierre de lumière ?

Tes cheveux t'ont trahi. Avoue, il ne te sera fait aucun mal.

Guilhem ne savait trop que ces palabres ne lui garantissaient que les tortures et le cachot. Il se mura dans le silence et commença d'invoquer intérieurement l'unité suprême qu'il ne devrait pas tarder à rejoindre.

Soudain, tout se mit à vaciller. Un épais brouillard venait d'envahir tout l'espace et une saveur acre s'accrochait obstinément au palais. L'équipage qui entrait dans la nappe de brume artificielle ralentit puis s'arrêta. Les chevaux tanguèrent quelque peu puis se couchèrent à même la chaussée. Dans un silence surréaliste les gardes s'effondrèrent et le dominicain exorbité implora son église dans un dernier gargouillis. Guilhem fut saisi à bras le corps et emporté sans ménagement sur le travers d'une selle de bat. Lorsqu'il reprit ses esprits, le père Tisseyre se tenait au dessus de lui, les poings résolument plantés dans les hanches. Alors, lui lança t' il, il est plus que temps de se lever frère marmotte !

Joan était aussi de la partie ainsi qu'une fille à la peau si brune qu'on eut dit une sarrasine. C'est elle qui t'a sauvé. Ses fumigations ne manquent pas d'efficacité !

Corba la noire était l'âme soeur de dame Esclarmonde. Rescapées toutes deux de bien des embuscades, elles avaient trouvé refuge dans la famille des tisserands de Mazamet. Le père Tisseyre qui avait rendez vous avec dame Esclarmonde prit les choses en main dés que David lui eut rapporté les faits de ce rapt clérical.

Fallait pas traîner ! Corba, dont les charmes ne laissaient pas indifférent David, proposa aussitôt ses services d'apothicaire avisée.

Devançant le convoi, ils avaient eu juste le temps de choisir le terrain et d'enfumer ce vallon innocent.

Bien sur, il fallait fuir avant qu'une quelconque troupe ne s'avisa de passer le gué dans le si paisible petit vallon. Le dominicain dormait profondément, quelque peu tourmenté par une armée de diables noirs à la chevelure crépue et au regard d'un bleu si profond qu'il semblait puiser jusqu'au fond de vôtre âme.

Un garde en livraie occitane ronflait à qui mieux mieux en terrorisant la gente batracienne du petit cours d'eau.

Corba s'était assurée personnellement de l'efficacité de sa préparation. Lorsqu'ils se réveilleraient, ils ne se rappelleraient même pas leur nom.

En attendant il fallait faire diversion. Ils partirent vers Limós et aidés d'un fameux négociant en vin, du nom de maître Ponç, ils reprirent aussitôt, dans un fourgon bâché, le chemin du Nord vers castelnó d'ary. Quelques jours plus tard, ils arrivaient à la fameuse ville au bord de l'eau. De là recueillis sans question dans la commanderie templière de Tal mont, une embarcation côtière les conduisit jusqu'en terre bretonne.

Une nuit terrible, zébrée d'éclairs les tint éveillés au fond d'un cloître Normand. Ils durent patienter encore trois jours avant de pouvoir passer le chenal et de poursuivre leur route vers Edimbourg.

David ne se lassait pas de cette fièvre naissante et si obsédante qui s'emparait de lui à chaque fois qu'il croisait le regard azuré de Corba.

Il aurait pu rester à la teinturerie et assumer la charge d'un labeur régulier. Mais cette Corba l'envoûtait au point que son âme en était totalement dépendante.

C'était bien la première fois qu'il suivait son instinct au lieu de repenser 777 fois 7 fois à la lettre tourmenteuse de sa religion.

Le rabbi de Barcelonne ne l'aurait certainement pas reconnu, quoique...

L'étude des textes sacrés lui avait appris à dépasser les concepts primaires des béni-oui-oui. L'Univers n'avait aucune limite que celle de l'infini.

Alors que ses frères suivaient obstinément la lettre à la lettre, David avait dépassé la lettre pour le nombre et le nombre pour le verbe.

Lorsqu'il regardait Corba, il se liquéfiait littéralement. Loin de se sentir impuissant, il avait presque peur du torrent qui lui brûlait les reins.

Mais sa destinée n'était elle pas de revenir au giron de l'âme complémentaire ?

Tisseyre badait au vent de l'aventure. Lui, le petit commerçant, détenait le plus grand des secrets que nul autre n'eut souhaité porter. Non seulement ses sacoches s'étaient appesanties considérablement, mais il était le seul garant d'une tradition dépassant toutes les autres.

En cette année de grâce, Guilhem et Joan laissèrent partir au vent portant leurs bien aimés complices de l'étrange aventure. Ils se dirigeaient plein Ouest.

Le chemin en sens inverse était lourd de la séparation. Les questions que se posait Joan n'eurent pas besoin de franchir la limite de ses lèvres. Plus il laissait aller son esprit, plus les réponses venaient avant la moindre interrogation. C'était si évident !

Chaque axe amenait ses rayons ouvrant un espace et formant un volume. Au bout, en tout et pour tout, la sphère s'équilibrait d'elle même.

De retour à la forge, il se pressa d'aller voir le châtelain. Payant largement les droits, il lui fit en sus présent de quelques spécialités ramenées de ça et là. Un boulier sous le bras, il lui proposa de l'aider dans ses affaires. Le noble empêtré dans ses problèmes financiers accepta. Non seulement il venait d'avoir la preuve que ce Joan pouvait voyager et donc connaissait le monde, mais aussi qu'il savait lire et compter. Ses relations de négoce devaient bien comprendre quelque maître maçon pour étudier les modifications à mener rapidement sur les défenses du château. De plus ce nouveau maître de forge semblait bien plus ouvert que l'ancien colosse rouquin à qui il ne fallait pas trop défriser les moustaches. Les montées au château se firent de plus en plus fréquentes. Cependant, Joan préférait redescendre vers sa forge ronflante et sa grande roue à eau qui chantait si régulièrement. L'onde tapageuse entretenait le mouvement et le martellement puissant ponctuait toute la richesse du travail bien fait.

Guilhem était fier de la belle oeuvre que menait son fils. Bel héritage vivant !

Loin, très loin, le vaisseau armé par la confrérie, venait d'accoster sur une terre nouvelle. Tisseyre prit grand soin de dame Esclarmonde que beaucoup en terre occitane pensaient disparue dans un quelconque bûcher. Ses lourdes sacoches ne le quittaient pas un seul instant. Ils allaient bâtir sans tarder une autre vie pour que la tradition puisse perdurer au delà de l'espace et du temps...

Le vent soufflait de l'Orient et amenait avec le soleil les relents d'un pays difficile mais de gens si attachants. Peut être, un jour...

 

Gilles.

 

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Publié le par puyvalador-rieutort
Publié dans : #Guilhem...

Les ombres noires.

 

 

Depuis quelques temps, Guilhem avait ce doute pernicieux de ce petit quelque chose qui ne se passait pas aussi normalement que d'habitude. Quelque chose d'indéfinissable un peu comme l'impression d'être épié, suivi...

Bien sur, les voyages des 77 se poursuivaient en toute discrétion et les réunions étaient bien tenues en toute sécurité. Mais, il y avait ce mais qui commençait à devenir de plus en plus flagrant.

Au détours d'un regard, il avait été surpris sans vraiment voir ce dont il s'agissait. Des formes noires, telles des ombres plus épaisses semblaient émaner d'une ancienne maison et se déplacer au sol de façon erratique. Vers où pouvaient elles aller et qu'étaient elles vraiment ?

Trop occupé par les affaires des hommes, Guilhem ne s'en inquiéta sans plus. Il ne continuait ses déplacements habituels qu'avec une vigilance à peine plus vive que de coutume.

Cependant, elles devenaient de plus en plus envahissantes et il s'était promis d'en savoir un peu plus sur ces ombres furtives.

Il questionna longuement l'ancien. Bien que versé dans les connaissances antiques il ne pouvait que supposer le pire.

Soit ces âmes égarées cherchaient une issue à leur condition, soit elles étaient mues par le recours de quelque mauvaise magie.

Ne sachant pas vraiment les risques encourus par les siens, Guilhem en avisa le conseil des 77. Joan évidemment était volontaire pour une enquête plus poussée, ce qui n'était pas pour enchanter son père qui recommandait la plus grande discrétion et la prudence extrême. Mais, la finesse de vue de Joan était sans doute un atout majeur dans la recherche de l'imperceptible.

Il lui fut associé dans cette démarche deux autres investigateurs. L'un était ni plus ni moins qu'un moine du monastère voisin qui avait prêté serment de fidélité à la cause commune. Le frère Eric était un costaud. Physiquement, sa robe de bure dissimulait mal une musculature développée par une vie de labeurs champêtres. Ce qui ne l'avait aucunement empêché d'être un érudit hors pair. Il maîtrisait 9 langues, leurs écrits et les formes de pensées s'y rattachant. L'autre, Paulus, était un charbonnier issu de cette ancienne confrérie sylvestre. Il semblait transparent tant il était empreint de tout ce qui l'entourait. Il savait se fondre tant au coeur de la forêt, qu'au milieu de la foule en passant totalement inaperçu.

Paulus était du genre léger, son pas marquait à peine le sol et cependant une vivacité hors du commun surprenait qui que ce fut d'importun. A plusieurs reprises ce fut lui qui, assigné à la sécurité des réunions, avait désobligé des curieux trop entreprenants.

La frousse qu'ils avaient eu par la surprise les tenaient encore en respect des lieux sacrés. Une dextérité exceptionnelle en avait fait un expert dans ce qui relevait de la précision. Avec Joan, ils avaient conçu des mécanismes si fins que seul son talent avait permis l'assemblage méticuleux.

Un plan de surveillance fut mis en place aux alentours de cette maison suspecte. De jour comme de nuit ils déployèrent des trésors d'ingéniosité pour voir, écouter, sans être surpris.

Un jeu de miroirs discrets permettait du même point d'observer le périmètre entier de la bâtisse. A partir d'une étable voisine, un réseau de galeries serpentait sous le village et par de petits orifices, l'écoute des lieux devenait un jeu d'enfants.

Pendant quelques semaines, rien !

Presque découragés ils étaient sur le point de renoncer quand le frère Éric surprit une conversation dans une langue peu commune.

Le dialogue se tenait entre une femme et certainement un homme plus agé. Les paroles semblaient tournoyer dans une petite salle de la cave. Le plus surprenant était que nul n'avait aperçu l'entrée de ce visiteur.

Cependant, le moine s'étonnait aussi des mots qui en empruntaient à au moins trois langues connues de lui et les intonations poussaient par moments jusqu'au délire pour ne pas dire à la possession.

Il écrivit ses notes sur un morceau de parchemin et se dit que quelques recherches dans la grande bibliothèque de l'évêché ne seraient pas inutiles.

Paulus qui venait pour prendre le relais parut presque réjoui de ces nouvelles surprenantes. L'ombre se nourrit de la lumière qui filtre du haut des arbres. Forcément, celles qui se déplaçaient de cette maison ne trouvaient plus leur pitance et se dirigeaient vers d'autres sources. A moins que...

A moins qu'elles ne soient utilisées par quelque supercherie pour nuire alentours.

En ce cas, la fraternité des 77 pouvait être mise en danger et il fallait trouver une parade rapide à ce péril.

Qui pouvait bien être ce personnage puissant qui se dissimulait derrière ces murs ?

Il fallait qu'il en ait le coeur net.

Guilhem rentrait juste d'un voyage par delà les mers et ramenait, chose curieuse, des lentilles de verre polies, qui assemblées, permettaient de voir de près ce qui semblait lointain. Le soir même, les quatre complices se réunirent dans la grande salle souterraine. Tous les évènements furent consciencieusement analysés. Grâce à un cylindre souple, muni de l'optique appropriée, ils pourraient observer ce qu'il se passait dans cette petite pièce. Il suffisait qu'il soit assez fin pour le faire glisser par un petit orifice qui communiquait entre la galerie et la cave. Paulus s'enquit de trouver les matériaux adéquats et d'étudier le procédé qui rendrait utilisable cette lunette improvisée. Le frère Éric devait descendre dés le lendemain pour escorter le commandeur du monastère auprès de l'évêque. Il en profiterait pour compulser quelques documents de la grande bibliothèque. Il ne devrait pas être de retour avant une bonne semaine.

Joan resterait aux aguets autant qu'il serait nécessaire et se relaierait avec son père pour assurer la continuité de la surveillance. Il aiderait aussi Paulus pour la conception de leur secrète invention.

Force d'essais furent indispensables pour la réalisation. Il fallut combiner les lentilles et un jeu de miroirs pour contourner les obstacles éventuels. Un ensemble de fils dont la tension était commandée, pourraient faire manoeuvrer le tube en de savantes contorsions. Par Contre il fallait que la galerie demeure dans l'obscurité la plus grande pour ne pas faire filtrer la moindre lumière révélatrice dans le dispositif.

La semaine entière se déroula en expériences diverses et fort instructives. Dans la cave, rien ne s'était produit depuis...

L'ancien qui revenait des champs fut frappé de quintes de toux de plus en plus fortes. La fièvre le faisait délirer. Malgré une petite accalmie pendant laquelle il semblait aller vers la guérison, subitement comme un chêne s'effondre il rendit l'âme.

Guilhem profondément attristé porta l'ancien vers sa dernière demeure. Il savait qu'il le retrouverait bien assez tôt. Puis ce fut le tour du maître de forge. Le colosse rouquin perdit l'appétit, ses dents se déchaussèrent, sa vue baissa d'un coup et rien n'y fit. Il s'allongea pour ne plus jamais se relever. L'étau semblait se resserrer autour de Guilhem.

Alors que tout allait au plus mal et que toute chose entreprise semblait vouée à l'échec, le frère Éric entra dans la pièce où Joan et Paulus venaient une fois de plus de démonter et de remonter le fameux dispositif.

Pas la peine, dit il en surprenant du coup le petit groupe à nouveau au complet.

Vous ne verrez rien.

Qu'entends tu par là Éric ?

Je vous fais le pari qu'il n'y a qu'une seule personne au lieu des deux que l'on pense.

N'importe quoi avait lancé Joan.

Ils ajustèrent cette sorte de lunette variable par l'orifice de la galerie qui communiquait avec cette petite pièce de la cave.

Après quelques réglages minutieux, Paulus annonça que la pièce était dans l'obscurité et qu'il était difficile pour l'heure de percevoir quoi que ce soit.

L'attente fut longue dans le silence opaque de cette galerie. Tout juste si une goutte d'eau venant éclater au sol de temps à autre venait distraire les veilleurs.

Soudain, l'oeilleton s'illumina, projetant un rayon de lumière verte dans l'épaisseur de la nuit. Joan colla toute son attention sur l'image nette qui se dessinait sur le mur.

Il distinguait nombre d'objets étranges dont il n'aurait jamais soupçonné la présence dans cette demeure.

Effectivement la femme était seule. Alors qu'elle semblait d'une douceur soignée, tout à coup son regard se fit plus lourd, ses traits se contractèrent et de sa bouche tordue, les paroles d'un homme vinrent se déverser en un torrent d'abominations.

Frère Éric se signa par trois fois tant le flot devenait nauséabond et presque palpable.

Une dizaine d'ombre noires s'échappèrent par la porte du réduit.

Puis, le dialogue commença entre la femme et cette chose qu'elle renfermait.

A chaque fois, un groupe d'ombres surgissaient du néant pour franchir le seuil de la cave. La femme citait les noms des gens du village et lorsque la voix rauque reprenait, les formes semblaient obéir et partaient vers l'extérieur.

Cela dura de longues heures. Lorsqu'elle revint à une forme d'innocence, son front ruisselait de sueurs. Elle se leva, éteint les flambeaux et sortit à son tour.

Frère Éric était livide. Il entraîna ses amis à l'autre bout de la galerie et ils retrouvèrent la pleine lumière de la grande salle souterraine. Il faut murer cet accès immédiatement. C'est pire que ce que j'ai pu découvrir à la grande bibliothèque de l'évêché !

Alors ? demanda Joan encore sous le coup de la stupeur.

Alors ! Répondit Éric. Cette femme souffre d'un mal qu'il faut fuir sans tarder. Érudite sans doute, experte en rhétorique, elle prend soin de ses apparences et se nourrit du malheur d'autrui. Plus elle fait souffrir les autres, plus elle resplendit de cette forme de bonheur proche du vampirisme.

Comment peut on se défendre, nous ne pouvons tout de même pas la tuer ?

Non, car son sang nous tacherait à jamais.

Nous devons en appeler à la sagesse des 77.

Dans le mois qui suivit, les personnes dont les noms avaient été évoqués tombèrent malades, dépérirent et rien n'y fit jusqu'à leur ultime souffle.

Elle semblait frapper selon une logique implacable tous ceux qui exhalaient un temps soit peu le sourire ou cet halos de bonheur propre aux satisfaits de leur oeuvre.

Par précaution, Guilhem et les siens n'affichaient plus qu'une mine sévère qui la réjouissait encore plus que la douceur du miel le plus frais.

La galerie était obstruée par un mur de pierres blanches et malgré cette précaution, la réunion se fit dans une grotte lointaine du village.

Comment lutter contre cette perverse imbue de sa personne ?

Aux dires des plus expérimentés, la chose s'avérait quasiment impossible. Seul un grand choc affectif aurait pu lui rendre une conduite plus humaine. Sans attache que les gens qu'elle brisait rien ne semblait pouvoir l'atteindre.

Frère Éric exposa longuement tout ce dont il avait pu recueillir comme enseignements transcrits dans les livres qu'il avait parcourus. Tous décidèrent de changer de nom et d'établir de nouveaux mots de passe. La clandestinité devenait encore plus nécessaire que jamais.

Quant aux ombres il fallait dépêcher un groupe vers le Nord. Une pierre tombée du ciel avait été découverte il y a fort longtemps et elle avait cette particularité d'émaner une lumière captivante qui attirait puis absorbait toutes les ombres.

Elle se nourrissait de ces formes épaisses qui se fondaient définitivement en elle.

Guilhem partit sur le champ secondé par ses trois autres compagnons.

Quelques jours plus tard, ils arrivaient devant une grotte immense aux murs décorés de signes anciens dont quelques figures géométriques pentagonales.

Guilhem s'approcha de la paroi et la frappa nettement avec un galet rond qui se trouvait là, certainement pas par hasard. La réponse ne tarda pas...

Un des 77 était là qui attendait leur venue. Ils se connaissaient et se reconnaissaient.

La prudence, renforcée par de nouvelles précautions, ils présentèrent leurs méreaux et les confièrent au gardien des lieux. Puis, ils furent conduits au plus profond de la grotte. Une salle brillait de tant d'éclats de couleurs bleutées qu'elle paraissait couverte de soyeuses tentures plissées et rayonnantes.

Malgré la luminosité des lieux, le guide alluma les torches. Aussitôt l'aspect des lieux changea du tout au tout. Les flammes imposaient à présent la danse de l'orangé sur les draperies diaphanes. L'ocre de la terre reprenait le dessus.

Ils se trouvaient à présent au coeur de la salle immense. Au centre, une roche étincelait par son énergie propre, dans un halo azuré. Alors, sortis de nulle part douze anciens vêtus de blanc formèrent un cercle autour de l'autel qui supportait la roche magique. Formant une chaîne, Guilhem et les siens furent intégrés entre chacun. La table sembla se renforcer d'éclats bleutés et toute la fatigue du voyage se dissipa d'un seul coup.

Le plus âgé de tous prit la parole.

Frères de lumière, à l'heure des ténèbres, une partie de nous doit aller éclairer le monde. Unissons nos pensées pour accompagner ceux qui en ont besoin. Après un silence éclairé, les mains se délièrent. L'ancien s'approcha du rocher et saisit une arrête qui se détacha sans efforts.

La pierre vous accompagnera sur le sentier de la vérité. Notre frère le plus vif se joindra à vous pour vous soutenir.

C'est donc à cinq qu'il feraient le retour vers les hautes terres.

Ce gardien quoique agé, paraissait afficher une éternelle félicité et son visage ouvert apparaissait sans ride et toujours souriant.

Ils cheminèrent ensemble et leur gaieté allégeait continuellement leurs efforts. Aucune côte se semblait assez raide pour leur couper le souffle. C'est le travail de la pierre riait l'ancien. Avec elle aucune ombre ne peut nous atteindre. Ils arrivèrent dans la soirée aux portes du village. Joan et Paulus entrèrent discrètement tandis que les autres poursuivaient le voyage vers la salle souterraine. Les rues étaient désertes et froides. Un silence de mort régnait sur le village. Une brume épaisse, différente de celle de la forêt, envahissait les moindres recoins de senteurs fétides. Nulle âme ne semblait survivre derrière les murs couverts d'humidité.

L'obscurité semblait avoir englouti toute forme de vie.

Seule la maison de la femme étrange était éclairée de lueurs vertes.

Joan et Paulus firent un grand détour pour arriver à l'ancienne chaumine de Guilhem.

La mère était là sur le perron et guettait leur venue. Aprés les retrouvailles chargées d'émotions, elle leur servit une soupe de choux au lard et leur expliqua la situation.

Une épidémie sans précédent avait décimé la population et les survivants avaient déserté les lieux pour aller chercher refuge à l'ancienne commanderie templière occupée par les moines.

Comment en si peu de temps ces malheurs avaient pu tout emporter aussi vite ?

La magie de cette diablesse avait du encore se renforcer de toutes ces souffrances au point qu'elle avait pratiquement détruit tous ceux qui la nourrissaient.

Si elle ne voulait pas faiblir, il lui faudrait chercher d'autres victimes.

Joan et Paulus, chargés de victuailles repartirent aussi discrètement que possible.

La salle des 77 rayonnait à présent d'une lumière bleutée. L'ancien avait aménagé un autel et le fragment illuminait tout l'espace.

Ils formèrent le cercle et joignirent leurs mains. L'ancien prit la parole et invoquant la lumière, les encouragea à résister au delà de la souffrance à ce qu'ils allaient endurer.

Les liens se renforcèrent. Tout à coup, les ombres noires, surgies d'on ne sait où commencèrent d'affluer dans la salle.

Elles traversaient le cercle, glaçant jusqu'aux os les maillons humains qui le composaient. Des heures durant, Guilhem et les siens furent stoïques dans cette épreuve difficile. Petit à petit les ombres noires furent toutes absorbées par la pierre dont l'éclat augmentait sans cesse. Alors que l'aube pointait son premier rayon, une lumière bleutée envahit le plateau. Lorsque que le jour se fit, les forces se combinèrent en un arc immense, inondant toute chose. Alors la brume immonde se dissipât et un nuage blanc vint purifier des miasmes morbides les rues, les puits et les maisons. Tout à coup un coq se mit à chanter comme pour annoncer le retour de la vie et des activités humaines.

Au jour resplendissant s'ajouta soudain le cri d'un enfant qui vient au monde. Le pont de lumière changea de teinte et prit toutes les couleurs de l'univers.

Au bout du village, une maison s'affaissa et l'étrange femme, sortit dans la rue éblouissante de soleil. D'un seul coup, devant la joie et les rires qui fusaient à nouveau, elle s'effondra. Toute la beauté innocente qui la tenait en vie sembla s'évaporer. C'est une vieille ridée, au regard livide et au dos courbé qui s'enfuit péniblement vers le Nord.

Alors les rues s'animèrent à nouveau comme au lendemain d'un hiver de glace.

Les habitants revenaient. Les moines les conduisaient en une procession joyeuse de retrouver un espace libéré de la tristesse.

Là bas, dans la salle des 77, les cinq venaient de sortir du cercle. Joan fut médusé en voyant ses amis dont la chevelure affichait les reflets argentés propres à la pierre magique. Le bleu et le blanc s'y mêlaient désormais en de subtiles déclinaisons.

Se découvrant à nouveau dans ce caractère familier et fraternel, leur rire emplit l'espace et résonna au dehors en une cascade joyeuse.

Depuis ce jour, une fête de joie fut donnée au village pour célébrer l'évènement.

Seule la comédie joyeuse y fut donnée pour éloigner la tristesse. L'humour s'y cultiva au quotidien en de plaisantes finesses.

Le langage en subit la marque docile et jusques dans l'accent la chaleur inonda les mots d'une musique riante.

Le Midi résonnait au plein soleil de la richesse d'esprit. Elle éloignait désormais les fâcheux contretemps et vampires de tout poils.

 

Je laisse là Guilhem et les siens profiter de la liesse !

Mais, qui sait si demain...

Un prochain épisode ?

 

Gilles.

 

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Publié le par puyvalador-rieutort
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Le retour de Guilhem.

 

gelée de septembre 2012 008

gelée de septembre 2012 010

 

Sentant leur fin approcher, l'usure ayant consommé jusqu'à leur dernier sourire, les adeptes de cette nouvelle foi chrétienne recevaient le consolament et s'ils ne passaient pas, ils poursuivaient l'endurró.

Ils ne mangeaient plus, ni ne buvaient et se laissaient mourir lentement dans les affres longues de l'épuisement et les délires de la fin.

Quelle absurdité qu'un sacrement qui se veut définitif !

Guilhem venait de vivre les derniers instants d'un de ses vieux amis et il avait eu beau déployer tous les arguments pour le faire renouer avec la vie, rien n'y fit.

Alors, pourrait il lui même suivre ce même chemin absurde qui n'était qu'une impasse volontaire au flux tournoyant de la vie ?

Au nom de quoi pouvait on se priver du don naturel qui coule en chacun comme l'eau de la première source ?

Finalement, quoi de plus naturel que cette ultime surprise qui vous prend au dépourvu. Elle viendrait bien assez tôt !

Il y avait tant de choses à faire, à voir, à découvrir. L'éternité n'y suffirait peut être pas.

Guilhem traversa le village et fut incommodé d'une odeur nauséabonde. Juste à la sortie, un bûcher se dressait et les restes déterrés d'anciens bonshommes s'y dégradaient dans la fournaise. Après les vivants, c'était les morts que l'on brûlait...

Il fit un large détour et reprit le chemin de la montagne.

Pendant que la noblesse usait de compromis, ce qui est dans leur nature, le peuple crevait de faim et tremblait sous la pression d'une église ne leur apportant que menaces et sentences au lieu du réconfort tant attendu.

Trouver une autre voie, une autre façon de donner de la raison et un sens méritoire à ce monde de fous. Guilhem ressassait en arpentant le sentier rocailleux qui l'éloignait de l'absurdité quotidienne.

Ils prônaient tous la Paix et voilà ce qu'ils en faisaient de la Paix, un charnier permanent. Il se devait une conversation avec l'ancien et il comptait bien y amener son compère maître de forge.

Il fit une halte chez le colosse et tous deux après une longue veillée repartirent au petit matin en laissant l'atelier aux mains de l'aîné.

Joan était devenu un expert dans tous les arts de la forge et de la fonte. Il maîtrisait bien plus de techniques et de connaissances que les autres ouvriers qui défilaient sans cesse pour leur voyage autour du métier.

Il avait été compagnon et de lui même, il était revenu s'établir avec le colosse rouquin qui le protégeait quelque peu de l'ombre familiale.

Ils formaient une ossature complémentaire et leur réputation n'allait qu'en grandissant.

Sachant l'art de compter, de lire, d'écrire, Joan tenait les registres aussi bien qu'un clerc. De plus il savait anticiper sur les commandes et négociait efficacement les fournitures pour les deux forges.

Avec une fierté débordante, il se voyait confier la tenue de l'illustre atelier.

Il saurait s'acquitter de sa charge par les qualités qui lui étaient reconnues.

Mais, du calme, du calme et du sang froid !

Il y avait pas mal d'ouvrage à réaliser et l'organisation demandait autant patience que courage. Les deux compères disparaissaient déjà au détour du chemin. Alors que Joan se retournait, quelle ne fut pas sa surprise de se retrouver nez à nez avec son père.

Mais ? Mais ! Mais...

Ne fais pas la chèvre fiston, viens à l'abri sous le porche. Je vais t'expliquer et cela devrait prendre quelques heures.

Joan était abasourdi et plus il comprenait les étrangetés comportementales de son père, plus sa bouche s'agrandissait. Il aurait presque pu gober un oeuf d'autruche !

Maintenant, viens, nous allons à la grotte.

Mais, l'atelier ?

Ne t'en fais pas tu le tiendras à merveille à ton retour dans moins d'une heure.

Joan avait confiance en son père et pourtant, il avait un petit pincement au coeur en s'éloignant de la bâtisse. Alors qu'ils passaient la crête, il se retourna et crut avoir la berlue. Son sosie redescendait de l'autre versant et pénétrait dans l'atelier.

Il était ici et en bas en même temps.

Il se fit une raison et emboîta le pas sur celui de son père.

Alors, moi avec toi, c'est comme toi avec le maître de forge ?

En quelque sorte oui, mais, non.

Comment ça oui mais non ?

Oui, nous avons nos doubles qui ne sont que nous même dans des temps et des espaces différenciés. Nous pouvons voyager ensemble et séparément. Non, car ton patron n'est pas initié et tu ne devras jamais le laisser douter sur la moindre parcelle de vérité compromettante.

Tu apprendras vite. Il le faut.

Le vallon les avala dans la pleine lumière de cette dernière journée de printemps.

Ils arrivèrent à la première grotte juste avant la nuit. Ils n'eurent de cesse de travailler pour que Joan soit fin prêt avant l'aube révélatrice par la lumière de la porte sur le passé. Désormais ils étaient deux au moins à échapper au flux unique du temps.

Alors que le premier rayon de soleil pénétrait jusqu'au signe, Guilhem et son compagnon venaient d'entrer chez l'ancien pour une sérieuse discussion.

Ici et ailleurs en des temps différents, mais jamais au même endroit...

Pour ne pas se confondre Joan et son père portaient des anneaux anciens frappés de symboles étranges qu'ils tenaient à l'envers des curieux.

Ainsi, ils pourraient faire la différence entre l'avant et l'après.

Pendant que Guilhem se retrouvait une fois de plus dans son épais buisson, Joan redescendait vers la forge tout comme à son premier jour d'apprentissage.

Éternel recommencement ?

Non, il le savait, plus jamais rien ne serait comme la première fois, du moins dans ce qu'il avait éprouvé de si fort en ce moment là.

De son côté, Guilhem menait un plan destiné à faire sortir de l'ornière les victimes de l'absurdité extrémiste. Il fallait donner une ampleur sans pareille à cette vieille confrérie de travailleurs émérites.

L'ancien opinait de la tête, mais souffrait déjà de devoir reprendre la route pour aller retrouver les descendants de la longue lignée.

Le maître de forge aussi reprendrait son long voyage pour rassembler les frères des métiers. Guilhem allait forcer encore plus les passages et se retrouver en bien des lieux en même temps aidé de son aîné.

Au bout de trois années de pérégrinations d'atelier en monastères de forges en chapelles, de forêts en cavernes, ils revenaient sur le haut plateau accompagnés des représentants patentés de chaque organisation secrète.

Qu'ils soient les gardiens d'anciennes religions, de simples moines ou les survivants d'ordres persécutés, ils voyageaient deux par deux sans entrave que celle de ne jamais évoquer ce qui pouvait les opposer. Pour les tisserands, les compagnons, les charbonniers et autres confréries, pas question d'aborder quoi que ce soit qui n'allait pas dans le sens commun.

Chacun allait amener ce qu'il avait de meilleur dans le but de le transmettre en même temps que celui de recevoir. Réunis dans une grande salle sous-terraine, les 77 formèrent une chaîne humaine se tenant par la main. Ils ne purent s'exprimer que deux fois par soirée et il y en eut suffisamment pour que tout soit dit.

gelée de septembre 2012 011


En deux années les liens furent tressés entre toutes les organisations. Il fallut encore deux années supplémentaires pour donner l'ossature finale de ce qu'ils appelleraient désormais La Mère.

Leurs devoirs d'assistance mutuelle furent codifiés dans trois langues différentes répondant à trois niveaux de perception distincts. Chaque année ils se réuniraient en un lieu différent. Tous allaient agir de concert pour influencer tant les puissants que les faibles. Non pas sur une stratégie imposée, mais par le sens commun de valeurs représentatives. Ce serait long, mais ce ne serait pas vain. Chaque fois, le chemin tortueux viendrait au secours des misérables et insufflerait la voix de la raison pour le bien commun. Bien sur, rien n'est jamais acquis et les siècles à venir seraient chargés d'ouvrages périlleux mais dignes de l'investissement total et désintéressé.

Justice pour les hommes et Paix pour les âmes.

Paix pour le peuple élu.

Justice équitable pour tous les autres !

 

Ils étaient quatre pour entamer un nouveau lever de soleil, trois dirigèrent les fondations et 77 écrivirent la suite...

 

Qui sait si le retour de Guilhem n'est pas pour hier ou pour demain à moins que ce ne soit les deux en même temps en des lieux différents. Cette histoire se poursuit ici et ailleurs, hier et demain sous le même ciel éternel. La Mère et ses fils tisseraient des liens toujours plus solides.

 

Gilles.

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Publié le par puyvalador-rieutort
Publié dans : #Guilhem...

Entre monts et merveilles.

 

 

Sourdes, sont trop souvent les oreilles !

Écoutes avec le coeur !

Entends tu le métal qui chante sur l'enclume et les battements rythmés de son âme ?

Sens tu sa parole à la trempe brutale dans les eaux glacées venues de la fonte des neiges ?

Ce crépitement de joie, lorsqu'il se débarrasse de ses impuretés, vois tu comme sa chair est profonde au coeur du foyer ?

Guilhem écoutait le maître de forge qui transmettait à son aîné le savoir sans cesse abreuvé de nouvelles découvertes.

D'ici deux ans, il pourra entamer son voyage. Le colossal forgeron riait à pleines dents dans sa barbe roussie par le brasier ronflant. Il est aussi fort que franc et sa patience n'a d'égal que son courage. Ce petit fera bien son chemin !

Les commandes affluaient en toutes sortes d'outils que Guilhem ramenait sans cesse dont on ne sait d'où, ainsi que certaines techniques originales.

De temps à autre, ils expérimentaient de nouvelles trempes, construisaient des moules réutilisables et grâce à la rivière proche, utilisaient la force de l'eau pour manoeuvrer un pilon de taille aussi impressionnante que le maître des lieux.

Les deux ateliers se complétaient à merveille et les minerais utilisés étaient si différents que chaque forge avait ses spécialités inimitables. De nouveaux alliages allégeaient les outils en leur conférant une résistance exceptionnelle. La rouille ne semblait plus devoir altérer la durée de leur vie,

Les trempes additionnées de certains sels d'origine animale donnaient plus qu'une patine aux ferrures les plus simples. Dans les siècles futurs elles seraient encore là pour témoigner par leur longévité d'un savoir faire ancestral ingénieux.

Les apprentis et compagnons se relayaient en permanence et les tombereaux de charbon allaient bon train. Les confréries fournissaient main d'oeuvre et servaient aussi de réseaux pour faire passer l'un ou l'autre vers des terres plus hospitalières.

Même si la noblesse y trouvait son compte en revenus non négligeables elle ne supportait qu'à contre coeur ces hommes libres de leurs connaissances et de leurs sempiternels voyages. Quant au clergé...L'inquisition qui poursuivait son oeuvre de terreur se faisait plus discrète lorsque s'ouvrait un chantier pour une abbaye, un clocher ou pour donner de la lumière aux bâtiments de travail des monastères.

Les techniques et les idées des moines étaient précieux d'ingéniosité et les échanges avec ces hommes simples renouaient une confiance autre qu'avec l'église officielle.

Par les monts passaient des merveilles et les métiers se diversifiaient en amenant immanquablement de nouveaux concepts ainsi que des ouvertures d'esprit cultivant des degrés d'expression si nuancés que les gens d'armes y perdaient leur piètre latin.

Guilhem, malgré une apparente jeunesse qui s'éternisait, semblait de plus en plus absent et fatigué. Son coeur se lassait de ses voyages entre passé et futur.

Partout où se trouvaient les signes, il s'y était rendu. Anticipant sur le futur il connaissait mieux du passé les sentiers tortueux que les hommes de pouvoir imposaient à leurs sujets.

Le sien était une mosaïque aux couleurs nuancées. Tous ces peuples, leurs croyances et leurs coutumes avaient ouvert en lui une perception toujours éblouie des lumières du monde. Plus que les hommes, leurs âmes donnaient l'ampleur de la vérité omniprésente en tout lieu. Pas de visage, mais une force qui régissait et orchestrait en de justes proportions un univers multicolore. Merveille des merveilles en toute chose.

Plus que des relations en tous lieux et temps, Guilhem avait tissé des liens fraternels.

Parfois, il lui semblait que tous étaient ensemble présents aux portes d'un monde libre de ses contraintes naturelles.

Lui l'évadé, le voleur du temps, le mangeur de distances, lui, si amoureux de l'amour.

Lui le désireux, le voyageur patient, lui qui avait vécu plus de mille ans en amont ou en aval de la source de sa vie. Lui, Guilhem souffrait de l'éternel recommencement.

Son couteau de silex en poche l'appelait toujours plus loin. Il lui rappelait aussi le temps du retour et de cette joie simple et débordante dans laquelle il puisait ses forces. Guilhem forgeait continuellement la volonté de s'améliorer pour faire évoluer les hommes vers d'autres concepts.

Né quelque part d'une grotte, il savait que lorsque viendrait son heure, il y retournerait une dernière fois pour s'y emmurer définitivement.

Tant que sa mécanique interne le porterait, il ne manquerait pas d'honorer les siens et le créateur de tant de merveilles. Derrière le mur lisse de la nuit, au delà du tourbillon, il se fondrait une dernière fois dans la légende de l'éternité avec toutes les âmes qui l'avaient précédé et celles qui sont déja là.

Qui sait entre monts et merveilles, si quelque évadé ne trouverait pas les passages de la vérité...

 

Gilles.

 

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Publié le par puyvalador-rieutort
Publié dans : #Guilhem...

Les voyages de Guilhem.

 

 

Qu'il est long le chemin que l'on revit à chaque fois !

Pourtant, Guilhem semblait avoir trouvé de propices raccourcis.

Il s'était même permis de se dévoiler aux deux bonshommes qui remontaient la vallée. Ceux ci, forts surpris faillirent s'enfuir, mais il les rassura du fait que personne ne les suivait et il leur indiqua les meilleurs passages pour franchir discrètement la contrée. Sans le savoir, Guilhem agissait sur le serpent qui se mord la queue. Il se libérait de plus en plus souvent et n'ayant plus de prise, la vie semblait éternelle.

Non seulement il étonnait d'un savoir toujours plus grand, mais il appliquait des connaissances que nul ne soupçonnait. Même l'ancien se posait quelques questions...

Plus il retournait à la grotte, plus il évoluait. Après avoir voyagé vers des passés plus ou moins lointains il faisait le projet de tenter une expérience nouvelle.

C'est donc sur la fin du printemps qu'il partit une fois de plus vers les gorges de la Frau. Arrivé le 19 ème jour de Juin, il revisita encore une fois l'espace autrefois aménagé par un homme de sagesse. Le vieux sentant sa fin proche, s'était emmuré.

Guilhem avait protégé les restes sous un amas de roches et cultivait toujours une pensée pour celui qui lui avait ouvert les yeux sur d'autres réalités.

Inspectant le mur du fond, il fut surpris de découvrir une cache renfermant d'autres documents. Avidement il se mit à les déchiffrer. Il improvisa quelques outils pour appliquer les indications lumineuses. Une sorte de pendule rudimentaire, une croix de bois, un récipient plat rempli d'eau. Toute la nuit il oeuvra aux triples indications données dans les trois langues qu'il avait eu le temps d'apprendre dans ses parenthèses ouvertes sur un passé toujours futur. Il sentait bien que ce qu'il déployait au dehors par ses actes le transformait bien plus au dedans.

Le perpétuel désir grandissait au fur et à mesure qu'il faisait taire et domptait la bête qui l'abaissait.

Il ne savait pas ce qu'il cherchait puisqu'il ne l'avait pas encore trouvé. Mais, sa quête n'en était que plus grande et la beauté de ses rencontres renouvelées ornait sa vie de la simplicité authentique.

Quelle joie grandissante de retrouver sans cesse les siens dans les meilleurs moments, ceux de l'amour qui se répand sur la maisonnée reconstituée.

Le jour approchait et Guilhem se demandait avec quelque crainte au possible non retour. Lorsqu' il vit que le rayon du soleil ne venait pas, il sortit précipitamment et aperçut une autre ouverture dans la roche un peu plus loin. Un peu déçu il emprunta un escalier rudimentaire dissimulé sous des bouquets de bruyère.

La nouvelle grotte était identique à la première. Il s'engouffra directement vers le fond et son énigmatique mur lisse. Le signe était là mais inversé. Le sol était lisse et la voûte rocheuse était dégarnie de son ciel étoilé. Il se mit à nettoyer le parterre et découvrit une multitude de symboles agencés en constellations. Ce qui est en haut et comme ce qui est en bas se trouvaient finalement opposés et complémentaires entre l'une et l'autre des deux cavités. Trois jours durant, il s'appliqua à explorer les galeries avoisinantes et découvrit deux autres espaces aménagés sur des hauteurs et des écartements différents. Il était perplexe et avait beau lire et relire les papyrus, rien n'y faisait. Il se résigna au retour vers son pays d'accueil. En chemin il s'arrêta chez le maître de forge.

Il fait beau se revoir lui lança le colosse.

Tant qu'il ne pleut pas, répondit Guilhem...

Ils étaient seuls dans l'atelier encombré d'outils de toutes sortes.

J'ai reçu la visite d'une équipe de charpentiers et d'ouvriers qui m'ont passé commande importante de matériel, s'épancha le forgeron en voyant le regard de son hote sur les réalisations récentes. Ils se préparent pour un nouveau chantier.

Ce serait en albigeois et il y en aurait pour nombre d'années...

Guilhem resta quelques temps chez le maître de forge et ce dernier l'initia aux subtilités des métaux. Du creuset à la forme en passant par les trempes, tout y passa. Guilhem était avide et aussi enthousiaste que persévérant dans l'ouvrage.

Il apprenait si vite ce que son compagnon lui transmettait que celui ci se sentait un peu dépassé. Mais, son expérience était si grande qu'il trouvait sans cesse de nouveaux axes pour orienter cette formation accélérée.

Toutefois Guilhem se garda bien de révéler son secret de pouvoir revivre sans cesse l'expérience forgée sur le temps délivré.

Au total sept longues années cumulées et dérobées aboutirent au chef d'oeuvre qu'il réalisa en à peine un mois.

De retour sur le plateau, il s'enquit aussitôt à bâtir une forge et à se mettre à l'ouvrage.

Il devenait le relais et le complément du maître de forge. Ils ne manquaient pas de se rencontrer et échangeaient travaux et relations.

Guilhem envoya son aîné en apprentissage chez son compagnon qui le reçu comme son propre fils.

Il retourna à la veille du solstice d'été dans la nouvelle grotte.

Après une longue nuit de veille il s'apprêtait aux voyages vers des temps et des lieux inconnus.

L'aurore naissante le trouva debout contre la roche lisse, face au signe inversé.

Lorsque l'une monte, l'autre descend...

Il se remémorait les énigmes des écrits. Les plateaux de la balance se trouvaient en équilibre en de justes proportions. Le rayon de lumière le pénétra tout entier et dans le tourbillon du signe il se retrouva aspiré par la terre.

Alors qu'il retrouvait une faible lueur au bout d'un interminable tunnel, il se demanda s'il ne devait pas faire demi tour. Mais, c'était trop tard. La porte du temps venait de se refermer sur lui et sur le passé.

Les lieux qu'il découvrait à présent lui étaient inconnus. Chose étonnante il se retrouvait dans ses habits d'évadé comme dans les précédents voyages. Son dos endolori, mais toujours aussi jeune.

Devant lui s'étendait une large vallée fleurie de toutes couleurs et nombre de chemins la sillonnaient de toutes parts. Les habitants de ce pays parlaient une langue étrange et les signes étaient présents en bien des endroits.

Visitant la contrée, il trouva de l'ouvrage dans une forge locale où petit à petit il se fit grande réputation et apprit la langue commune.

Ceux d'ici ressemblaient en tous traits à ceux du plateau montagnard. Leurs coutumes étaient plus évoluées et certainement plus complexes. Le lien de ces deux peuples n'en était que plus évident. Ici, bien au Nord du Midi, les enfants de la terre avaient bâti un monde sur les fondations de leurs aînés.

Certes christianisés, ils ne manquaient pas de se réunir en secret pour célébrer les anciennes coutumes.

Les feux d'été et ceux d'hiver semblaient en appeler à d'autres feux plus anciens aux sommets de montagnes plus hautes.

La lande de fougères lui rappelait ses sorties vers le Donnézan et les pierres dressées, celles que les moines avaient abattues et qui gisaient en attendant d'autres temps plus cléments.

Il fit connaissance des anciens et participa aux anciens rituels de la contrée. Les monts d'Arrée étaient superbes et les mousses et bruyères généreuses. Le Carcannet, hélas était un peu trop présent.

En allant vers le futur, il venait de retrouver un passé plus ancien dans l'histoire des hommes farouches.

Les légendes étaient nombreuses et les fêtes populaires ne faisaient que renforcer le désir plus grand de retrouver les siens. Il embarqua sur un navire faisant voiles vers une terre isolée par la mer. Plus qu'une île, elle était un pays dont les âmes gardaient jalousement le secret de la vieille culture. Il arriva au coeur de l'horloge de pierre et attendit l'aurore entre Merlin, Vivianne et la multitude d'elfes aux senteurs boisées.

Lorsque le premier rayon vint frapper le signe du retour, il serrait encore une poignée de cette terre fille de ses origines.

Il se retrouva aussitôt au mourral et tout fut à recommencer !

Il savait bien que de nombreux rayons reliaient bon nombre de portes entre des lieux et des temps autrefois séparés. Le prix à payer en était l'éternel recommencement...

Sa femme toujours aussi belle viendrait encore près du buisson et il murmurerait son nom.

Mais, ceci est d'une autre histoire. Attention aux égarements, il est plus facile le temps du partir que celui du retour. Tant l'attente parait plus longue, ce qui s'est passé vient plus facilement de ce qui deviendra.

 

La suite n'est pas encore dans les pas, mais, qui sait si elle adviendra.

 

 

Gilles.

 

 

 

 

 

 

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Livre ouvert d'une terre fermée.

 

 

Guilhem écoutait avec grande attention les sages paroles de son ancien. De générations en générations, de places en places l'expérience renouvelée avait suivi celle d'un monde en perpétuel mouvement. La transmission se poursuivait par un rituel à priori simpliste mais si enrichissant. Il n'est qu'un peuple élu et plutôt que celui des hommes, c'est celui des âmes qui était le gardien de la foy. Pas de couleurs, sinon toutes réunies et absentes. Pas d'écritures vaines, seulement une parole d'entendement raisonnée.

-"Souffle le vent, volent les feuilles. Le cycle touche à sa fin. La guerre se termine au Nord et les derniers bûchers emportent les cendres d'un monde qui repoussa les mensonges tressés par les puissants.

Souffle le vent, tombera la neige sur la terre gelée.

Tourmente du matin qui efface les pas des pèlerins.

Les pages du grand livre voient ses écritures s'envoler sur le tracé des jeunes vies. Demain n'est pas encore écrit et la vraie foy demeure dans les coeurs de ceux qui portent en eux leur église. Se taisent les paroles vaines du verseur d'absurdités.

Glissant au travers des ages, fuyant le vice et ceux qui y succombent, seuls les enfants de la lumière retrouveront le sentier du sacré.

Demain se relèveront les révélations, demain, l'aigle reprendra son envol au dessus de la roche percée. De tous points le livre ouvert donnera les lignes d'un nouveau cycle.

Le silence de paix régnera sous la voûte céleste.

Des écritures en viennent d'autres qui n'en sont pas.

Souffle le vent, volent les feuilles, c'est le temps du partir.

La fin sera le début et ce sera le début de la fin. Le serpent va relacher sa queue et le temps se libérera des cadrans étriqués.

Souffle le vent tombe la neige.

Plus de traces factices, l'espace libre et le voyageur innocent retrouve son chemin.

Le tourbillon du noir et du blanc mêlés ouvre sa porte de vie. Sur un point tout se rejoint. La grande somme aligne les chiffres de toutes les souffrances qui ont touché les vivants et les morts. Aucun ne lui échappe, elle les retient tous et pose le rayon de la nouvelle circonférence.

Celui qui cherche rencontre ce qu'il ne connaît pas sur des chemins nouveaux. Celui qui demande reçoit. La porte reste ouverte et le voyageur y retrouve les siens des deux côtés du bâtant. Ombre et lumière en dedans et au dehors.

Sitôt l'une monte que l'autre descend, la balance pose son fléau et les plateaux en sont égaux.

Souffle le vent gèle la terre.

Au fond de la grotte, le signe. Sous le signe, la terre. Sur le signe la voûte céleste. Devant le signe le présent. Au delà du signe le passage.

Livre ouvert sur une terre fermée.Venait le temps du partir. Vole la neige, volent les pas, ne te tourmentes pas, ton chemin se dessine derrière toi et s'efface dans la nuit des ignorants.

En un jour, tous les jours. Ici est ailleurs, il suffit d'avancer..."

Voilà, Guilhem, c'est la traduction des premières pages. Mais cette écriture ancienne n'est pas facile à déchiffrer. Elle porte trois languages et les sens qui donnent le centre de chaque idée sont comme des miroirs qui se reflètent les uns dans les autres.

Certaines choses m'échappent encore, mais je pense qu'il faudrait retourner sur les lieux d'où tu as rapporté ces feuillets de papyrus.

Le temps est propice et la paix, aussi douteuse qu'elle soit, fonde des chantiers à bâtir de toutes parts. Sur l'art se lancent des ponts et les arcades s'élèvent vers le ciel. Beaucoup de nos frères y sont occupés.

Ils t'aideront et te seront reconnaissants par le geste approprié.

Le seau que tu portes au doigt t'ouvrira bien des portes anciennes, mais tiens le à l'envers des profanes et des intégristes.

Peu de tisserands anciens ont survécu mais tu peux compter sur eux. De même les lapidaires et orfèvres véritables nous sont redevables de ce que nous avons laissé en partant. L'intérêt est capital, tu en auras besoin. Ne prends que le nécessaire. Hâtes toi et reviens nous au plus vite.

Le soir venu, la famille se retrouva pour un repas commun. Tendresse et bienveillance étaient généreuses. Minuit ouvrit sa porte sur le monde et Guilhem s'engouffra dans la noirceur de sa cape qui le fondait sur cette terre, telle une ombre fuyante et imperceptible.

Sous la clarté de la lune croissante, il allait vers l'occident pour revenir vers le Nord.

Son chemin se faisait à l'inverse de ce qui l'avait conduit. Il franchit le passage par la retirade secrète des contrebandiers. Le jour le trouverait sur une cime, loin des hommes et si près du ciel.

Rouge du levant mène le vent ou la pluie jusqu'au couchant.

Le froid mordait à pleines dents les joues de Guilhem. Pourtant, il ne s'en occupait guère. Toute son attention était fixée sur deux points qui remontaient la vallée enneigée. Il retourna sa cape, s'engouffrant dans la blancheur du tissu. Cependant il lui faudrait patienter pour connaître l'itinéraire de ces deux formes obscures qui gravissaient lentement le sentier.

D'aussi loin qu'ils soient, leurs paroles avares montaient distinctement jusqu'au petit col où Guilhem attendait. C'était de l'occitan mais pas celui de l'Ariège. Plutôt celui de la Bigorre avec tous ces H aspirés.

Dès qu'ils furent à portée, l'évidence en devenait frappante. Un jeune qui suivait un plus âgé, maigres et pourtant pas osseux. L'aîné questionnait son suivant et l'autre répondait en soufflant. Était ce Béliblaste ou quelqu'autre rescapé ?

Les deux bonshommes marquaient une pause. En silence, ils s'étaient mis à prier.

Lorsqu'ils franchirent la crête, leurs voix se perdirent sur l'autre versant.

Ils devaient fuir vers Barcelonne et peut être de là vers l'Aoste. Qui sait ?

Au bout d'une heure, s'assurant que personne d'autre ne suivait les parfaits, Guilhem reprit sa descente vers le plateau suivant.

Avec la nuit qui montait de l'Est, il arriva aux abords d'un petit village dont le maître de forge était réputé. Fort d'un voyage long et de connaissances diverses il avait autrefois été reçu chez les frères de Guilhem.

Heurtée par trois fois, la porte s'ouvrit sur un gaillard impressionnant. Le dévisageant sévèrement le colosse lui demanda d'où il venait. Casa Sanjon répondit calmement Guilhem. Que venez vous faire ici ?

Je ne suis que passant et sans aucune attache. Je poursuis le chemin que la main de mes frères ont tracé. Ouvrant la paume, il découvrit le seau.

Belle journée pour voyager !

Pas de question.

Pas de réponse.

Pas de raiponce mais une table et un lit.

Demain je t'accompagnerai jusqu'aux gorges de la Frau.

Ils prirent un repas copieux. De la marmite fumante montaient les relents de choux et la grosse croûte de pain qui baignait dedans fut vite dévorée.

Minuit sonnait lorsqu'ils finirent leurs préparatifs. La nuit avait été courte mais profonde d'un sommeil réparateur.

Dans sa cape retournée aux couleurs de la céleste étoilée, guilhem réfléchissait. Il refaisait le chemin de son évasion à l'inverse.

La marche qui suivit en s'enfonçant dans la pénombre fut longue et silencieuse.

Le maître de forge devançait de vingt pas et s'arrêtait souvent aux aguets.

Le terme du voyage approchait à pas mesurés, prudence était de mise.

Hors de toute présence les deux compagnons se séparèrent sur le signe du partir.

Guilhem entamait une descente prudente. La grotte était en contre bas, au deux tiers de la pente. Ce vingtième jour de Décembre, il se réfugiait dans la profondeur de la cavité. Rien n'avait changé. Personne ne devait avoir franchi l'épais buisson qui masquait ce refuge. Cependant, il fallait le dégager pour que le soleil puisse entrer jusqu'au signe espéré.

Cette dernière nuit serait longue et il en profiterait pour relire les notes que l'ancien avait tracé. Les écritures d'origine étaient bien étranges et bon nombre de dessins semblaient ponctuer les textes les plus variés.

Il lut et relut jusqu'à en oublier ce qui était écrit. Alors le soleil se leva et son premier rayon vint pénétrer l'espace vierge de toute lumière.

Suivant le trait, Guilhem se retrouva tout au fond de la galerie. Il lui apparaissait que celle ci n'était pas aussi naturelle que ce dont il en avait eu l'impression.

Sur la roche lisse qui obstruait le passage un signe inconnu représentait un tourbillon à trois branches. Se penchant pour saisir une poignée de terre, Guilhem eu une intuition bouleversante. Il se releva et au dessus de sa tête une voûte céleste ornait le dôme de ce qui semblait être un cul de sac. Il était devant le signe et il fit un pas.

Alors, le tourbillon se mit en mouvement. Plus rien n'avait plus d'importance sinon que le retour vers la chaumine et sa famille.

Tout semblait se liquéfier et il fut emporté au travers d'un tunel orné de lucioles tremblantes. Le vertige le saisit et soudain tout s'obscurcit.

Lorsque Guilhem rouvrit les yeux, il se trouvait au lieu dit le Moural au dessus du hameau voisin de son village d'accueil.

Comment avait il pu en quelques fractions de temps passer d'un lieu à l'autre ?

Il ne rêvait pas. Ce qui l'intrigua encore plus était que sa superbe tenue et sa cape avaient disparues. Son dos lui faisait mal et il approcha prudemment de la maison familiale. Il s'arrêta dans un buisson et soudain, elle était là. Sa femme s'approchait comme il y a fort longtemps. Il sentit son parfum, et, malgré la distance aussi faible il se mit à murmurer son nom. Il revivait chaque seconde de ce temps qu'il croyait évanoui. Il aimait sa femme bien au delà de ce qu'il aurait pu imaginer et pourtant il ne pouvait se résoudre à perturber ce qui dans un temps ancien avait été le moindre de ses mouvements, le moindre de ses mots.

Devant le signe, le présent s'était effacé entre la terre et le ciel.

Au delà du signe le passé, le futur ? Il ne savait plus qu'une chose. Dans l'absence de couleurs toutes avaient répondu par le rayon d'une nouvelle circonférence. Les plateaux de la balance s'étaient trouvés en d'égales proportions et ce qui semblait un mur révélait un passage.

Il savait que tout serait à recommencer...

Demain il les reverrait tous et l'ancien se pencherait à nouveau sur les étranges écrits qu'il avait rapporté...

Ceci est une autre histoire. Le futur n'est pas encore né et les chemins sont vierges de pas qui s'enfuient...

 

Gilles.

 

 

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Publié le par puyvalador-rieutort
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L'évadé.

col des hares 2011 063 

Courir plus vite, vite courir. Droit, tout droit, sans se retourner, courir à rendre l'âme. Vite, encore plus vite, s'échapper, pour leur échapper.

Le sang qui bat les tempes et l'écume à la bouche, Guihem n'en pouvait plus. Sans ce désir immense qui l'enchaînait à sa vie et à ses convictions, il serait resté prostré au fond de sa cellule. Mais c'était plus fort que lui et ses poumons qui s'enflammaient sous l'effort le poussaient au delà de la douleur à engouffrer encore plus l'air de la liberté.

La peur donne des ailes, c'est à peine s'il touchait le sol à chaque foulée. Ce qui l'aiguillonnait bien plus dans sa course était ce vieux réflexe volontaire, tenace, de continuer à attiser le feu en lui. Dépasser, se dépasser pour mieux se retrouver.

Loin, plus loin, encore plus loin, fuir ce qui lui faisait horreur. La vitesse contre la lenteur d'une mort misérable. Derrière lui le néant les tortures et la lassitude. Devant lui le soleil, la forêt et la vie qui l'aspiraient vers demain.

Les plaies de son dos lacéré, il ne les sentait plus. Chaque morsure douloureuse avait disparu dans l'effort intense de l'évasion.

Ne pas ralentir encore, continuer sous la frondaison. Là bas, plus loin, il serait hors d'atteinte. Sans hésiter, il franchit la rivière. Noyer son odeur, emporter la fraîcheur au delà du lit tumultueux. Accélérer dans les côtes, voler par dessus les fougères, éviter les branchages, anticiper les rochers. Courir, vite, ne pas s'écouter.

Ses muscles tendus jusqu'à la limite de la déchirure imploraient sa raison. Encore un effort, passer ce col, franchir cette crête. Plus loin, encore plus loin.

Le terrain devenait de plus en plus accidenté et il dut se résigner à ralentir. La pente était si raide qu'elle l'emporta dans une glissade interminable. Désespérément il tenta de s'accrocher aux branches des quelques rares buissons. Il jeta ses bras vers un pin salutaire qui amortit cette brusque décélération. Le sang ruisselait de tout son corps d'écorché vif. Mécaniquement, il se releva sans être étonné d'avoir survécu.

Prudemment, il entama la fin de cette pente infernale. Au fur et à mesure que se rapprochait la sortie du goulet, ses plaies se rappelaient à lui en insistant toujours un peu plus. En bas, une rivière plus forte et l'envie de noyer sa crasse. Nettoyer sa peau du sang qui séchait en collant sa chemise comme une armure gênante. L'eau était glacée et calmait l'ardeur des blessures mais le sang continuait d'affluer. Il se résolut enfin à chercher quelques mousses et à panser ces bouches ruisselantes. Quelques fougères broyées au creux d'une roche faciliteraient la cicatrisation. Une vesce de loup desséchée donnerait bien quelques nuages de spores salvatrices.

Découpant sa chemise, du moins ce qu'il en restait, il improvisa ses bandages.

Les battements de son coeur s'étaient apaisés et sa vue s'ouvrait à présent sur un paysage inconnu. La nuit ne tarderait plus et il fallait trouver un abri.

Il escalada prudemment les deux tiers de l'autre versant de cette vallée.

Là sous une roche imposante, au détours d'un épais buisson, une petite grotte proposait une nuit de repos.

Guilhem se mit à ramasser des genêts et des brassées d'herbes sèches. Pas question de faire un feu. La fumée et plus tard la lueur pourraient le trahir. Plus qu'une litière, il se couvrit d'une épaisseur importante des végétaux qu'il avait amassé.

Les branchages disposés devant l'ouverture masqueraient l'entrée et dissuaderaient bien les animaux sauvages.

L'air s'était refroidi et malgré le nid improvisé, il trembla une bonne partie de la nuit.

La chaleur de son corps se retenait sous la couverture végétale et commençait à installer un relâchement agréable.

Libre, mais traqué comme une bête, il revoyait à présent le parcours chaotique de sa vie.

Le désir, c'était bien lui qui l'avait éveillé. C'était lui qui le poussait à comprendre ce qui était au delà des oeillères du quotidien. Pas un désir de fièvres, pas un désir obscur mais un véritable besoin de lumière.

Parce qu'il se cherchait autrement et se méfiait des cloisonnements imposés, il se retrouvait à fuir ses persécuteurs.

Plus il sortait des sentiers battus, plus il s'éloignait des perceptions réflexes qui conditionnaient le quotidien. Là où tous se penchaient sur leur nombril, lui prenait la distance du recul. En se méfiant des autres il se méfiait de lui.

Cette attitude le différenciait en tout et en toute chose. Non pas qu'il soit agressif ou excessif, mais parce qu'il ne l'était pas, il représentait une menace envers ceux qui détiennent le pouvoir. Le doute que Guilhem véhiculait devenait contagieux. Sa fréquentation ne laissait pas indifférent. Il y avait ceux qui l'admiraient sans pour autant le connaître, juste parce que le savoir à côté d'eux les incitaient à d'autres formes de vie. Plus nombreux étaient les autres, indisposés par une image différente dans laquelle ils ne retrouvaient pas leur reflet.

Tant les uns que les autres s'agitaient et cela perturbait les habitudes d'un peuple soumis. Plus d'une fois, sa vie, aspirée, suscitée, pourchassée et finalement captive dans une cage dorée ou une autre d'acier comme celle qu'il venait de quitter. Fuir, éviter, anticiper ne se faisaient pas au hasard et sans motivation.

L'insatiable désir raisonné, qui parlait de silence là où n'étaient que vaines paroles et certitudes futiles, c'était cette voix qui le guidait.

Frappés par une telle malédiction, beaucoup se seraient retirés de la vie communautaire. Guilhem avait fondé une famille non pas pour faire comme tout le monde, mais pour faire et vivre autrement.

Il ne savait pas s' ils avaient pu franchir la frontière par cette nuit brumeuse et glaciale. Sa femme connaissait bien les sentiers qui menaient de l'autre côté de la montagne. Mais, par les temps actuels...Qui sait ce qu'il pouvait surgir au détour d'une roche ou derrière un buisson.

Sur l'autre versant il y avait ce plateau de misère au climat si rude et sa population farouche. Mais, c'était bien là que se trouvait le seul espoir de survie dans ce monde en folie. Guilhem le savait, il ne pouvait espérer en aucun des camps qui allaient se livrer une lutte à mort sous prétexte d'une religion ou d'une autre et dont les failles réciproques lui étaient apparues si évidentes. Sur une vérité se bâtissait le mensonge et parfois du mensonge sortait une réalité. Ni blanche, ni noire était la complexité de la vie. Le nez dans leurs textes et le coeur au placard, ils faisaient du savoir l'idéal d'une vie. Triste folie menant à tous les extrémismes ! Guilhem et les siens, eux bâtissaient sur la connaissance et cultivaient le désir partagé d'évoluer.

Leur réalité transpirait des parfums de la pluralité. Tout semblait reposer sur des mécanismes imbriqués qui échappaient à la perception élémentaire de tous ceux qui ne voyaient que d'un oeil.

Pourtant, il leur aurait suffi de regarder autrement l'univers pour en ressentir les lois naturelles qui régissent toutes choses. Hélas, les lois des hommes sont si différentes !

Dictées par ceux qui détiennent le pouvoir dans le seul but de le conserver, elles organisent la contrainte des autres pour sauver la liberté des élites.

Duperies et mensonges en séries depuis que l'homme est homme de pouvoir et son voisin celui qui le subit et dont il devient tour à tour l'objet et la victime.

La nuit touchait à son terme et le silence de l'entre deux mondes pétrifia l'atmosphère jusqu'au fond de la grotte.

Il fallait se lever, chercher quelque pitance et préparer le départ sans laisser aucune trace du passage. Guilhem se déplia douloureusement. Toutes les blessures le tiraillaient, mais le jus de fougère avait fait son action, elles s'étaient refermées.

Débarrassant les lieux de tout indice et effaçant sa présence, il refit une dernière fois l'inspection des lieux. Au fond de cette tanière il y avait une pierre plate disposée comme une petite table. Il ne l'avait pas remarqué mais à présent elle lui apparaissait telle un autel miniature. Sur le côté, une niche avait été aménagée. A l'intérieur il trouva quelques papiers écrits en une langue inconnue et aussi un couteau de silex emmanché sur un bois de cerf. Pendant quelques minutes il demeura perplexe, ne sachant si en emportant ces reliques il ne se trahirait pas.

Sur sa gauche, une petite galerie semblait avoir été murée grossièrement. Sous la pression de sa main elle s'éboula. Derrière gisait un squelette, certainement celui d'un rescapé fugitif qui, sentant son heure venir, s'était isolé de l'extérieur et protégeait ainsi sa dépouille. Le fait était autrefois coutumier dans ce pays reculé.

Pas le temps de s'attarder sur les écritures ! Il fallait poursuivre prudemment l'escalade et changer de versant.

Récolte faite de quelques racines de bardanne et de raiponses, il s'attarda sur un buisson de ronces pour y dévorer goulûment les belles mûres noires dégoulinantes d' un jus si sucré. Personne ne se manifestait sinon que par les aboiements d'une meute lointaine qui venaient le renforcer dans sa tranquillité. Ses poursuivants s'étaient égarés.

Suivre le couvert et éviter les chemins, les cols, les crêtes, ne se déplacer qu'à coup sur après avoir longuement écouté, senti et observé les points de passage. Prudence, patience et persévérance !

Attendre, dominer l'envie d'arriver, renoncer à être une machine dictée par la faim, la soif. Pour aller jusqu'au bout, réussir, il fallait domestiquer le temps et l'espace.

Tout petit, avec son grand père, il avait appris à se déplacer furtivement. La chasse était une bonne école, surtout avec l'expérience reconnue que lui transmettait le Papi.

Il avait découvert les trois cercles de l'approche qu'il fallait anticiper sans cesse. La vue, l'ouïe, l'odorat formaient un tracé imaginaire pour l'homme et pourtant bien réels pour les animaux chassés. Voir sans être vu, entendre sans faire de bruit, sentir toujours à bon vent... De prédateur il était devenu le gibier fantôme d'une meute de loups affamés de bêtise mais qu'il ne fallait pas sous estimer dans leurs capacités destructrices.

Si chaque espèce avait ses points faibles, ses ruses, ses stratégies, ces hommes en avaient copié les comportements pour leurs besoins guerriers. Même la nuit ils pouvaient veiller et tendre une embuscade.

Méfiant, vigilant toujours en éveil. Ne jamais se relâcher pour ne pas se dévoiler. Mais aussi savoir se reposer en profitant du moindre répit, se soigner pour ne pas laisser une infection gâcher tout espoir. Boire avant d'avoir soif, faire provision suffisante de racines et autres bienfaits de la nature. Tout cela Guilhem s'en était imprégné.

Les jours passèrent imbriqués dans un rythme de sauvage avec un meilleur repas chaque deux jours et de l'eau à profusion.

Un soir brumeux, il arriva tout près de la dernière ligne de crête à franchir. Alors que ses poursuivants semblaient avoir lâché prise sur sa piste, il continuait par réflexe à maintenir son acuité quotidienne.

col des hares 2011 064

Quelque chose ne cadrait pas. Un profond silence régnait sous le couvert boisé. Pas un geai pour donner l'alerte. Pas un renard qui se défile. Trop calme pour être franc. Pas question de voir de plus près, pas de curiosité mal placée ! Alors, doucement, il fit demi tour pour entamer un long contournement. Trois heures plus tard, il regagnait une zone escarpée et c'est dans l'épais manteau de la nuit qu'avec toute la prudence et les sens aux aguets, qu'il put enfin franchir cet escarpement rocheux. A tâtons, au risque de chuter, il glissait comme l'anguille, imprenable. Un long rampé dans les genêts le conduisit en aval vers le village endormi. Cependant, il préféra attendre le jour pour approcher des habitations et peut être apercevoir l'un des siens.

Là, si proche, mais sait on jamais !

Une troupe armée aux couleurs Catalanes redescendait de la route de France. Il comprit que la relève avait été donnée sur le col et que la guerre risquait de déborder sur ce versant. Un gibet bien garni et en vue prévenait tout intrus du danger encouru.

Le soleil était au zénith lorsqu'il arriva par le Sud aux portes d'une maisonnette qui jouxtait un bois de pins. Alors, il la vit enfin.

Elle sortait pour aller certainement chercher quelque brassée de bois. Le désir de la prendre dans ses bras était si puissant, qu'il dut se mordre jusqu'au sang pour ne pas courir à sa rencontre. Elle s'approchait et n'était plus qu'à deux ou trois pas. Doucement il murmura son nom et vit dans les yeux de sa femme monter une vague de larmes qui submergeait le bleu gris de son regard. Elle se plaça tout près de lui et son parfum le chavira tout entier. Comme si de rien n'était, sans se hâter elle repartit chercher des vêtements discrets. Lorsqu'il put se changer et retrouver une apparence plus humaine, ils repartirent vers la petite maison. Là étaient ses enfants et aussi le restant de sa famille qui avait fui depuis longtemps les terres d'origine. Alors la joie se déchaîna dans les coeurs et tous s'embrassaient du bonheur retrouvé.

Les jours qui suivirent, Guilhem ne se montra que rarement dans le village. Les habitants qui le connaissaient passaient avec un naturel feint d'indifférence, mais complice. Ils étaient d'une retenue que la sagesse leur avait tant de fois dictée. L'évasion réussie confirmait à leurs yeux la venue de temps plus austères. Qui sait si demain ne serait pas de sang et de lamentations.

Puis, comme si l'hiver avait emporté les réticences, le dégel se fit aussi bien dans les rues que dans les maisons.

Le printemps était là et le travail ne manquerait pas.

Guilhem se joignit aux paysans et la vie reprit un cours si naturel, que nul ne doutait que quoi que ce soit ait pu troubler le rythme des saisons et les traditions ancestrales.

Il vint d'autres rescapés et certains ne survécurent que peu de temps. Les nouvelles n'étaient pas bonnes. Il fallait s'attendre à de forts mouvements de troupe. Aussi, bien des jeunes furent enrôlés pour renforcer les défenses du village. Ailleurs, sur le plateau, tous faisaient de même.

Cependant, la solidarité du peuple farouche n'était pas une vaine légende et ceux qui étaient adoptés le savaient bien. Ils devenaient des leurs à part entière comme s'ils avaient toujours été là. Nul ne viendrait les importuner.

De l'évasion de Guilhem, ni de sa présence nul jamais ne parlait sinon qu'à lui même pour lui montrer toute la fraternité dont il faisait l'objet.

Le temps s'écoula et qui se souvient de ces temps troubles, sinon quelques noms modifiés sur les pierres du cimetière.

L'histoire se répète et d'autres "Guilhem" vinrent du Sud, du Nord...

Dans leurs bagages, parfois, quelques papiers et comme lui, un objet mystérieux dans les poches...

Mais, Silence !

Mon conte s'achève et la vie continue...

Un autre conte se prépare qui n'est pas encore écrit dans les rêves.

 

 

Gilles.

 

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